‹ Le comte de FrontenacChapitre 292 sur 358 · Id.y id · texte numérisé non relu

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cas d*attaque par les Anglais ^ Décidément, Ghampigny n'est pas supérieur à Duchesneau; ce sont, contre Frontenac, les mêmes critiques insidieuses et sottes; Ghampigny seulement insiste davantage sur les raisons fiscales ; il sait qu'à ce moment ce sont les meilleures pour persuader le ministre, et ne veut pas comprendre qu'en réédiiîant le fort de Catarocouy, le gouvernement prévient des guerres coûteuses et ménage ainsi pour l'avenir les finances

du roi.

L'assemblée des sauvages à Montréal, dans l'été de 161)5, fut particulièrement nombreuse; les premiers Outaouais arrivés, trouvant l'expédition de Crisafy prête à partir, s'en réjouirent, car ils voyaient que le commandant de Michiilimackinac ne les avait pas trompés, et que les Français étaient décidés à prendre leurs sûretés contre les Iroquois. Outre les sauvages de Michiilimackinac, un groupe de Sioux vinrent alors à Montréal, où ils n'étaient jamais descendus auparavant; c'était le résultat des patientes négociations de Nicolas Perrot et de Le Sueur; bientôt après, Perrot arriva lui-même avec une douzaine de canots de Sakis, d'Outagamis et de Miamis, puis Crisafy, ramenant la petite armée qui avait restauré le fort du lac Ontario. La réunion était ainsi plénière, et Frontenac, le 16 rioût, donna solennellement audience aux sauvages; fidèle à Tune de ses idées favorites, il les pria de se grouper en villages autour des forts français; ainsi, leur résistance aux Iroquois serait mieux dirigée et plus efficace. Renouvelant ses exhortations ordinaires, il leur recommanda de vivre en paix entre eux, pour réserver toutes leurs forces contre l'ennemi commun ; il blâma les Outaouais de Michiilimackinac et le Baron, chef des Hurons de ce pays, de se laisser trop facilement tromper par les propositions iroquoises; il fît à Tioskatin, chef des Sioux, une réception particulière : ce sauvage se mit à ses pieds, pleurant à chaudes larmes et suppliant, au nom des vingt-deux villages dont il couchait les flèches sur le sol, qu Onontio voulût bien être son père, comme il l'était des autres nations. On pense avec quel plaisir sa requête fut accueillie '. Frontenac acheva les discours en conseillant la guerre aux Iroquois : « Je me suis approché d'eux, dit-il, et j'ai des soldats à Catarocouy, dans le

1. Lettres et raéni. de Ghampigny. Ar. col., G. G. Gan., 84, 260; XIV, 32.

2. Lettre de Gallières, 27 oct. Uo; — Mèm. 1694-1095. Id., XllI, 376, et M. S. M., V, 293. - Cf. La Potherie, IV, 30 ss.

fort qu*on avait abandonne; il faut que vous vous approchiez Eussi de l'ennemi pour m'imiter, et avoir plus de facilité de faire coup sur lui. » C'est La Mothe Cadillac qui aura, de la part d'Onontio, la direction générale de cette guerre; les autres officiers qui ont des postes parmi les indigènes, Mantet, Courtemanche, Nicolas Perrot, doivent lui être entièrement soumis ^ Il y avait donc bien unité d'action dans la politique française à cette époque, et la dispersion de forces dont se plaignait Champigny n'était que l'expression adéquate aux conditions du milieu d'une tactique tressage et très cohérente.

L'année 1695 marquait pour Frontenac une date de succès; malgré des oppositions aussi vives que vingt-deux ans plus tôt, il avait rétabli le fort du lac Ontario; tandis que les Anglais, intimidés, perdaient de leur autorité parmi les Iroquois, il nouait autour de ceux-ci comme un faisceau d'alliances ; il y a certainement une intime relation entre le relèvement du fort Frontenac et la grande affluence des indigènes à la foire de 1695. La confiance de tous ainsi regagnée, Frontenac était plus fort que ses prédécesseurs tout en imposant moins de sacrifices aux Canadiens; les partis de sauvages, encadrés par des coureurs de bois, l'avaient jusqu'alors, pendant cinq années entières, dispensé d'une guerre en règle avec des troupes européennes ou même des milices. Et pourtant, parmi les Français eux-mêmes, les adversaires du gouverneur n'avaient point désarmé; jusqu'ici du moins, la cour ne leur avait prêté qu'une attention distraite, et leurs querelles avaient exercé la patience de Frontenac sans l'empêcher encore de poursuivre son œuvre recommencée.

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