‹ Le comte de FrontenacChapitre 224 sur 358 · Lettre du 13 nov. 1685. Ar. col., C. G. Can., VII · texte numérisé non relu

Lettre du 13 nov. 1685. Ar. col., C. G. Can., VII

4. II a consigné ses observations dans un long mémoire, écrit pour urm àt ses amis de Paris, et publié au recueil des Mandements.,, I, 191-265.

tout concourt donc à faire oublier les anciennes disputes; i débats passent alors au premier plan de Thistoire cana-

fautes de La Barre avaient rapproché les Iroquois des et, sans l'insolence des prétentions de Dongan ou de ses $, une alliance formelle eût été certainement conclue entre c nations; Denonville arrivait avec la mission, s*il en était encore, de rompre Tentente anglo-iroquoise, et de soues Cinq-Nations pour couper les communications de la côte î avec nos alliés du haut pays. Le nouveau gouverneur ta d*abord de sa tâche avec intelligence; il eût peut-être >lus complètement, s'il n'eût trop compté sur l'intervention jur; Louis XIV s'imagina, dans son ignorance des condiaies des deux colonies rivales, que des négociations entre i et Paris résoudraient les dillicultés pendantes en Amé- 1 ne laissa pas une assez grande liberté au gouverneur de ; mais, dans les limites de son initiative et dans Texécus plans qui lui étaient imposés, on ne peut méconnaître lonville, au début du moins, ait fait preuve de prévoyance ivité.

son mémoire de novembre 1685, le gouverneur montrait 3 inquiétudes : « il est bon de voir, disait-il, si TAnglais LS aussi et même plus à craindre que Tlroquois, et si nous ms pas prendre autant de soin de nous en garantir » ; et ille donne les raisons de ses craintes : les Anglais ont des oujours libres, trois grandes villes, Boston, New-York et ; leurs pêcheries sont prospères et s'étendent même aux e TAcadie; moins exigeants que les Français dans leurs is avec les sauvages, ils accaparent peu à peu le commerce ;s et même, par leurs nouveaux établissements de la baie )n, celui des pays du nord. Le plus sûr remède serait Tacnde New- York; la France s'assurerait ainsi le domaine des s, sans faire la guerre *. — L'intendant Meulles est encore écis : il faut, dit-il, acheter Orange et Manhatte, et sans en effet, les circonstances sont favorables, et « la France pas toujours en situation de traiter avec un prince aussi lodant que le duc d'York; il pourrait arriver des conjonc-

;ol., C. G. Can., VII, 185.

tares où, par un changement d'Etat, les Anglais se mettraient en mesure d'appuyer leurs colonies de ce pays ». New- York occupée, Boston n'aurait plus de force ; les pêcheries de TAcadie seraient reprises par les Français, et Ton tenterait avec des chances de succès de nouer des rapports réguliers avec les Antilles *.

Ainsi, les deux administrateurs sont d'accord; l'avenir de la Nouvelle-France sera certain le jour où les colonies anglaises du littoral seront tombées entre nos mains. Aurait-il, pour cela, suffi d'un contrat d'achat passé entre Paris et Londres? Non sans doute, pas plus qu'un article du traité d'Utrecht ne fut suflisanl pour imposer à certains des Acadiens français la suzeraineté de l'Angleterre; mais du moins la guerre que l'on eût faite pour réduire les colons de New-York, s'ils avaient résisté, n'eût pas été inutile, et bien des dangers futurs, prévus par des gouverneurs clairvoyants, eussent été d'avance écartés : Louis XIV n'en jugea pas ainsi; Jacques 11 était son allié déférent, presque son vassal : il voulut qu'une entente directe avec ce prince fût conclue, afin que l'on arrêtât en Europe les articles d'une convention que les gouverneurs des colonies rivales auraient seulement le soin de faire exécuter.

Or le duc d'York n'avait sur les territoires d'Amérique qui portaient son nom qu'une autorité presque fictive; il se bornait à désigner le gouverneur, et ce personnage lui-même n'avait de pouvoir que si les principaux marchands, véritables maîtres de la colonie, voulaient bien lui en laisser. A Boston, ville indépendante de New-York, la forme républicaine était presque officiellement reconnue; Charles II, redoutant dès cette époque une campagne de sécession, avait envoyé en Amérique un agent très énergique, Randolph, chargé d'imposer aux colons anglais, avec un tarif douanier nouveau, quelque respect des décisions royales. Randolph, en 168!2, proposait de substituer au gouverneur élu par les habitants un fonctionnaire muni de pouvoirs très étendus *. Loin donc que le roi d'Angleterre pût dicter des ordres à ses représentants en Amérique, c'était à des sujets très peu dociles, rebelles parfois, qu'il avait afi'aire. De plus, ces colons étaient pour la plupart des dissidents; quand Charles II, protestant de

\. Mém. de Meulles sur le Canada. Ar. col., M. S. M., Mém, 216. — Cf. une lettre de Callières à Seignelay (1688). /d., C. G. Can., X,148. 2. Voir l'excellent chapitre I du livre V de Garneau, Bxsi, du Canada.

forme tout au moins, comptait à peine sur leur fidélité, pouvait-on mieux attendre de Jacques II, son successeur, dont le catholicisme s'affichait publiquement? Alors que leur roi passait pour complice de LfOuis XIV et devenait suspect à son peuple même de vouloir renverser la religion nationale, les colons obéiraient-ils mieux que les Anglais d'Europe? L'erreur profonde de la diplomatie française fut de méconnaître ces conditions; au lieu de négocier avec Jacques II, il fallait, comme on Tessaya sous Guillaume III, faire passer en Amérique une bonne escadre et prendre de force la Nouvelle-Angleterre. Au moins devait-on, iorsque Denonville envoyait des preuves incontestables que les Colons anglais n'avaient aucun souci de ce qui se passait en Europe, ne point lui recommander encore de s'en tenir à des rapports de bon voisinage et de rendre les prisonniers qu'il avait pu ^aîre '. C'est dire que les pourparlers engagés en Europe sont une Pure duperie; la bonne foi personnelle de Jacques II peut être défendue, mais ce n'est pas une excuse pour la diplomatie de LtOuis XIV qui porta la question devant lui, car elle aurait dû Sa.voir que, même désireux de reconnaître les bons ofBces du roi de France, il était hors d'état d'obliger ses sujets d'Amérique à ^e pas lui en donner le démenti.

Aussi ne rappellerons-nous que pour mémoire les traités passés, an 1686 et 1687, à Whitehall et à Versailles*. L'ambassadeur de PVance à Londres, Barillon d'Amoncourt, avait dirigé les confép'ences préparatoires; les principaux signataires anglais furent les comtes de Rochester et de Sunderland. Le traité de novembre 1-686 stipulait entre les colonies des deux rois la paix sur terre 5t. sur mer; on n'accorderait, d'aucun côté, des secours aux s«iavages non plus qu'aux pirates, c'est-à-dire aux armateurs non commissionnés qui s'attaquaient aux deux couronnes; même si la guerre éclatait en Europe, la neutralité serait maintenue ^ntre les colonies. Cette convention ne réglait pas les questions litigieuses de frontières : un autre traité, signé à Versailles le 1. 1. décembre 1687, décidait que des commissaires se réuniraient pour les examiner; il était enjoint à Denonville, en vue de cette conférence, d'envoyer à Paris toutes les pièces qui pourraient

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