‹ Le comte de FrontenacChapitre 231 sur 358 · Ar. col., C. G. Can., IX, 136; X · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., IX, 136; X

des forts de la Compagnie française ^ ; les rives de la baie d'Hudson ont vu sans doute, entre les deux sociétés rivales, plus d'un exploit de ce genre, dont le récit n^est pas venu jusqu'à nous.

Les premiers résultats obtenus par la Compagnie française étaient certainement encourageants, et l'enjeu de ses luttes avec les Anglais était de valeur; aussi, dès que l'on apprit en Amérique la nomination prochaine de commissions mixtes chargées de fixer les limites des deux couronnes, les Compagnies anglaise et française firent>elles rédiger des mémoires pour prouver l'excellence de leurs droits; les documents français rappelaient Verrazani et Cartier, dont les explorations étaient antérieures de près d'un siècle à celles des premiers navigateurs anglais qui aient vu ces mers d'Amérique, Davis, Hudson, Baffin; puis, au temps de Talon, les sauvages riverains de la baie n'avaient-ils Point accepté la suzeraineté du roi de France? Les Anglais objectaient qu'aucune expédition sérieuse, c'est-à-dire suivie d'établissement, n'avait été envoyée de France ou de Québec avant Celle de La Chesnaye en 1682. — Denonville suivit de très près la rédaction des rapports français; il chargea Lotbinière, lieute- Oant général de la prévôté, de recueillir des témoignages en faveur de la France, et dépêcha d'iberville à Paris, pour défendre auprès de Seignelay la Compagnie française. Celle-ci, pour éviter les cootestations avec les agents du domaine, venait d'acheter la ferme de Tadoussac; dans un procès qui lui était alors intenté, d'iberville constituait procureur, pendant son voyage à la baie puis en France, Denis Kiverin, l'ancien rival des associés de la baie d'Hudson, lorsque leurs intérêts étaient encore distincts de ceux du fermier de Tadoussac. Ainsi la Compagnie française avait créé des postes qui prospéraient; les Anglais restaient pourtant ses voisins, et la royauté de Guillaume et de Marie fut, en 1689, proclamée dans quelques forts de la baie; cette même année, qui est celle du retour de Frontenac au Canada, d'iberville fera, pour enlever les derniers établissements de nos rivaux, une l)rillante campagne*.

1. DenonviUe à la Cour, août 1687. Âr. col., C. (i. Can., IX, 77.

2. Mémoires anglais et français. — Corresp. des administrateurs pour 4686-88. Id., VUI, 181; IX, 239; X, 94 ss., 162, 215. — Jug. du C. S., III, 194, 231, 242, 258. — Cf. ci-dessous, III* partie, chap. I.

La politique ferme et vigilante des premiers mois de Denonville avait permis à Tintendant de s'occuper activement des intérêts économiques du pays. 11 semblait qu'au sortir de l'époque malheureuse de La Barre, la confiance revînt et que la Nouvelle-France voulût regagner ce qu'elle avait perdu; on croyait la paix assurée, car Denonville n'annonça qu'au dernier moment dans le bas Canada la guerre iroquoise qu'il avait pourtant préparée de longue main. Meulles fut Tinspirateur de cette courte renaissance. Les mémoires qu'il lit passer à la Cour, comme aussi le voyage qu'il entreprit en Acadie, prouvent qu'il avait étudié les ressources du pays et se préoccupait d'en tirer parti. La population, d'après le recensement de 1686, montait à 12 «373 habitants, en augmentation de 110 sur le recensement précédent; on comptait par an 100 à 120 mariages et 500 naissances; mais la mortalité, faute de soins aux malades, était considérable. Les familles étaient nombreuses, mais pauvres, surtout dans la noblesse; à chaque courrier, les administrateurs appellent la bienveillance du roi sur des habitants qui ont de lourdes charges et point de fortune; c'est Tilly, conseiller au Conseil Souverain, père de quinze enfants, qui, garçons et filles, doivent « labourer la terre comme des vignerons » ; c'est Repentigny, qui a treize fils; Saint-Ours, qui en a dix; d'Ailleboust et bien d'autres; Denonville, considérant que la plupart des notables mariés étaient « fort gueux », et ne voulant point en augmenter le nombre, avait refusé son autorisation à plusieurs officiers de bonne famille, parce que les jeunes fllles qu'ils recherchaient n'avaient point de dot. Le ministre répondit qu'il fallait au contraire encourager les mariages, en obligeant les nouveaux époux à prendre des concessions et à défricher *. Denonville promit de se conformer à ces ordres; mais on voit, par cet incident comme par l'affaire de Chailly, qu'il manquait au gouverneur, très brave soldat, les qualités d'un administrateur qui saisit les avantages pratiques, tient compte des distinctions d'espèces, et règle sa conduite sur l'esprit plutôt que sur la lettre des instructions reçues de ses chefs.

