Les missionnaires
milieu des sauvages, mais en recrutant parmi eux des amis et comme des complices inconscients : les petits Iroquois, élevés à Québec, seront^comme plus tard les Sénégalais de Faidherbe, des otages; si le gouverneur s'en défend, lorsqu'il parle aux parents iroquois, il n'a pas de peine à l'avouer lorsqu'il écrit à Colbert *. Aussi tient-il particulièrement à ce succès; pour décider les Iroquois, il leur fait adresser une parole par les Hurons dont il est accompagné; la relation de son voyage assure que les Hurons tentèrent cette démarche de leur propre mouvement, mais comme elle ajoute qu'on les avait avertis une heure à l'avance de la réunion qui allait avoir lieu, il est vraisemblable qu'on ne leur avait pas laissé ignorer le rôle qu'ils devaient jouer et dont ils s'acquittèrent fort bien : ils se déclarèrent très heureux de la protection qu'Onontio leur accordait et de l'éducation qu'il faisait donner à leurs enfants ; les Iroquois eux-mêmes, lorsqu'ils auraient reconnu ce qui en était, « ne pourraient jamais assez remercier leur père de la grâce qu'il leur offrait. »
Frontenac n'avait pas oublié d'entretenir ses auditeurs de religion ; il est particulièrement intéressant de noter ce point, pour démontrer, par un argument nouveau, qu'il tenait à la prédication du christianisme autant que les missionnaires : « Mes enfants, dit-il, je ne saurais vous donner un avis plus important ni qui vous soit plus avantageux, que de vous exhorter à être chrétiens et adorer le même Dieu que j'adore. » Le discours qui suit, où sont exposées les principales doctrines du christianisme, ne serait pas désavoué par un prêtre : les deux commandements essentiels sont d'aimer Dieu de tout notre cœur et nos frères comme nous-mêmes, et, ajoute Frontenac, donnant aussitôt une portée politique à son enseignement chrétien, « comme je suis obligé par la profession que je fais d'être chrétien d'observer ces préceptes, vous devez être plus facilement persuadés que je viens ici pour... assister mes enfants de toutes choses et leur donner des témoignages d'une amitié sincère et véritable... Écoutez donc avec respect les discours des Robes noires que je ne laisse parmi vous que pour vous instruire. » Le gouverneur répondait sans doute par cette phrase au reproche d'espionnage que certains adressaient aux missionnaires.