‹ Le comte de FrontenacChapitre 35 sur 358 · Aujourd'hui Green bay, N.-O. du lac Michigan · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Green bay, N.-O. du lac Michigan

croire, d'après sa lettre, que cette région est alors toute agricole; les coocessions ne lui paraissent pas trop éloignées les unes des autres, surtout si Ton songe que pour des familles nombreuses, il n'est pas indififérent de trouver, contigus à la propriété primitive, quelques terrains libres à cultiver ; les récoltes sont plus que suffisantes pour nourrir la population; le gouverneur ne négligera pas, selon les instructions du ministre, de diviser les habitants en compagnies et de les exercer au maniement des armes; mais il doute que ces cultivateurs vaillent jamais de bons soldats; car il leur en coûte de quitter leurs maisons et leurs champs. On le voit, Frontenac ne connaît pas encore d'autres colons, bien différents de ces laboureurs de Québec dont pourtant il alourdit un peu le portrait; il n*a pas vu les trappeurs de Montréal, peu à peu entraînés à toutes les ruses de la chasse et de la petite guerre, devenus, entre les Français et les indigènes, comme une race de transition.

La colonie est aussi pauvre que les magasins du roi sont mal munis: le gouverneur n'a pas même un brigantin pour faire ses tournées; il navigue en canot d'écorce, comme un simple habitant, au risque de perdre quelque chose de sa dignité, car c'est là plutôt « la voiture d'un sauvage que celle d'un ministre du roi ». Les notables, comme les membres du Conseil Souverain, sont des propriétaires un peu mieux en point que les autres; leurs quatre cents livres de gages en monnaie de France sont une petite fortune, en un pays où Ton ne connaît guère l'argent que de nom ; et cependant le Conseil a gardé la patriarcale habitude de se proroger à certaines époques pour donner aux magistrats le temps de faire leurs semailles ou leur moisson K

Le Canada manque d'ouvriers ; Frontenac a été visiter les mines du cap de la Madeleine *; non loin de là, dit-il, il doit y avoir d*autres gisements, car il a eu la curiosité de goûter l'eau u qui sentait le fer à pleine bouche >». Par malheur, on n'a pour construire une forge ni capital, ni matériaux; arriverait-on à les trouver, il manquerait des fondeurs. En revanche, les familles des colons sont nombreuses, et ceux des enfants que ne contentent pas les occupations sédentaires du laboureur choisissent la vie plus active et plus aventureuse du coureur de bois. Quel-

i. Jug. du C. S., passim.

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