Voir ci-dessous, 2° partie, chap. IL
5, Il est en effet question d’un voyage que Frontenac fit au fort en 1676
dessein d'allumer la guerre, des maux de laquelle ils n'auraient pas été exempts, étant mêlés dans plusieurs cantons des [roquois ». Dira-t-on qu'ils voulaient seulement engager Frontenac dans les dépenses d’une coûteuse expédition, afin de le compromettre à la cour et de perdre en même temps La Salle, son protégé, dans l'esprit des Iroquois !; mais c'eût été jouer un jeu bien dangereux, car les missionnaires connaissaient assez les Iroquois pour savoir que, les hostilités engagées, ils ne seraient plus maitres de les arrêter pour se donner le mérite de la pacification. Il n’est donc aucunement vraisemblable que les Jésuites aient voulu la guerre entre les Français et les Iroquois; mais d'autre part ils voyaient sans déplaisir les Iroquois se tourner contre les Illinois et les Miamis, car ces luttes devaient empêcher l'extension du domaine de La Salle, et leur permettre d'attendre, pour s’avancer euxmêmes, la ruine ou la disparition de leur rival.
Les établissements de La Salle aux Illinois devaient éveiller l'attention des Iroquois; déjà le découvreur, pour ménager ces derniers, n’avait construit à Niagara qu’un fortin de planches; d'autre part, des calomnies habilement répandues pouvaient persuader aux Illinois que La Salle était « le frère de l'Iroquois », qu'il ne « mettait son feu dans leurs villages que pour les tromper et les manger ensuite ? ». Les coureurs de bois non commissionnés par La Salle avaient intérêt, non moins que les Jésuites, à brouiller ainsi les Iroquois et les Illinois, pour se débarrasser du découvreur; c'était aussi l'avantage des Anglais de Manhatte ; l'œuvre entreprise était donc l’objet d’une conjuration de convoitises rivales, et quand en 1681 Duchesneau reproche à La Salle ses expéditions parce qu’elles étaient mal interprétées des Iroquois *, il oublie d’accuser d’abord ceux qui ont suggéré cette interprétation.
En septembre 1680, quoi que La Salle eût fait pour éviter cette rupture, les Iroquois attaquaient les Illinois; Tonty, laissé au fort Crèvecœur tandis que le découvreur était descendu à Montréal, était dans une situati»: fort critique ‘; presque tous ses hommes
dans diverses pièces. Voir Jug. du C. S., Il, 74. Mais rien ne dit que les intrigues des Jésuites en aient fourni l’occasion.