Ar. col., G. G. Can., Xï
2. Mèm. des guerres... — Lettre de Frontenac du 15 nov. 1689.
RETOUR DE FROiNTENAC 371
sieurs avaient été tués. Mais à Michillimackinac, La Durantaye se maintenait très péniblement; les Outaouais parlaient couramment de traiter avec les Iroquois, et c'eût été, pour les Français établis parmi eux, l'invasion et la ruine immédiate; le commandant, fort inquiet, avait envoyé Jolliet à Québec pour demander quelques secours; il avait entendu dire qu'un nouveau gouverneur allait arriver, il en espérait mieux, quel qu'il fût, qu'il n'avait obtenu de Deiionville. Jolliet vit Frontenac en décembre, mais, malgré le désir du gouverneur de le renvoyer tout de suite, il ne put s'aventurer qu'au printemps, lorsqu'on crut terminée la chasse des Iroquois qui couraient le pays; il annonçait le départ prochain d'un convoi qui apporterait des armes, et devait surtout répandre parmi les Outaouais la nouvelle que le gouverneur était celui même dont ils avaient naguère éprouvé les bienfaits.
Le convoi promis était fort d'environ cent cinquante hommes, commandés par un capitaine réformé, Louvigny; après une escarmouche où d'Ilosta, chef d'une escorte de soldats, mit en fuite un parti d'iroquois, le petit corps gagna sans autre difficulté Michillimackinac, et Louvigny, d'accord avec La Durantaye, finit par persuader aux Outaouais de ne point s'engager avec les Iroquois *. Aussi bien avait-il pour les décider la meilleure des raisons; les Outaouais n'auraient traité que pour recevoir, par l'intermédiaire des Iroquois et de leurs alliés anglais, les armes, les munilions et aussi l'eau-de-vie que les Français, bloqués dans le bas Canada, ne leur fournissaient plus; du jour où la voie de Montréal redevenait libre, la situation était toute différente, et les Iroquois le savaient bien : voilà pourquoi l'évacuation du fort Frontenac leur semblait si désirable : débarrassés de la surveillance de ce poste et des reconnaissances qui s'y appuyaient, ils passaient sans encombre sur la rive septentrionale de l'Ontario, d'où leurs bandes coupaient d'une série d'embuscades la route de la rivière des Outaouais. Ni Champigny, ni Denonville ne font preuve de beaucoup d'intelligence, lorsque, dans divers mémoires postérieurs k l'été de 1689, ils donnent comme une des causes de nos malheurs la construction de postes trop éloignés, par exemple le fort Frontenac *. Au contraire, la restauration immédiate de ce fort
1. Lettres de Frontenac et mém. de Champigny, 1G89-1690. Ar. col., C. G. Ga»., X et XI. et M. S. M., Mém. 249. — La Potherie, II, 233-247; III, 60 ss.