‹ Le comte de FrontenacChapitre 196 sur 358 · Letlres des 1" et 19 oct. 1682. W., M. S. M., IV · texte numérisé non relu

Letlres des 1" et 19 oct. 1682. W., M. S. M., IV

LBS NOUVEAUX ADMINISTRATEURS 2B7

ne vous dirai rien, écrit La Barre à Seignelay, de la pauvreté où je suis, tant parce que je ne reçois pas mes appointements, que pour Tavance que j'ai été obligé de faire pour les affaires des Iroquois et divers voyages où j*ai dû envoyer \ » Un intendant, assure Meulles, ne peut vivre ici avec le traitement qui lui est fait; à peine s'entretient-il lui-même, il ne lui reste rien pour payer ses commis '. Tout se passait donc comme à l'époque de Frontenac : le gouverneur général, l'intendant, les magistrats, les ofliciers, bref tout le monde traitait. Meulles avoue que, pour solder les appointements de ses secrétaires, il a vendu deux congés qui lui ont rapporté chacun sept cents livres de France; le gouverneur de Trois-Rivières, Varennes, traitait à la Gabelle, poste voisin du siège de son commandement; Tintendant s'abstenait pourtant de lui chercher querelle, sachant que Varennes était chargé de famille, et qu'il n'aurait pu vivre sans un peu de contrebande^; seul, le gouverneur général aurait pu s'opposer à ces abus, mais lui-même était d'accord avec les coureurs de bois et partageait leurs bénéfices; il multipliait les congés, à tel point que la Cour en prit alarme, et déclara plus tard qu'il avait ainsi rendu nécessaire la guerre iroquoise. En principe, le régime des vingt-cinq permis subsistait toujours; mais en fait, le nombre de ces faveurs n'était limité que par le bon plaisir des administrateurs, et tous deux pouvaient fort bien s'entendre pour en délivrer dans les formes prescrites à leurs amis particuliers, ou même pour en faire commerce* : en 1683, La Chesnaye et ses associés, qui étaient des marchands de profession, demandaient à La Barre de proroger des permissions qu'ils avaient achetées fort cher aux bénéficiaires primitifs', parce que leur campagne avait été mauvaise et qu'ils vivaient beaucoup perdu. Si la loi eût été strictement appliquée, îes négociants n'auraient pas dû recevoir de congés deux ans de nite; mais, pour quatre mille livres, ils obtinrent ce qu'ils souaitaient : c'est que toutes les prescriptions royales n'étaient

i. Lettre du 3 nov. 1683.

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