Id., Id,, 8. — Mém. et Doc
3. La lion tan. 11, 27. — Instructions de MenneTal, Ar. col., Ac, II, 78.
Meulles depuis quelques mois, recevait Tordre de demander des comptes de gestion « à Técrivain principal de l'Acadie, ainsi qu*au gouverneur de Plaisance, dans File de Terre-Neuve ». Le ministre comprenait donc, comme les administrateurs du Canada, l'utilité de grouper en un faisceau, tout autour de la Nouvelle-France, des colonies annexes qui en auraient été les défenses avancées; malheureusement, on avait laissé prendre aux habitants de ces postes isolés de telles habitudes de commerce et d*indépendance à regard de la métropole qu'il sera fort difficile de les plier à des pratiques plus exclusivement conformes aux intérêts français *. La Compagnie de la baie d'Hudson, fondée en 1684, avait obtenu de Seignelay Tannée suivante les concessions qu'elle sollicitait : un arrêt du Conseil du roi, daté du 20 mai 1685 S accordait « aux intéressés en la Compagnie établie pour le commerce au nord de ce pays, la Rivière de Bourbon, et les terres qu'ils trouveront propres le long d'icelle pour faire l'établissement d'une traite de pelleterie et construire les forts, habitations et magasins nécessaires à leur entreprise ». Pendant vingt ans, a partir du 1** octobre 1685, la Compagnie jouirait sur ce domaine d'un monopole, à condition de porter toutes les pelleteries à Québec où elles acquitteraient les droits. Dès que Denonville fut en possession de cet acte royal, il organisa pour Tété de 1686 une expédition qui devait chasser les Anglais de la baie. Quoique le roi n'eût pas envoyé le vaisseau demandé par les associés, il était facile de trouver au Canada même des ressources sufOsantes : la Nouvelle-France avait en effet sur les colonies anglaises voisines l'avantage de pouvoir gagner par terre le fond de la baie d'Hudson et tel avait été, nous l'avons dit, le but des explorations de du Lhut au nord du lac Nipigon '.
Les instructions du gouverneur général à de Troyes, officier chargé du commandement, portent qu'il prendra sous ses ordres une centaine d'hommes, dont trente soldats, et s'avancera par la Toie de terre, dès que la saison le permettra. Les principaux intéressés en la compagnie, La Chesnaye, Comporté, Gobin estiment les frais de l'expédition à près de 70000 livres, achat et transport de vivres et munitions, construction de forts et magasins, avances
<• Ar. col., C. G. Can., IX, 199. — Mérn. et Doc, I, 396, 406, 410, 420. 2. Enregistré à Québec le 29 octobre. Jug. du G. S., II, 1037. ^' Meulles h la Gour, 28 sept. 1685. Ar. col., M. S. M., Mém. 191.
aux colons partis pour la baie ; mais si Ton réussit, cette dépense sera largement productive, car le pays, dont les Anglais font alors presque tout le commerce, n'a pas été encore, comme les bords des Lacs, dépeuplé par une chasse trop active *.
De Troyes partit au printemps, ayant pour lieutenants deux frères, dlberville et Sainte-Hélène, dont la famille est une de celles qui rendirent le plus de services à la Nouvelle-France: un Jésuile, le P. Silvy, accompagnait la petite troupe en qualité d'aumônier. La route fut très pénible à cause des rapides violents que Tod dut franchir; un charpentier fut englouti au passage de l'un d'eux, et d'Iberville, qui montait le même canot que cet homme, ne se sauva qu'à grand'peiue. Cependant on arriva près des forts ennemis sans que l'éveil eût été donné; surpris dans leur sommeil, les défenseurs se rendirent presque sans combat; de Troyes ne perdit pas un homme, trois ennemis seulement furent tués, les autres, après une courte résistance, faits prisonniers; trois forts bien munis d'artillerie étaient ainsi tombés aux mains des Français; « Sainte-Hélène et d'Iberville, écrit le P. Silvy, se sont merveilleusement signalés; et les sauvages qui ont vu ce qu'on a fait en si peu de temps et avec si peu de carnage, en sont si frappés d'étonnement qu'ils ne cesseront jamais d'en parler partout où ils se trouveront. »
Le succès de Troyes était de grande importance, et la Ck)mpapagnie en prit texte pour demander à la Cour un vaisseau de 200 tonneaux et de 20 canons; elle offrait d'en payer l'entretien pendant deux ans. La correspondance de 1688 montre qu'il fut enfin donné suite à cette demande ' et la précaution était nécessaire, car les Anglais gardaient encore plusieurs postes sur la baie, et souvent les traitants des deux partis se livraient de petits combats: Denonville raconte qu'un jour un prisonnier français, longtemps retenu avec un camarade sur un bateau anglais, avait été détaché pour aider à la manœuvre; profitant d'un moment où presque tout l'équipage était occupé dans la mâture, le Français se jette à, l'improviste sur les deux matelots qui gardaient le pont, délie son camarade, et s'empare avec lui du navire, qu'il mène à l'on
i. Âr. col., C. G. Can., VllI, 264 ss. Le compte rendu de rexpêdition est dans ce volume. 285 ss. — Cf. une lettre du P. Silvy, 30 juillet 1686. Ms»* déments... I, 222.