Douniol, 11, Appendice, p
dïnoover comme on l'en accuse, suivait une tradition : lorsque
le P. Albanel, missionnaire de Tadoussac, veut accompagner
Couture et Saint-Simon à la baie d*Hudson, il envoie chercher un
passeport à Québec ^. Le P. Dablon, supérieur des missions
canadiennes, se soumettait sans difficulté aux réclamations de
Frontenac à propos du P. de Crépieul. Par contre, pour la région
des Outaouais, qui était le vrai territoire des missionnaires, ne
semble-t-il point, par l'exemple du P. Marquette s'associant à
Jolliet, que les Pères savaient fort bien, à Toccasion, se dispenser
du passeport? Il serait vraiment incroyable, si le P. Marquette
avait fait comme le P. de Crépieul, que Frontenac ne parle pas
de Tun comme de Tautre; et si, comme toutes les vraisemblances
l'indiquent, le P. Marquette et ses supérieurs dissimulèrent son
rôle au gouverneur, celui-ci n'était-il pas fondé à maintenir une
exigence qui rendait ces surprises au moins plus difficiles?
Quant aux motifs que l'abbé Paillon indique des résolutions de Frontenac, ils sont de fantaisie pure; Frontenac aurait voulu cacher aux missionnaires le trafic illicite de ses protégés, pour éviter que sa conduite fût connue à la Cour. Mais étaient-ce donc les missionnaires qui se chargeaient d'informer la Cour sur ses fonctionnaires, et l'abbé Paillon, en s'acharnant contre Frontenac, ne frappe-t-il pas un coup qui atteint ailleurs qu'il ne vise? Puis ce trafic illicite n'avait rien que de très légitime, ou du moins, comme on le verra plus loin, les excès n'en étaient pas imputables au gouverneur général. Il reste seulement que celuici, dans son désir très vif de ramener tous les habitants de la NouTelle-France à la notion de leurs devoirs de sujets, traitait les ecclésiastiques avec une rigueur que la Cour n'approuva point sans réserve. Colbert ordonna qu'on laissât circuler les prêtres sans passeport dans tout le Canada ' et que leur correspondance fût entièrement libre. Toutefois, dans une lettre ultérieure, il exprimait le désir que les missionnaires, partant pour des expéditions lointaines, fissent savoir aux administrateurs où ils allaient', fl souhaitait aussi qu'il fût interdit aux ecclésiastiques de passer en France sans une permission du gouverneur général ^. Les vraies
!. fbitat. 167i-7!i, p. 159.
i. A Frontenac, 22 avril 1675. Clément, IIP, 587.