‹ Le comte de FrontenacChapitre 247 sur 358 · Ar. col., C. G. Can., X · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., X

nies annexes, Acadie et Terre-Neuve, un total de dix-huit cenU soixante-cinq soldats, c'est-à-dire plus qu'il n'en eût fallu pour occuper fortement tous les postes essentiels du Saint- Laurent et de la région des Lacs. Mais, après les alertes de l'hiver précédent, on s'endormait dans une sécurité trompeuse, qu'entretenait le silence des Iroquois; il est évident que, si la colonie avait ét^ gardée, quinze cents de ces sauvages n'auraient pu se rassembler* sans être découverts, ni tomber à l'improviste sur File de Mont — réal. La Potherie est donc très mal fondé à parler de la gloire di gouverneur général. Les massacres de la Chine lui opposent triî tement leur démenti.

Le 5 août 1689 ', à la pointe du jour, douze à quinze cents Iro quois envahissaient le village de la Chine, à trois lieues au-dessi de Montréal ; tout dormait encore ; avant que les habitants, suc

pris, eussent saisi leurs armes, presque tous les hommes du villag^^i étaient tués, les femmes et les enfants prisonniers; les Iroquo^Ej brûlèrent alors toutes les cabanes, puis, avec des rafQnemenK:^ horribles, ils mirent à mort leurs prisonniers : on les vit ouvrir W. < ventre des femmes enceintes, embrocher des enfants et forcer 1^^ s mères à tourner la broche devant le feu ; en moins d'une heui deux cents personnes avaient ainsi péri dans les plus affreux tou ments. Laissant là les ruines du village et les cadavres mutilas de leurs victimes, les sauvages s'avancent insolemment sur MonErréal, où se trouvait alors le gouverneur lui-même; tous les officiers des postes environnants, empressés à lui faire leur cour, s"^y étaient aussi rassemblés; malgré les avis d'un Iroquois chrétierB, Louis Atariata, qui avait prévenu le gouverneur que ses comp^-* triotes préparaient un coup, aucune précaution n'avait été pris^ — A la vue des premiers fuyards seulement, Denonville envoie hâte une centaine d'hommes pour occuper un fort qui couvre ville à l'ouest; ce poste, par conséquent, n'avait même pas garnison à ce moment : enveloppés par les Iroquois, les soldats battent en désespérés, mais succombent presque tous; leur ch' blessé, rentre à Montréal... D'après La Hontan, tel était l'affo^

1. Charlevoix, 1, 549, donne la date du 25 août. Celle du 5 août, donnée La Potherie, 111, 58, est prërérable, puisqu'une délibération du Conseil verain du 15 août parle d'une invasion iroquoise qui ne peut être celle de la Chine (III, 353). Le mém. des guerres de 1683-1712 (p. 106) ^ "% 2 août.

ment des Français que les assaillants perdirent seulement trois hommes, tombés ivres par terre et pris par un soldat : ils furent fusillés aussitôt. Bien piètre vengeance, car pendant plusieurs jours, rUe de Montréal fut ravagée en tous sens, chacun se terrant dans les maisons agglomérées, derrière les palissades ; seuls, quelques braves gens, aux ordres de Subercase, s'étaient lancés à la poursuite des Iroquois ; ils en auraient eu facilement raison, car la plupart de ces sauvages s'étaient enivrés de Teau-de-vie prise dans les habitations; mais Denonville leur envoya Tordre de s'arrtter, croyant nécessaire d'avoir toutes ses troupes sous la main; le malheureux gouverneur n'eut même pas l'idée de faire jeter les sauvages à la rivière par une battue générale : si lestes qu'ils fussent, on en aurait toujours tué quelques-uns en les forçant à un embarquement précipité. Rien donc n'arrêta leur fureur, et, deux mois plus tard, des bandes insultaient encore impunément la banlieue de Montréal *. La terreur s'était répandue jusqu'à Québec, et, le 15 août, le Conseil souverain se prorogeait au 30 octobre, sur la proposition de La Martinière, ?< vu qu'il y a quinze cents Iroquois en campagne, qu'il faut laisser aux habi- ^ts une entière liberté de vaquer aux récoltes et de se précautionner contre les incursions de ces ennemis *. »

