Lettre du 12 nov. 1674. Ar. col., C. G. Can., IV
Les Iroquois avaient compris que les circonstances étaient graves et que leurs réponses devaient être soigneusement pesées, ils y mirent assez de déférence pour qu'on ne pût les taxer de mauvaise volonté, assez de réserve aussi pour garder toute leur liberté d'action au cas où les cantons les désavoueraient; si donc Frontenac réussit, comme on le verra tout à l'heure, c'est qu'il eut la persévérante habileté de leur imposer ce qui devait être, pour eux, un véritable sacrifice, Tabandon de quelques enfants; iln'étaitpas peu fler de ce succès, qui avait, dit-il, vivement étonné les Pères Jésuites ^ A Gatarocouy, les Iroquois n'avaient encore rien promis positivement; ils avaient d'abord demandé quelques heures de réflexion, puis avaient représenté que l'affaire étant de conséquence, ils en devaient d'abord parler dans leurs villages; pour le reste, ils avaient assuré voir avec plaisir rétablissement de Catarocouy, mais désirer des prix qui leur fussent aussi avantageux que ceux des Hollandais'; ils accueilleraient de bon cœur les Robes noires et se garderaient de violences envers les nations voisines. Toutes ces harangues étaient accompagnées d'échanges de présents. Les Français donnaient quinze fusils à pierre, avec de la poudre et du plomb, vingt-cinq chemises, vingtcinq paires de bas, quelques manteaux (capots), des paquets de tabac; les Iroquois répondaient, selon leur usage, par des colliers de porcelaine. Gomme Frontenac allait s'en retourner, des envoyés de tribus du Nord de l'Ontario parentes des Cinq-Nations vinrent le complimenter et lui présenter leur soumission; il avait donc, après cette courte expédition, l'avantage d'être connu personnellement de presque tous les chefs iroquois; beaucoup des succès de sa politique indigène sont certainement venus de là.
Un autre résultat non moins important était désormais acquis : le fort de Catarocouy, justement appelé fort Frontenac, était assez avancé pour défier désormais toute attaque des sauvages. En effet, pendant que Frontenac entretenait les Iroquois, on travaillait au fort, et le spectacle de cette activité méthodique dont ils furent les