Mém. d'oct. 1687. Ar. col., C. G. Can., VII
2. Ar. Aff. étr. (Traités, F. 0., 46, 101). — Brymner, Ar. can., 1883, 180-208. Ap. col., C. G. Can., X, 38.
prouver les droits de la France sur TAcadie méridionale, la baie d'Hudson et le pays des Iroquois; on ajoutait que jusqu'à nouvel ordre, les hostilités demeureraient suspendues entre les colons français et anglais; et le cabinet de Londres envoyait aussitôt des instructions en ce sens aux gouverneurs de New- York et des autres États de la Nouvelle-Angleterre ; mais, pour les raisons que nous avons dites, ces instructions devaient rester sans effet. Jamais la commission mixte instituée par le traité de 1087 ne donna ses conclusions; dès Tannée suivante, les événements se précipitent en Europe, Jacques II est renversé, Guillaume III, ie champion dos whigs et des protestants, le vengeur de la religion et des libertés nationales, lui succède; de ce jour, on ne parle plus d'entente à Tamiable, et trop tard, lorsque la Nouvelle-France, décimée par les Iroquois que lancent les marchands anglais, enverra Gallières pour implorer l'appui de la métropole, la Cour accueillera les projets de ce vaillant officier contre New- York et Boston.
Le résultat de cette campagne diplomatique en Europe fui de faire perdre de vue h Denonville quels étaient ses ennemis véritables, ou plutôt de lui persuader que, le roi se chargeant de régler les questions de frontières avec son allié le souverain d'An» gleterre, le Canada n'avait, pour achever l'œuvre, qu'à dessiner une politique vigoureuse contre les Iroquois; telle était bien aussi l'opinion de la Cour, lorsqu'elle expédiait à plusieurs reprises des renforts à Québec. Il est juste toutefois de noter que, pour couper les Iroquois de leurs communications avec le haut pays, Denonville a été amené à reprendre l'idée d'une chaîne de postes, qui était celle de Frontenac et que par là même il a très effica* cément combattu les menées anglaises auprès de nos alliés indigènes ; on ne saurait oublier non plus les encouragements qu'il ne ménagea point aux chefs d'une belle expédition contre I« Anglais de la baie d'Hudson, ni ses efforts pour arrêter les déserteurs canadiens qui passaient aux Anglais. Peut-être, avec un peu plus d'initiative, eût-il attaqué New- York; le succès était probable, et, parmi les difficultés de son avènement, Guillaume III n'aurait pu refuser au roi de France de ratifier le fait accompli»* mais, esclave de la discipline, Denonville n'osa jamais combattre directement ses dangereux voisins.
Dès qu'il apprit l'arrivée du successeur de La Barre, Doogaa'^^
DENONVILLE ET LES AiNGLAIS 307
^'it une lettre de bienvenue; mais ces protestations d'amitié paraissaient pas sincères, car les envois d'armes aux Iroquois inuaient, et Denonville n'était pas dupe. Dongan n'était pas ;hef militaire, et Callières le juge bien, quand il le dépeint me « un esprit inquiet, intéressé, brouillon... faisant plutôt larchand que le gouverneur à Manhatte ^ ». Il n'eût donc pas ;é beaucoup de lui infliger une défaite qui eût été décisive; et, néme coup les Iroquois eussent été réduits à merci, car ils ne laintenaient que par les secours anglais. Mais le gouverneur 'rait que les négociations qu'il savait engagées en Europe y traient bon ordre. Dans ses lettres à Dongan, il se montrait c froid, mais poli. Par le ton seul de cette correspondance, levinc que Denonville ne s'inspire pas des mêmes idées que Barre; ainsi, jamais il n'a caressé la chimère d'une entente o-française pour dompter les Iroquois; il part de ce fait, leureusement évident, que les Iroquois et les Anglais sont • nous un seul groupe d'ennemis; il n'aura point la naïveté ertir le gouverneur de New- York des campagnes qu'il médite, ilgré toutes ces précautions, des déserteurs français inforïnt Dongan de tous nos projets '; ils se moquaient de toutes irdonnances royales, et leur nombre était tel qu'ils formaient de Manhatte un nouveau village que l'on appelait la petite elle '. Ce nom semble indiquer qu'il y avait des réformés li eux; Louis XIV avait étendu la révocation de Tédit de es à toutes les possessions de la couronne, et Denonville : reçu Tordre d'appliquer aux récalcitrants le système des onaades *; mais les déserteurs n'étaient pas seulement des dents persécutés, c'étaient surtout des aventuriers, heureux rofiter des concessions de terre et des avantages de commerce les Anglais leiir offraient. Dans son zèle très légitime à les •suivre, Denonville ne fut pas toujours bien inspiré, comme rouvent ses lettres contre le sieur de Chailly. Ce personnage,
BoDgan à Denonville, 13 oct. 1685. — Calliëres à la Cour, 1688. Ar. col., . Can., VII, 61, et X, 148.