Ce sanglant épisode acheva de désemparer le gouverneur général; le Saint-Laurent étant étroitement surveillé par les Iroquois, le ravitaillement du fort Frontenac devenait difûcile; déjà l'année précédente Champigny parlait des frais considérables que ce poste imposait au roi, comme d'ailleurs celui de Niagara; « les avantages que l'on en peut tirer, disait-il, regardent plutôt la traite que toute autre chose » »; il avait donc encouragé Denonville à faire évacuer Niagara; pour le fort Fron- Jenac, il lui donnait sans doute les mêmes conseils. Le 24 septembre 1689, le gouverneur écrivait en ce sens à Valrennes, commandant du fort ♦; d'après La Hontan, qui ne comprend pas mieux la valeur politique d'un pareil poste que Champigny, la détermination était sage, mais il fallait faire porter les ordres au

hl'v^i^'J^^l^'' ?® 1682-1712, p. 106-107. - La Hontan, lettre XVII.-

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commandant; un vaillant Canadien, Saint-Pierre de Repentigny^ se dévoua; par grande chance, il ne tomba pas aux mains de^ partis iroquois qui battaient le pays, et put remettre à Valrenne^^ les lettres de Denonville. Le gouverneur semblait prendre à^m/k regret une résolution si grave : « Vous pourrez, disait-il i- ^i Vaironnes, reculer ou avancer votre départ selon l'état de votn — a garnison, les vivres que vous aurez, et la santé de vos hommes. > hj) Volontiers, Denonville aurait conservé les bâtiments construits pa^c: r La Salle, mais, dans la crainte que les Anglais n'arrivassent pour .ii occuper le fort abandonné, mieux valait tout détruire. Valrenne= ^^ attendit jusqu'à la fm d'octobre; alors seulement, il prépara so^e: h départ : les provisions de réserve, les munitions furent jetée ^^s dans le lac; on coula trois grandes barques affectées au servie du fort; on mina les ouvrages de pierre et Ton alluma les mèche au dernier moment; après quelque temps de marche, Valrenne^^sss et ses hommes entendirent un grand fracas; ils ne doutaienK — xt point, en arrivant à Montréal, que tout n'eût sauté; quinze jour-^i^s de plus, et Valrennes recevait le contre-ordre que Frontenac, d^^EJe retour dans son ancien gouvernement, s'était hâté de lui dier; mais, à deux heures de Montréal, le messager du comte rei contra les canots qui arrivaient du lac Ontario *. Tout était bie ^=n fini; Frontenac avait à recommencer tout entière l'œuvre de di 75x ans d'efforts.

Deux groupes, au loin dans l'ouest, représentaient cdcoi l'ancienne extension de la Nouvelle-France : les postes de Michil limackinac et de la baie des Puants d'un côté, ceux des lUinoSl ^^ de Tautre. A ^Miehillimackinac, La Durantaye et les Jésuites &^ 6 maintenaient difficilement, parmi les intrigues des Hurons, d^^^s Outaouais et des Sauteurs. On peut en croire La Potherie qui n signale pas, si Tévidence ne s'en impose, les résultats désastreu des fautes de Denonville *. Nicolas Perrot, à l'ouest du Michigai poursuivait ses expéditions à la tête d'une bande de coureurs?- \ le 8 mai 1G89, en présence du P. Marest, Jésuite, de Boisguillc^K* de Le Sueur et de quelques autres Français, il proclamait la pris^ ^

i. M«^rn. 1082-1712. p. 108. — Lettres de Frontenac, 15 nov. 1689; c=^t Champignv, IG nov. Âr. col., C. G. Can., X, 217, 244. — La Hontan, lelt ve

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