CHAPITRE IV
Après le départ des Anglais en 1690, les anciens adversaires de Frontenac ont repris les vieilles querelles. Plaintes de l'intendant Champigny. — Les différends entre M" Saint- Vallier et le séminaire de Québec affaiblissent (l'abord la situation des ecclésiastiques en face du gouvenreur; Saint-Vallier à Paris; arbitrage de l'archevêque de Paris et du P. de La Chaise. — Les Jésuites condamnent de nouveau la vente de l'eau-de-vie aux sauvages. — Frontenac et les Récollets. L'Hôpital général de Québec. — L'évéque se brouille avec le gouverneur : le théâtre du château Saint-Louis; les impiétés de Mareuil. Le Conseil Souverain engagé dans le débat; Frontenac et le procureur général d'Auteuil. — L'évéque se brouille aussi avec les Récollets de Montréal. 11 part pour la France (fin de 1694). — Depuis 1694, le ministre soutient Frontenac moins fermement qu'autrefois.
Frontenac arrivant à Québec en 1689 avait été salué comme le sauveur du Canada; les anciennes oppositions s'étaient tues et, dans le commun péril, tous se serraient docilement autour de lui. Ses premières relations avec le Conseil Souverain au printemps de 1690 montrent comment, protégé par la confiance générale, il ne trouvait partout alors que des complaisants : comme le Conseil venait de s'établir en sa nouvelle résidence, au-dessus de la petite Rivière, il s'inquiétait de fixer les détails de la réception du gouverneur; c'est d'Auteuil, jadis adversaire acharné de Frontenac, qui prend l'initiative des changements : sur sa proposition, quatre conseillers iront chercher le gouverneur au château Saint-Louis et l'escorteront jusqu'au palais ; puis, en temps ordinaire, deux magistrats se présenteront toujours pour le recevoir en haut des degrés
extérieurs. Le 4 mai 1690, Frontenac entrait au Conseil d'après le cérémonial convenu ; il prenait place dans rassemblée et la remerciait de son accueil. L'accord s'était ainsi établi, entre le gouverneur et les magistrats, avec quelque minutie, mais sans difficulté sérieuse; l'évêque et l'intendant, consultés, avaient affecté de ne point se prononcer; Champigny cependant avait déclaré qu'il ne voyait point la nécessité d'introduire un nouveau protocole, mais il n'avait autrement marqué sa mauvaise humeur que par cette discrète protestation *. Pendant le siège de Québec, Frontenac tint, à l'approbation de tous, le rôle directeur de la défense ; mais lorsque, le danger passé, la Nouvelle-France respira, les adversaires du gouverneur général s'enhardirent, et la lutte reprit pour les mêmes raisons et presque entre les mêmes hommes qu'autrefois.
L'intendant Champigny n'aimait point Frontenac; très lié avec les Jésuites et les ecclésiastiques, qui étaient sous Denonville tout-puissants dans la colonie, il se trouva soutenir h leur tête une politique toute d'opposition, lorsque Denonville fut remplacé par Frontenac; autant le premier était de tempérament soumis, autant son successeur montrait de hautaine indépendance; Frontenac n'hésitait pas, le cas échéant, à n'appliquer qu'avec des réserves les ordonnances venues de Paris : ses démêlés avec Duchesneau l'avaient assez prouvé. Aussi dès 1691, Champigny commence à se plaindre du gouverneur général. Frontenac, dit-iU veut tout faire par lui seul; il s'est obstiné à envoyer une expédition sur Catarocouy, pour empêcher l'évacuation prescrite par Denonville; il n'a pu demeurer un mois auprès du gouverneur sortant sans se brouiller avec lui; il vient de nommera Québec un capitaine de port, dépense tout à fait inutile, puisque le lieutenant général et le procureur de la prévôté peuvent bien assurer tous les services de police; il veut marcher seul à la tête du Conseil aux processions, alors qu'un règlement de 1686 porte que l'intendant a rang à sa gauche; il a fatigué le Conseil par des détails d'étiquette au sujet de sa réception et, sans aviser l'intendant, publié des ordonnances pour le logement des soldats ou signé des promotions d'officiers; enfin, « son point de vue est de rendre ici un intendant sans autorité, de le dépouiller de ses fonc-