Jug. du C. S., II
rable que jadis à la prohibition totale S et le zèle de La Barre n'allait sans doute point jusqu'aux actes, puisque son successeur Denonville fut scandalisé de la licence générale quand il prit possession de son commandement : « à Trois-Rivières, dit-il, sur vingtcinq maisons, il y en a dix-huit ou vingt où Ton sert à boire ; Montréal et Québec sont sur le même pied, et les cabanes isolées, sur les concessions, au lieu de servir pour défricher, sont des retraites à voleurs, oii tous les désordres du monde se font » '. Admettons que Denonville, docile aux suggestions de ses inspirateurs ecclésiastiques, ait un peu chargé le tableau ; l'usage courant de vendre partout des boissons spiritueuses, à l'époque de La Barre, n'en paraît pas moins prouvé.
Le clergé cependant ne réclamait pas ; il ne dénonce plus ces excès des sauvages enivrés, dont il faisait tant de bruit au temps do Frontenac. M*^' Laval est-il découragé? Ou bien les Jésuites, qui avaient été les véritables promoteurs de la campagne, lorsqu'ils trouvaient à Québec un gouverneur indépendant, ne croyaient-ils pas nécessaire de compromettre par des attaques du même genre la situation de La Barre, qui ne leur refusait rien? Dans ses rapports avec le clergé, comme avec les indigènes, comme avec les découvreurs, La Barre semble en effet jaloux de prendre le contre-pied de Frontenac. On avait dû lui dire à Paris que ce gouverneur s'était perdu par sa faute, que ses écarts de conduite avaient obligé la Cour à le rappeler. La Barre, esprit médiocre, crut bien faire en agissant exactement au contraire de son prédécesseur. Après sa ridicule campagne contre les Iroquois, sa position n'étant plus tenable, on le fit rentrer en France ; mais il faudra la seconde expérience du gouvernement de Denonville pour que le ministre revienne à une plus juste appréciation des choses et charge enfin Frontenac lui-même de recommencer son œuvre.
La première lettre de La Barre, en novembre 1682, porte encore la marque des récentes recommandations de Seignalay '. Le gouverneur assure que l'évêque, qui a été pour beaucoup dans la division entre Frontenac et Duchesneau, persiste à ne point fixer
1. L'évi^que au ministre, 10 nov. 1G83. — Le ministre à MeuUes, avril 16S5. Ar. col., M. S. M., IV.