‹ Le comte de FrontenacChapitre 32 sur 358 · Jug. du Cons. Souv., I · texte numérisé non relu

Jug. du Cons. Souv., I

5. 2 nov. 1072. — Ar. col., C. G. Can., lll, 233 et 254. Le ms. des p. 233 ss* est autographe; le second est une copie.

ea ». Les Jésuites, écrit-il, firent des difficultés pour la constitution du clergé; c'est le grand vicaire, en l'absence de l'évêque, qu'ils mirent en avant. Frontenac ne précise pas, mais la pensée des protestataires est facile à deviner; dans ce pays où le clergé n'avait pas encore cessé d'exercer la meilleure partie du pouvoir, il lui était certainement pénible de participer à une assemblée où il figurait à son rang de France, comme un ordre entre deux autres. La noblesse se composa de trois ou quatre gentilshommes, des officiers, des juges ordinaires, du syndic des habitants, des principaux marchands et bourgeois de Québec. Les moins notables formèrent le tiers-état, et probablement Frontenac voulut donner à rassemblée toute la publicité possible, puisqu'il parle d'une assistance supérieure à mille personnes. Ces Ëtats Généraux n'ont aucun caractère représentatif; Frontenac a soin d'informer le ministre que tous les membres ont été confirmés par lui, « afin qu'il n'y eût point d'autorité qui ne fût soumise à celle des personnes entre les mains desquelles le roi avait confié la sienne ». On ne voit pas non plus que des assistants aient pris la parole pour présenter des vœux ou formuler des doléances; seul, Frontenac parla; son but n'était point d'organiser au Canada une assemblée parlementaire; à peine en eût-il compris l'idée; il voulait simplement notifier, avec le plus de solennité qu'il se pourrait, son arrivée et ses intentions; il ne lui déplaisait pas, avec les goûts que nous lui connaissons déjà, de présider une réunion de ce genre, où, devant des ordres égaux au-dessous de lui, il affirmerait sa volonté de travailler pour le bien du Canada sans faire acception des personnes : ces États Généraux ne furent qu'une cérémonie.

Le gouverneur, en commençant son discours *, exposa que les nécessités européennes n'avaient point permis au roi, cette année, l'envoi des secours ordinaires. Mais, ajoutait-il, Sa Majesté ii oublie pas la Nouvelle-France; le meilleur moyen d'obtenir d'elle davantage, c'est de « conspirer tous ensemble à tout ce qui peut contribuer au progrès et à l'avancement de cette colonie »; il faut, pour y réussir, « se défaire de cette inclination fainéante et vaga-

1. Ar. col., C. G. Can., III, 225 suiv. ou Bib. nat., Clérambault, vol. 499, 89 ss. — Le texte des Archives coloniales, écrit sur de petites feuilles de papier, est de la main même de Frontenac, et pourrait bien être le ms. original sur lequel fut lu ce discours.

bonde, qui fait que quelques-uns ont de la peine à subsister »; défricher, cultiver, pratiquer l'élevage; inspirer aux sauvages le désir d'apprendre notre langue et de quitter leurs mœurs.... Frontenac venait d'arriver; il était plein encore des instructions de Colbert; le ministre, dont il célébrait Téloge devant les colons assemblés, n'eût pas autrement parlé de l'œuvre à entreprendre. Le discours achevé, le serment prêté *, les États se séparèrent. On ne voit pas qu'ils aient été jamais convoqués dans la suite *.

Colbert n'avait approuvé que pour un cas spécial, la prestation du serment, la division de tous les habitants en trois ordres; dès le 13 juin 1673, répondant et la lettre où Frontenac lui rend compte de l'assemblée, il déconseille toute nouvelle expérience ' : « Comme vous devez toujours suivre dans le gouvernement et dans la conduite de ce pays-là les formes qui se pratiquent ici et que nos rois ont estimé du bien de leur service depuis longtemps de ne point assembler les États Généraux de leur royaume, pour peut-être anéantir peu à peu cette forme ancienne, vous ne devez aussi donner que très rarement et, pour mieux dire, jamais cette forme au corps des habitants dudit pays. » Colbert condamne même l'institution d'un syndic des habitants, qu'il sera utile de « supprimer insensiblement, étant bon que chacun parle pour soi et que personne ne parle pour tous ». Il cède ici, comme souvent ailleurs, au goût commun des administrateurs pour l'uniformité. Son observation porte k faux, puisque les Étals de Québec, en 1672, n'avaient rien de politique *. Bien plus, une institution de ce genre, en obligeant tous les notables à prendre leur part d'une œuvre générale, aurait peut-être prévenu des rivalités d'influence et des conflits. Colbert n'a pas suffisamment remarqué un passage où Frontenac lui dit que les Jésuites ne se sont pas mêlés au clergé des États '. Quant à l'organisation

1. Voir la formule des serments prêtés par le clergé, la noblesse, les officiers de justice et le tiers aux Ar. col., M. S. M., H, 105. —Quelques Hurons, présents à la cérémonie, demandèrent à Frontenac, qui la leur accorda, la permission de jurer aussi (lettre du 2 nov. 1672).

2. Du moins sous Frontenac; car La Potherie (I, 270) parle de plusieurs assemblées « où le clergé, la noblesse et le tiers état se trouvèrent, pour représenter à M. de Pontchartrain, le tort que causerait cette diminution à la Nouvelle-France » (il s'agit du prix du castor), lG9'J-n00.

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