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bien quelques fortifications en pierres, mais, pour les défendre, le dispose seulement de 400 hommes, y compris deux comignies de cavalerie. Un mouvement combiné, d'une armée canaenne s*avançant par le lac Ghamplain et d'une flotte attaquant ir mer, aura bien vite raison de ces postes à peine gardés. Si, r un scrupule excessif, on attend que les hostilités aient éclaté
Europe, que Ton mette du moins la Nouvelle-France en état sigir aussitôt qu'elles seront ouvertes; au besoin, le Canada se ntentera du secours d'une flotte royale, sans renforts de troupes ! terre *.
Calliëres avait toute la conflance de Denonville; le gouverneur, esque dans chaque lettre qu'il écrit à la Cour, fait l'éloge de 0 lieutenant : « Il ne sait ce que c'est que son intérêt, et s'at- :he toujours à bien servir et à faire servir les autres; il entre as tous les détails, quelques-uns peuvent n*en être pas satisfaits Js le roi en est mieux servi '. » C'est dire que les propositions CallièresàlaCour étaient appuyées par le gouverneur général,
quoique cette ambassade privât le Canada d'un excellent cier, on ne pouvait regretter que la situation eût été exposée France par l'homme le plus capable de la comprendre et d'y tresser le roi. Par malheur, quelle que fût l'autorité de Cal- •es, Louis XIV hésita pendant tout Thiver de 1688-1689. En cicipe, il trouvait excellents les plans qu'on lui soumettait; Tait, il entendait garder la libre disposition de toutes ses forces vue d'un conflit européen, car il était sûr de la guerre à bref ai. II expliquait ses atermoiements par le désir de ne point iquer avant une déclaration officielle des hostilités. « Si on [t certain d'une rupture avec les Anglais, disait-il, on pourrait rs examiner le projet du sieur de Cailières, pour voir si on ne lourrait exécuter avec les seules forces qui sont en Canada '. » is ce n'est là qu'une fin de non-recevoir : la pensée du roi est ire; il ne fera rien, ou presque, pour le Canada, tandis qu'à moment même, il prépare des vaisseaux pour l'impolitique ïrre d'Irlande : une escadre de cinq ou six bons bâtiments, lie à temps pour enlever New-York, comme le demandait lières, eût autrement assuré les intérêts d'avenir de la France;
. Voir lellrc de Denonville, Ar. col.. C. G. Can., X, 200. . Letlre du 8 juin 1681. /c/.. IX, 26. .. Lellre du 4 avril 1689. /</., X, 324.
trop tard, et comme à regret, Louis XIV décidera une petite expédition, réduction maladroite des projets de Callières; il sut du moins en conOer le commandement à Thomme le mieux qualifie pour relever la Nouvelle-France, au comte de Frontenac.
Depuis le printemps de 1688, 8*il faut en croire Charlevoix ', le rappel de Dcnonville était résolu à la Cour; Callières aurait été nommé gouverneur intérimaire d'abord, titulaire sans doute ensuite. Cependant, on voulut gagner du temps ; peut-être M»'' Saint- Vallier, qui allait retourner dans son diocèse en 1688, intervint-il en faveur du gouverneur général menacé; puis Callières arriva en France, ce qui dut modifier à son endroit les intentions du ministre; enfin, les propositions qu'il soumit au roi montrèrent tout ensemble la détresse de la colonie et la nécessité dV
envoyer un homme qui eût fait ses preuves; alors fut signée la deuxième nomination de Frontenac, dont les instructions portent la date du 7 juin 1689. La lettre qui rappelle Denonville est conçue en termes très mesurés; c'est encore à ce gouverneur que Louis XIV annonce la rupture de? la paix avec TAngleterre, survenue le 25 juin 1689, et une place lui est réservée dans la direction de l'expédition que Frontenac doit tenter, dès son arrivée, contre les colons anglais de la côte atlantique '. 11 convient d'ajouter que la mort de La Salle, connue à Versailles depuis le retour de l'abbé Cavelier dans l'hiver de 1688, avait pour quelque temps découragé les préférences que la Cour montrait auparavant pour la Louisiane, et que par conséquent un plus puissant effort eût été possible alors en faveur du Canada.
Depuis son rappel en France, le comte de Frontenac avait passé presque tout son temps à Versailles; cette période de sa vie, qui dure sept ans, nous est peu connue'; nous savons seulement qu'il reçut des libéralités royales, en 1685, une pension de 3500 livres, et qu'il était l'hôte ordinaire du maréchal de Bellefonds; il ne paraît pas qu'il fût très remarqué du roi, et, pour que Louis XIV daignât jeter les yeux sur lui, le voyage de Callières ne fut pas inutile. Callières était lié avec les abbés Bemou et Renaudot, amis
2. Ar. col. Ordres du Roi, Canada, 1088-90, p. 92 ss. Les provisions de Frontenac auraient été signées depuis le 15 mai (/d., id., p. 60). Cf. CharleTOiz, I, 54 i.
3. Voir Margry, préface du tome V, p. 43 ss. — Charlevoix, I, 543.
'e Frontenac comme de La Salle ; ceux-ci de leur côté connaissaient ^rt bien Seignelay; de là, sans doute, la faveur royale qui alla, i:>ur la seconde fois, distinguer Frontenac. « Profitant d'un de ;s précieux moments que le prince dérobe aux affaires de son Lat pour donner à celles des particuliers », le comte obtint enfin le audience de Louis XIV. 11 se justifia des calomnies dont il 'ait été victime, « et le roi, dont les paroles sont autant d*oracles, i répondit : Je vous renvoie au Canada, où je compte que vous rvirez aussi bien que avez fait ci-devant; je ne vous en demande is davantage * ». L'histoire de cette entrevue, si honorable pour *ontenac, doit être authentique, car le malveillant annotateur de oraison funèbre du comte n'a rien écrit en marge pour contrere sur ce point le panégyriste. En 1689, Frontenac avait soixante- X ans; malgré ce grand âge, il accepta volontiers le commandeent que lui confiait le roi, à la fois content d'une nomination qui
vengeait de ses ennemis, et fort de Tespoir de restaurer la rospérité compromise du Canada.
Il venait en effet d'obtenir/ que Louis XIV, selon les idées de allières, essayât une démonstration contre les colonies anglaises 'Amérique : il devait partir de la Rochelle avec deux vaisseaux e guerre et combiner une attaque contre New-York par mer et ar terre; quelque faibles que fussent les ressources qu'on lui prolettait, il avait confiance : si Ton menait vivement les prépaatifs, il arriverait dans les eaux de New-York avant la fin de Tété, t joindrait, sous les murs de cette place, les milices descendues ar le lac Champlain. A la Cour on ne doutait pas du succès : ussitôt parvenu dans les eaux de Terre-Neuve, Frontenac détaherait en avant Callières, porter de ses ordres. Denonville alors aobiliserait toutes les troupes qu'il pourrait éloigner sans exposer 3 pays aux Iroquois et, laissant la garde de la colonie à Vau- Ireuil, mettrait Callières à la tête du corps expéditionnaire. La laffinière, commandant supérieur des deux vaisseaux donnés à Yontenac, arriverait par mer devant New-York et se conformeait, en tout, aux ordres du gouverneur général *.