‹ Le comte de FrontenacChapitre 297 sur 358 · Id,, Xll, 123 ss · texte numérisé non relu

Id,, Xll, 123 ss

3. Celle citation est empruntée à un mémoire que le P. Carheil, mission-

mémoires contemporains, dont un est de La Chesnaye ^ ; nous avons vu, dans la deuxième partie de ce livre, quelle était Fintimité de ce personnage avec le parti des Jésuites, tout-puissant dans Tintervalle des deux gouvernements de Frontenac. Les Sulpiciens de Montréal, si réservés d'ordinaire, s'étaient associés au mouvement dirigé par les Jésuites : Tabbé Dollier, dans une lettre du 7 octobre 1691 à un ami de Paris ', parle en termes très vifs des désordres que provoque le commerce de Teau-de-vie. On voulait évidemment profiter de ce que Tévéque était en France pour obtenir du ministre des règlements nouveaux à ce sujet.

Assurément, la plupart des Français du haut pays ne se distinguaient point par une moralité trop sévère, cependant le journal de Gourtemanche^, qui était allé porter à Michillimackinac la nouvelle des succès français de 1690, nous fournit, par une curieuse anecdote, la contre-partie des plaintes exagérées des missionnaires; cet officier, sur la demande des sauvages, leur avait vendu quelques pots d'eau-de-vie; les Jésuites, aussitôt, d'intervenir, disant que déjà tout un village était ivre; Courtemanche, s'y étant rendu, constata seulement une « gaîté plus vive que d'ordinaire, mais sans danger », cependant il donna l'avis à ses hommes de ne plus traiter ouvertement avec les sauvages; le trafic de Teaude-vie continua, mais secrètement, pendant quatre jours et quatre nuits, tandis que les Jésuites, non prévenus, félicitaient l'officier de la bonne tenue de ses hommes et des heureux effets qu'ils en observaient sur les indigènes. Quand il fut sur le point de partir, Courtemanche leur raconta son stratagème; ils en furent tout confus. Quant à l'argument tiré des lois anglaises, il ne vaut pas grand'chose, puisque ces lois étaient sans cesse violées par les Anglais eux-mêmes; n'est-ce point par le commerce de l'eau-devie qu'ils cherchaient à nous enlever la clientèle des nations du haut pays et La Mothe Cadillac n'avait-il pas bien raison, lorsque, blâmé par les Pères de distribuer des spiritueux à leurs néo-

naire à MichiUimackinac, adresse à l'intendant Champigny en 1702. (Texte original aux Arch. Nat. — Extraits importants dans Parkman, The old régime in Canada^ 427 ss.) Mais, à quelques années d'intervalle, les mœurs des coureurs de bois et de leurs correspondants indigènes n'avaient certainement pas changé beaucoup.

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