La HoDtan, lettre XVIII. — Cf. La Potherie, III
L'entrevue qu'il eut alors avec Denonville dut être orageuse; La Hontan déclare qu'il n'en veut rendre compte qu'à des gens sûrs, ijiier paricies privatos * ; le ministre avait prié Frontenac de traiter avec égards son prédécesseur, mais il semble que le comte ait été indigné des ordres que Denonville avait donnés pour le fort du lac Ontario, et qu'il ne lui en ait point caché son sentiment. Denonville était couvert par une autorisation évenlueUe du roi *, mais il n'aurait pas dû se résigner à cette évacuation, lorsqu'il connaissait Tattitude hostile des Iroquois et savait qu'ils s'étaient vantés de chasser les Français de Catarocouy; c'était, par un acte insigne de faiblesse, les encourager à toutes les audaces. On se rappelle avec quelle persévérance Frontenac avait, lors de son premier gouvernement, écarté tous les obstacles qui s'opposaient à la construction du fort; l'abandon prescrit par Denonville lui était donc particulièrement sensible «t, toute affaire cessante, il s'occupa de préparer un convoi pour le lac Ontario.
Si le commandant du fort, invité par Denonville à se mainteoir le plus longtemps possible, n'était pas encore parti pour Montréal, un contre-ordre peut-être, lui arriverait à temps. Mais, dans le désarroi général, il fallait former une petite armée pour lui porter ces instructions nouvelles; ne disait-on pas que les Iroquois tenaient tous les portages, autour des rapides? A grand'peine, Frontenac fit radouber quelques barques; pendant trois jours, il se tint en permanence à la Chine, pour activer les travaux et presser le départ, qui eut lieu le 6 novembre. Mantet, quelques gentilshommes et une centaine de coureurs devaient remonter au fort en toute diligence, afin d'empêcher l'évacuation, s'il était temps encore; s'ils rencontraient en route Valrennes et ses soldais, ils n'en continueraient pas moins, et travailleraient tout l'hiver à relever les bâtiments.
Mantet n'était pas encore à une journée de Montréal qu'il ape^ ccvait la flottille de Valrennes; la garnison en retraite n'avait pas rencontré d'iroquois sur son passage, sans doute à cause de la saison qui s'avançait, et Mantet, suivant ses instructions, remonta heureusement jusqu'au fort. Les dégâts étaient moins considé-