Meulles avait Tintelligcncc plus souple; il observait autour de lui, notant par exemple que les divers climats de la Nouvelle- France, surtout développée du côté du Mississipi, fourniraient à

1. LcUrcs de 1686-87. Ar. col., C. G. Can., VIII, 178, 189; IX, 12, 18, 157.

l'intendant meulles 319

la métropole les productions les plus variées; il regrettait que Denonville, pour remplacer les soldats morts pendant la traversée de TAtlantique, eût enrôlé des engagés, envoyés par le ministre pour travailler dans les habitations; il accordait tous ses encouragements à Denis Riverin pour la création d'une pèche sédentaire sur le bas Saint-Laurent; les pêcheries en ce pays, disait-il, sont un vrai Pérou. Jusqu'en 1688, Riverin réussit et Denonville, séduit par ce succès, montrait à la Cour l'avantage de substituer peu k peu les pêcheries à la traite, de moins en moins lucrative. En mai 1686, un sieur Gabriel Gautier, concessionnaire d'une pèche sédentaire à Ghedabouctou (Âcadie orientale), recevait de plus les îles de la Madeleine et du Gap Breton. G'est encore à l'instigation de Meulles que le gouverneur demandait au ministre « quelques Basques experts », pour apprendre aux Canadiens la pèche de la baleine et de la morue ^ Le premier, Meulles créa, pour atténuer la misère générale, la monnaie de carton qui fut si souvent employée depuis au Canada; cette innovation fut très bien accueillie, si bien qu'il fallut aussitôt prendre des dispositions contre des faussaires; enfin, lorsque l'intendant quitta le Canada pour céder la place à Ghampigny, il avait si sagement ménagé les deniers du roi que, malgré toutes les expéditions et dépenses de réparations des places en 1685 et 1686, il n'avait pas épuisé le fond des fortifications '.

C'étaient là des services que le ministre aurait pu reconnaître en maintenant Meulles dans les fonctions qu'il remplissait si bien; l'intendant fut rappelé cependant, et son successeur, Bochart de Ghampigny, désigné par décision royale du 24 avril 1686. Le nouvel intendant arriva dans Tété qui suivit; Meulles remit sa charge le 23 septembre, à la séance du Conseil Souverain où forent enregistrées les provisions de Ghampigny'; peu de jours après, il repassait en France. Les causes du rappel de Meulles ne nous sont point connues; la Cour trouvait-elle malséant qu'il fît quelque traite malgré les ordonnances, pour parer à l'insuffisance de ses appointements? Accueillit-elle les insinuations de Denon-

1. Ar. Aff. Élr., Fonds Amérique, XXI, 6. — Ar. col., C. G. Can., VIII, 215, 248; X, 74, et M. S. M., Mém, 196. — Cf. un très intéressant mémoire de HîTerin sur le commerce du Canada, 1686. /</., C. G. Can., VIII, 257 ss.

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