‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 190 sur 395 · Lettre de 2 Margry, ] à Rel, de Le · texte numérisé non relu

Lettre de 2 Margry, ] à Rel, de Le

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La saison avançait : la barque en construction près de Niagara, venait d’être lancée sur le lac Érié; on l'avait nommée le Griffon, en l'honneur de Frontenac dont les armes portaient ce signe. Avant de partir pour sa grande exploration, La Salle avait voulu laisser au fort un homme de confiance; c’est là ce qu’indique la concession signée par lui, le 10 juin 1679, en faveur de Daupin de La Forest, qui avait été son major dès 1675, et qui recoit la seigneurie de Belle-Ile à l’ouverture du lac Frontenac. La Salle preud seulement la précaution d'interdire au bénéficiaire toute société constituée sans son aveu pour le commerce avec les Iroquois. Il semble craindre que, pendant son absence qui sera sans doute fort longue, ses ennemis ne se substituent à lui pour le commerce du fort; il prévoit aussi le cas où des « gens de mainmorte » voudraient acquérir la concession de La Forest, et il lui fait défense d'accueillir des propositions de ce genre, sans une autorisation écrite et signée par lui-même, propriétaire cédant ?. Puis, ces précautions prises, il s'enfonce vers l’ouest.

La campagne du précédent hiver avait coûté fort cher, sans rien rapporter encore aux associés de La Salle: car tous les fonds disponibles avaient été dépensés par le découvreur pour les préparalifs de son grand voyage: étranger comme nous le connaissons à toutes les préoccupations mercantiles, il ne s'était même pas inquiété de solliciter de ses commanditaires un plus long crédit; il lui suffisait d’avoir à portée les ressources nécessaires à son exploration, Mais ses créanciers, moins désintéressés, s’impatienlaient ; bientôt, à leur requête, on saisit tout ce que le découvreur possédait à Montréal et à Québec, tout, « jusqu'au lit de son secrélaire.… quoique le seul fort Frontenac fût capable de payer deux lois toutes ses dettes s’il fût mort en travaillant à ses découvertes * », Ceux qui accusaient La Salle de n'être qu'un marchand tupide auraient dû remarquer, que « s’il avait préféré le profit à la gloire, il n'avait qu'à demeurer dans son fort, où il jouissait de

1. Lettre de La Salle, 1679-80. Margry, Il, 32. 2, Margry, Il, 20. — Cf, Ar. col., C. G. Can., VII, 248. à Rel, de La Salle, 1679-1681. Margry, I, 444.

plus de 25 000 livres de rente par le commerce qu’il y faisait !». Tout au contraire, ses biens saisis, les Iroquois inquiétés contre lui, ses compagnons mème hésitant à le suivre, il part en avant jamais plus confiant et plus résolu.

Nous devons nous contenter d’un récit très sommaire des explo. rations de La Salle, bien qu’il y ait peu d’exemples, chez aucun peuple, d’un homme ayant mis au service d’une idée plus d’acharnement et de courage; nous n'avons à noter ici que l'opposition à laquelle La Salle s’est toujours heurté, puis à montrer comment ses découvertes ont compliqué la tache de Frontenac. Le Griffon, sortant du lac Érié, franchit non sans peine les rapides de Détroit et s’'engagea dans le lac des Hurons; le 27 août, il arrivait à Michillimackinac, où des hommes envoyés auparavant devaient le retrouver; mais plusieurs avaient déjà déserté, « parce qu'on leur avait dit qu’ils étaient des fous que d'entreprendre ce voyage, et qu'il était impossible qu'il en pût échapper aucun, à cause des grands risques qu’il y avait ». La Salle rassura ceux qui avaient attendu quand même; Tonty rallia les déserteurs au Saut-Sainte- Marie, et tandis que La Salle partait vers le sud, par le lac des Illinois, Tonty formait à Michillimackinac un second convoi qui bientôt, à son tour, se mettait en route. Le Griffon, chargé de pelleteries dès le début de cette campagne, devait redescendre à Niagara, pour que La Salle désintéressât au plus tôt ses créanciers; soit mauvaise fortune, soit malveillance de ceux qui devaient le ramener, il fit naufrage et la cargaison en fut totalement perdue, au moins pour le découvreur*. Rejoint par Tonty, au mois de novembre, dans le pays des Miamis, La Salle fait route pour les Illinois, dont il atteint le village principal en janvier 1680. Là, malgré les préventions semées contre lui, malgré la désertion de plusieurs de ses gens, il fonde un poste, qu’il appelle en sa détresse le fort Crèvecœur, et construit un canot pour descendre vers le Mississipi. Le P. Hennepin, Récollet, qui accompagnait l'expédition, part en éclaireur avec deux hommes; par la rivière des Illinois, puis le Mississipi supérieur, il parvint au pays des Sioux, d’cù

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