Ar. col., C. G. Can., XII
d'ane attaque combinée de tous nos ennemis à la fois devint moindre chaque jour à mesure que Frontenac développait ses projets : 1691 est la dernière année où la coopération effective des colons de New- York et des Iroquois ait menacé la Nouvelle- France.
Au printemps de cette année, tandis que le Canada, sans secours le France, épuisait ses dernières ressources, un fort groupe TAnglo-Iroquois était venu camper à l'embouchure de l'Ottawa, u-dessus de Montréal; de là, des partis désolaient la campagne, l, malgré l'active surveillance de Vaudreuil, faisaient de nomreuses victimes. Une seule fois, Vaudreuil réussit à cerner uelques Iroquois dans une maison qu'ils allaient piller; il y mit i feu, et tous ceux qui sortaient pour échapper aux flammes irent tués sur le seuil. En juillet enfin, des vaisseaux apportèent de France des provisions très nécessaires; Frontenac fit lussitôt partir pour Montréal un convoi de 7 à 800 hommes, bien nunis d'armes et de vivres; Vaudreuil s'apprêtait à chasser les Toquois de leur camp, par une démonstration en règle, lorsqu'il ipprit que les ennemis, avertis que des Outaouais menaçaient leurs cantons, étaient partis d'eux-mêmes *.
L'arrivée du Soleil d' Afrique j commandé par le capitaine Bonaventure, puis de l'escadre qui suivait, sous du Tast, raviva le [ilanada; Frontenac se hâta d'envoyer des renforts dans tous les postes : Louvigny dut commencer un fort à Michillimackinac, tandis qu'un autre s'élevait aux Miamis; comme Vaudreuil à Montréal, Valrennes fut ravitaillé à Chambly; quelques hommes montèrent au fort Frontenac; La Forest partit avec des présents pour les Illinois; des Outaouais, prévenus par Courtemanche de Téchec des Anglais à Québec, descendirent pour la traite annuelle des pelleteries; on amena les principaux d^cntre eux au château Saint-Louis, et rien ne fut négligé pour les frapper d'étonnement Bt de respect : ils assistèrent à des manœuvres de matelots et d'artilleurs, aux illuminations de la fcte du 22 juillet, commémorative de la prise de Mons par Louis XIV; invités au banquet ionné le soir chez Frontenac, « ils admirèrent surtout une trentaine d'assez belles dames qui leur servaient les meilleures parts ».
i. Relation d'un témoin oculaire nommé Bénac (Québec, sept. 1691). Âr. col., C. G. Can., XI, 299-302.
Ils rentpèrent dans leur pays chargés de cadeaux, éblouis de la magnificence parmi laquelle on les avait promenés et qui prouvait la puissance du grand Onontio, le roi de France * ; des vaisseaux de haut bord devaient, à ces sauvages, paraître aussi monstrueux qu'aux Mexicains du xvi'' siècle les cavaliers de Cortez. Frontenac n'avait pas oublié de réchauffer leur ardeur contre les Iroquois et les Anglais : « Croyez-moi, disait-il, croyez ce père qui ne vous a jamais trompés; demeurez dans le milieu de sa cabane, ne soyez qu'un avec lui; il vous prie d'avoir confiance, et vous viendrez alors à bout de vos ennemis ».
Celte réunion si brillante sembla d'un mauvais augure aux Iroquois et spécialement aux Agniers; cette nation avait, aa printemps, renvoyé quelques prisonniers français et parlé de paix à Frontenac; mais le gouverneur, justement méfiant, s'était tenu sur la réserve; comme il le soupçonnait, ces feintes négociations n'avaient d'autre but que de débaucher les Iroquois chrétiens du Saut, en leur faisant passer des « colliers sous terre ». Callières, averti par un de ces sauvages, prévint Frontenac, et les pourparlers furent rompus * ; les Agniers, exaspérés par les discours belliqueux prononcés à Montréal et à Québec, s'entendirent avec les Anglais de New- York pour une nombreuse expédition, à l'époque des récoltes, contre l'ile de Montréal ; on alla camper d'abord auprès du lac Champlain, et là, les indigènes construisirent des canots d'écoree, pour porter les sept ou huit cents hommes qui allaient attaquer Montréal. A la vue de ces frêles embarcations, les Anglais refusèrent de s'y aventurer, et les Agniers, blessés d(î cette hésitation, furent sur le point de les abandonner; on finit pourtant par s'accorder, et l'on partit.
Callières, avec des troupes d'observation, s'était avancé au delà de Montréal, dans la prairie de la Madeleine; malade en ce moment, il était couché dans un fort lorsque le 11 août, à la pointe du jour, l'alarme est donnée. Saint-Cirque, commandant intérimaire, s'avance imprudemment vers une msdson que déjà les ennemis occupaient; ses gens, tirés à bout portant, sont décimés, lui-même est mortellement frappé ainsi que deux autres officiers, mais garde le courage de diriger la retraite en boa