A Frontenac, 13 juin 1673. Clément, IIP
le français aux indigènes, c*est faire acte d'ignorance sinon d'hostilité.
Et que l'on n'aille pas soutenir qu*au Canada des écoles de ce ^enre étaient impossibles; à l'époque même où Frontenac se plaignait que pas un des sauvages de Notre-Dame, à une lieue et demie de Québec, ne parlât français, les Récollets établis au nouveau fort du lac Ontario donnaient aux indigènes une éducation toute française ', et deux pieuses femmes, M"* de la Pellrie et la Mère Marie de llncarnation, élevaient dans le même couvent, aux Ursulinesde Québec, des jeunes filles françaises et sauvages; il y avait là, nous dit un document des Relations ', vingt-cinq à trente religieuses et un nombre considérable de petites pensionnaires, tant sauvages que françaises; la Mère de rincarnation, sur son lit de mort, les recommandait toutes également aux soins de la communauté. Il n'en coûte que vingt louis par an, écrivait Frontenac au ministre en 4673, pour rendre chrétienne une petite sauvagesse en la donnant aux Ursulines; « je prétends bien tirer Testocade là-dessus à madame votre femme et la supplier de bien vouloir ne pas oublier ce pays-ci dans ses charités '. » Plus tard, sur des ordres répétés, les Jésuites finirent par ouvrir à la Madeleine de Montréal une école française pour les sauvages ^; déjà les Sulpiciens, leurs voisins, leur avaient donné depuis longtemps l'exemple; ils furent obligés de les imiter, malgré leur répugnance ^, car, disaient-ils, « la communication des Français corrompt les sauvages ». Bientôt après, des sœurs fondaient à la Montagne de Montréal un couvent pour les jeunes filles de toutes origines, comme celui des Ursulines de Québec •. Donc, ce que Colbert et Frontenac demandaient dès le début aux Jésuites n'était pas impossible ni peu pratique. Le P. Gharlevoix nous dit explicitement pourquoi les Pères de son ordre ne voulaient pas élever les sauvages à la française : « C'étaient moins les difficultés qu'ils avaient rencontrées dans l'exécution de ce projet qui le leur avaient fait abandonner, que les inconvénients qu'ils y avaient reconnus
i. Frontenac à Ck)Ibert, 2 nov. 72. — 14 nov. li. 2.RelaL 467 hJ 2, p. 259.