Correspondance de 1686. W., VIII, 11, 101, 118, etc. W., X, 68. — Voir Ord. roy. de mars 1687. /d., IX, 215. LeUre du 31 mai 1686. Mém. et Doc, i, 362. — Cf. La HonUn, II, 83. ' dans une lettre de Denonville (1687) le récit d'un complot formé aux lOis par dix Français pour altirer les Anglais au Mississipi (Ar. col., s. Can., IX, 155).
ancien cadet dans ]e régiment de Carignan, s'était Qxé jadis Canada, « sans un sol de patrimoine » ; après quelques anni ayant amassé 40000 livres, il demandait un congé pour se reti en France; Denonville, qui avait ordre de retenir au Canada les habitants, lui refusa la permission; il eût été pourtant bon exemple, au vieux pays, que Ton vit un colon parti pai revenir après fortune faite; mais le gouverneur ne discutait n'interprétait ses instructions, et Chailly s'enfuit alors à ^^^' d'où il gagna la France; il y acheta une terre aux environs d < Rochelle; il serait aisé, dit Denonville, de le trouver et de J infliger mille écus d'amende, car non seulement il a déserté, iKna il a livré à Dongan le secret de plusieurs projets du gouverrm. eu de Québec*. Il est clair, dans l'espèce, que Denonville avait eu -for de ne point autoriser la rentrée régulière en France du sieux:*de Chailly; mais est-ce l'impunité laissée à ce personnage qui eaoouragea les désertions de nos colons à New- York? Combien s'y r-éfugiaient, non point pour passer librement en France, mais pour faire un commerce de contrebande très lucratif? Pour les réduire, les rigueurs ne suffisaient pas ; mieux valait, en améliorant les conditions du pays, leur offrir les moyens de s'enrichir aussi faciiement que dans la Nouvelle-Angleterre, mais Denonville, tout entier à ses fonctions militaires, laissait à son intendant le soin de développer le commerce ; en attendant, les déserteurs étaient fort dangereux pour la colonie, car, gêné par leurs rapports, il était fort difficile au gouverneur de préparer une expédition dont la soudaineté devait être l'élément principal de succès.
Denonville, cependant, ne perdait point courage, et défendait point par point les droits de la France, contestés par les lettres de Dongan; le gouverneur de New- York écrivait tantôt en anglais, tantôt en latin; Denonville répondait toujours en français et d'un bon style. Quelque temps après l'expédition de La Barre, les arme du duc d'York avaient été plantées chez les Tsonnontouao comme auparavant chez les Onnontagués; puis, Dongan envoya des partis au delà des Lacs, jusqu'auprès de MichillimackiD pour capter le commerce de ces régions. Le gouverneur français contraire élevait-il un petit poste à Niagara? Dongan en deoiao aussitôt la destruction; bien plus, il réclamait des explicat