‹ Le comte de FrontenacChapitre 235 sur 358 · W., vu, n · texte numérisé non relu

W., vu, n

postes du haut pays; rétablissement de Tonty lui paraissait plus important que tous les autres, parce que de là des contingents illinois, bien dirigés, pouvaient prendre les Iroquois par derrière, et les jeter sur une armée française, débarquée au sud de l'Ontario. Les premières nouvelles qu'il reçut des divers commandants lui montrèrent nos anciens alliés des Lacs hésitants, inquiets, travaillés par les Iroquois et les Anglais. Une autre raison, disait-il, rend nécessaire une action énergique, c'est que les coureurs de bois ont porté chez ces peuples tant d'eau-de-vie que des désordres en sont résultés dont on accuse les Français, meilleurs pour empoisonner leurs amis que pour se battre contre leurs adversaires ; si l'on n'humilie pas l'Iroquois, la France est perdue de réputation dans l'esprit des indigènes *. Peut-être n'y a-t-il pas, comme le prétend Denonville, rapport direct entre le commerce de l'eau-de-vie et la désaffection des sauvages; les Anglais, qui vendaient plus de spiritueux que les Français, n'étaient point alors de la part des nations des Lacs l'objet des mêmes suscipions; il serait plus vrai de dire que les Français ayant paru faibles cessaient par là même d'être respectés; mais pour reconquérir le respect des indigènes, une guerre était-elle nécessaire?

La Hontan, qui fît partie de l'expédition, par ordre, n'y était pas du tout favorable; il en augurait aussi md que de celle de La Barre, quoi que Denonville eût fait pour mettre de son côté les meilleures chances; pourquoi, dit-il, attaquer les Iroquois dont nous n'avons pas à nous plaindre? Il vaut d'autant mieux les laisser tranquilles qu'une guerre à l'européenne n'en aura jamais raison : pour les détruire, il faudrait les atteindre, et ils fuiront devant l'armée, pour rentrer dans leur pays dès que les Français s'en retireront. Denonville obéit-il, comme l'insinue La Hontan, à des « perturbateurs du repos public, qui cherchent leur utilité particulière dans le désordre général * ? » Les mêmes préoccupations d'intérêt qui guidaient naguère La Barre ne sont plus celles de Denonville, et la preuve en est que ce dernier gouverneur ne tint jamais compte des conditions du commerce pour régler sur les avantages des marchands la direction de sa poli-

1. Denonville à la Cour, 12 juin 1686. Ar. col., C. G. Gan., VIII, 61 ss.

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