Ar. col,, C 2, Cf, remarq 3, La Honta
France ‘, chacun se servait des pelleteries comme de monnaie courante ?, de sorte qu'il n’était pas d’habitant qui n'en eût quelque provision. Si l’on ne fait pas état de cette observation fondamentale, on conclura trop aisément d’une lecture superficielle des textes qu'il n’y avait alors dans la Nouvelle-France que des commerçants en pelleteries; c’est là une illusion très naturelle, contre laquelle il faut d’abord se prémunir; les seuls négociants, au sens strict du mot, étaient ceux qui organisaient autour de nos établissements la chasse des bêtes à fourrures, pour introduire ensuite les peaux dans la colonie, et ceux-là n'étaient certainement qu’une minorité : trop volontiers, on en exagère le nombre, parce qu'on ne prend pas garde que ce petit groupe, nécessaire- j ment très actif et entreprenant, s'impose plus que tout autre à
l'attention des administrateurs, au point de figurer dans les docu-
ments à une place prépondérante. A distance de perspective,
ré les nous devons rétablir les proportions.
ue Ce qui est exact, ce que l’on doit retenir des accusations qui
remplissent les correspondances du Canada, comme des reproches de la Cour, c’est que presque tous les fonctionnaires de la Nouvelle- France cherchaient dans la traite un supplément de ressources ordinairement très nécessaire; gouverneur, intendant, officiers,
concur-
Le yntentevient à 1 Saint-
Pa missionnaires même, tous traitaient plus ou moins; on peut en vec les croire La Hontan, qui rapporte avec une impartiale méchanis résis- ceté tout ce qu'il apprend sur les uns et les autres; il n’arriva Fee qu'un an après le départ de Frontenac et de Duchesneau, mais | royale les habitudes restaient ce qu'elles étaient auparavant : ici, ontenat
c'est le gouverneur de Trois-Rivières, qui mourrait de faim, s'il n'avait entrepris quelque commerce; là, le gouverneur général La Barre, qui envoyait clandestinement du castor aux Anglais; ê Fe ailleurs, l’intendant Meulles, trop bienfaisant pour qu'on songe à lui reprocher la traite qu’il faisait discrètement ; quant à Perrot, gouverneur de Montréal, chacun le connaissait pour un des principaux négociants du Canada ?. Il est juste ici de faire une exception pour l'évêque de Québec : sans doute, les revenus de sa charge et les dons du roi lui assuraient, parmi des fonctionnaires à peine payés, une situation très privilégiée, mais on n'en doit
ce, au eteries yer en fabri-
. U.remarque du P. Lejeune, S. J., dès 1636. Douniol, LE, 341.
1. Ar.col,, C, G. Can., HI, 35, — La Potherie, 1, 270. — Clément, II, 54. + 3 La Hontan, 1, 23, 25, 61, 72.
pas moins rendre hommage à la dignité de sa conduite; nul n'a pu, dans la campagne si vive qu’il dirigea contre la traite avec les sauvages, l’accuser de motifs intéressés. Au contraire, les missionnaires avaient, dans leurs stations principales, de vrais entrepôts, comme celui du Saut-Sainte-Marie ‘; les sauvages qui s'enivraient malgré les exhortalions des Pères, payaient des amendes en pelleteries, « pour la décoration de la chapelle ?. » Nous n'avons pas à faire acception ici des documents de pure polémique, tels que la Morale Pratique des Jésuites d'Arnauld, ou le mémoire janséniste publié par Margry; nous pouvons même négliger quelques boutades de Frontenac, comme celle-ci, de sa première lettre à Colbert, que les Jésuites canadiens songeaient « autant à la conversion des castors qu’à celle des Ames * ». Il nous suffit de noter les recommandations incessantes de Colbert pour prévenir ou réprimer le commerce des ecclésiastiques et des officiers; en 1675, ce ministre rappelait à Frontenac comme à Duchesneau qu'il ne devait se faire aucun trafic pour eux ni sous leur nom. La lettre à Duchesneau du 45 avril 1676 est plus formelle encore : « Je ne vous dis point que Sa Majesté ne trouverait point bon qu'aucun commerce de quelque qualité que ce soit se fit sous votre nom ou sous celui d'aucun de vos domestiques, parce que j'estime que vous en voyez bien les conséquences; mais elle veut que vous empêchiez même qu'aucune personne constituée en dignité, ou ecclésiastique ou séculière, ou communauté ne fasse ni traite ni commerce. » En ce qui concerne les prêtres, Colbert, l'année suivante, renouvelle ses observations; il condamne « la coutume que les ecclésiastiques séculiers et réguliers avaient prise de traiter ou faire traiter par leurs valets ‘ ». Enfin, dans le curieux mémoire de l’abbé Dudouyt qui touche à tant de questions, le grand vicaire ne parle-t-il pas de castor vendu pour 500 000 livres à quatre des principaux chapeliers de Paris ‘? Quand même Dudouytne ferait que transcrire ici, sur le commerce général du Canada, une note de statistique, on pourrait trouver étrange qu'il entretienne ses correspondants de sujets pareils.