PAIX DE RYSWICK
Dellius, lui ramenant dix-huit Français, demandait la liberté de plusieurs ïroquois. Callières répondit qu'une telle initiative dépassait la limite de ses pouvoirs, et qu'il doutait même que Frontenac prit sur lui d'accueillir cette demande; en rendant compte de ces incidents & la Cour, il insistait sur la nécessité de ne point laisser aux Anglais le pays des ïroquois, car dès lors, par Niagara, ils deviendraient les maîtres de toute la région des Lacs*. A la fin de l'été, la situation restait la même ; Frontenac avait suspendu toute réponse ferme à Bellomont jusqu'à décision des souverains d'Europe, et ses agents avaient si bien travaillé les ïroquois que ceux-ci, contestant à leurs voisins le droit d'intervenir dans les cantons, se disaient indépendants et (c nés avant l'Anglais ». Alors seulement, Frontenac fit célébrer à Québec la fête prescrite par la Cour pour la paix de Ryswick; on chanta le Te Deum h la cathédrale, on illumina les navires en rade et les maisons, parmi les feux de joie et les salves de mousqueterie *. Mais le gouverneur, au milieu de ces réjouissances, ne perdait pas de vue les intérêts du lendemain; les troupes de la colonie, ne recevant que des recrues insuffisantes, auraient eu peine à la défendre, si la paix était de nouveau rompue; l'obligation imposée aux habitants de servir dans les milices les détournait de l'agriculture ; à la demande générale des officiers, Frontenac fit passer en France le major Subercase, qu'il chargea spécialement d'exposer au roi l'état des troupes et de solliciter des renforts '.
Le gouverneur avait donc maintenu toutes nos positions essentielles, et formellement réservé, sur les points controversés, les droits de la France ; au début de 1699, le ministre lui-même paraissait se douter que, pour conserver ses avantages contre des adversaires entreprenants, il ne faut pas désarmer entièrement sous prétexte que des négociations sont ouvertes; tout en s'étonnant que, le 1" avril 1099, les conférences mixtes n'eussent encore abouti à rien, il avertissait Villebon d'empêcher que les Anglais, profitant de ces lenteurs, ne s'établissent en Acadie sur le territoire contesté au nord du Kinibequi *. Mais on