DU HAUT PAYS
Denonville, gouverneur général. — M" Sainl-Vallier, vicaire général, puis deuxième évéque de Québec; nouveaux principes de discipline ecclésiastique. — Projets des administrateurs contre les colonies anglaises de la ^ôle atlantique. — Erreurs de la diplomatie de Louis XIV; traités de 1686 «l 1687. — Denonville et Dongan. Déserteurs français dans les colonies 'anglaises. — Les instructions de la Cour laissent croire à Denonville que les Iroquois restent les seuls ennemis du Canada, mais, avant de leur Màin la guerre, il organise une défensive vigoureuse : les forts du haut ]>ays; Québec et Montréal. — Postes avancés de la colonie à Test et au nord : voyage de l'intendant MeuUes en Acadie (1685-86); expédition de Troyes à la baie d'Hudson (1686;. — Activité de l'intendant; il est ccpen- ^nt rappelé par la Cour.
Le successeur de La Barre, Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, était comme Frontenac un soldat; il commandait un régiment de dragons lorsque le roi le désigna pour gouverner la Nouvelle-France. Avant de s'embarquer, il dut surveiller à la Rochelle les préparatifs d'une petite expédition ; des levées spéciales avaient été ordonnées pour le Canada, car on craignait une invasion des Iroquois unis aux Anglais ; à la demande de Perrot, gouverneur de TAcadie, trente hommes étaient particulièrement destinés à cette colonie ; on avait amassé de grandes quantités de vivres, de munitions, de vêtements *. L'escadre, forte de cinq à
^' DeDonville à la Cour, lettres datées de la Rochelle, mai-juin 1685. Ar. ^'m C. g. Can., Vil, 17-41.
six cents soldats et marins, quitta la Kochelle au début de juin 1085; le 1'^ août seulement, après une traversée des plas pénibles, Denonville débarquait à Québec. Les troupes transportées avaient beaucoup souffert; un seul vaisseau, le Fourgon, avait perdu son capitaine et soixante hommes ; il avait encore en arrivant quatre-vingts malades. La Barre, craignant la contagion du scorbut dont ils étaient atteints, prit passage pour rentrer en France sur une barque de pcche, « aimant mieux avoir l'incommodilé des mauvaises odeurs du poisson sale que de courir le risque de prendre quelque méchant air dans un des navires du roi * . »
Le premier, parmi les gouverneurs généraux du Canada, Denonville arrivait en famille, pour prendre possession de son commandement ; le Conseil Souverain, réuni le 3 août pour renregislremenl de ses provisions, députa deux de ses membres, Villeray et Vitré, pour aller saluer Madame la générale, « et lui témoigner la joie de la Compagnie, de ce qu'elle eût bien voulu s'exposer aux dangers de la mer et donner au pays la satisfaction de posséder une personne de sa condition et de sa vertu * ». Denonville, vaillant officier, était encore un homme d'une piété sincère ; simple et désintéressé pour lui-même, il devait vivre très dignement, estimé de tous, mais trop facilement docile à Tinfluence des ecclésiastiques, dont le rôle n'était pas alors restreint dans la Nouvelle-France au domaine spirituel. Sa femme, s'il faut en croire un mémoire de 1088, était moins indifférente aux biens de ce monde; tandis que le gouverneur, respectueux des prescriptions royales, s'abstenait de tout commerce, « elle était d'humeur à ne pas négliger une occasion de profit, et tenait au château de Québec une chambre, pour ne pas dire une boutique pleine de marchandises; elle aurait môme imaginé, pour se défaire des rebuts qui lui restaient, de les mettre en loterie '. »
Par la Diligmte, qui amenait Denonville, était arrivé avec lui le nouvel évéque du Canada, Mf' Saint- Vallier; les formalités de sa nomination n'étant pas encore terminées en cour de Rome, il n'avait provisoirement que le titre de vicaire général, mais il était désigné comme succes^seur de Mb' Laval, resté en France. Né
1. Denonville h la cour, 28 août 1683. Ar. col., C. G. Can., VII, 51.