‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 22 sur 395 · Voir les docu 2. Margry, I · texte numérisé non relu

Voir les docu 2. Margry, I

1e du r les enir, intéd'aus les artie

L'exploration de Jolliet et Péré ‘ fut remarquablement lente, puisque, partie de Montréal avant les Sulpiciens, c’est-à-dire avant le 6 juillet, elle n’avait pas encore dépassé, le 24 septembre, la région occidentale du lac Ontario où les Sulpiciens la rattrapèrent. Le plan tracé à Jolliet était de monter jusque dans le lac Supérieur pour découvrir un gisement de cuivre dont le minerai paraissait d'excellente qualité. En fait, l'expédition n’alla pas si loin; tandis qu’à Québec on l’attendait avant l’hivernage, elle s'arrêta longuement au Saut-Sainte-Marie, à la mission des Jésuites. Dollier de Casson et Gallinée, abandonnant La Salle, s'étaient joints à Jolliet depuis le 1° octobre. Avec eux Jolliet regagna Montréal dans l'été de 1670, tandis que Péré demeurait parmi les Pères de la mission. Talon se plaint, lorsqu'il étudie à son retour les progrès accomplis, que les lettres de Péré soient fort obscures, «ce qui donne lieu de douter qu'on n'ait retardé la connaissance qu’il devait prendre de cette mine et empêché qu'il ne communiquât ses lumières di:< leur pureté ». Un seul résultat pratique avait été atteint : un Iroquois prisonnier des Outaouais, dont Jolliet avait obtenu la liberté, lui enseigna un chemin, jusqu'alors inconnu des Français, pour aller des Outaouais au pays des Iroquois, par eau, avec un portage d’une demi-lieue seulement; c'est la route des Grands Lacs, coupée par la cataracte de Niagara, que Jolliet devait reconnaître trois ans plus tard.

En 1669, La Salle était établi à trois lieues en amont de Montréal, sur une concession reçue des Sulpiciens, seigneurs de l'ile, et que l’on appelait /a Chine. Son idée favorite, son rève, pourrait-on dire, était de partir de là vers l’ouest, pour traverser l'Amérique de part en part et trouver un chemin vers l’Asie orientale; de là, le nom donné à son domaine. Il réussit à convaincre un Sulpicien, l’abbé Dollier de Casson, et tous deux se disposèrent à partir vers l’ouest. La Salle avait vendu presque tous ses biens, comme s’il comptait faire un long voyage ?. Mais l’abbé de Queylus, supérieur de Saint-Sulpice, ne voulut pas laisser Dollier partir seul avec lui; craignant « l'humeur légère » de La Salle, il adjoignit à Dollier un diacre de son ordre, l’abbé Gallinée, dont les connais-

1. Voir les documents publiés au tome I de Margry, particulièr. p. 81, 88, 2, Margry, I, 102 ss.

sances scientifiques pouvaient servir à guider l'expédition. Gallinée, historiographe du voyage, assure que La Salle s’engageait « à l’étourdie, sans savoir quasi où il allait », ignorant la langue iroquoise qu'il prétendait connaître ‘, Cette exploration a un caractère tout privé; La Salle veut trouver une route vers la Chine; les Sulpiciens sont heureux de participer à une découverte où, peutêtre, ils devanceront les Jésuites; mais Gallinée nous dit lui-même que, dans la précipitation de son départ, il ne put avertir ni l'évèque, ni le gouverneur, et peut-être ceux-ci ne connurent-ils que plus tard les projets de La Salle et de Dollier; en novembre 1669, Patoulet, qui remplaçait Talon absent ?, écrit à Colbert à leur sujet : « l'entreprise est aussi difficile que douteuse, mais le bon est que le roi ne fait point de dépense pour cette prétendue découverte ». Le gouvernement du Canada n'avait donc ni préparé, ni encouragé cette expédition, que l’on doit distinguer avec soin du voyage commencé par La Salle en 1670, sous les auspices de Talon *. Ce n'est pas ici le lieu d’étudier en détail l'itinéraire de La Salle et des Sulpiciens; il suffira de rappeler que ceux-ci laissèrent leur compagnon, malade, vers l'extrémité occidentale du lac Ontario ‘, puis, après avoir pris possession au nom du roi des terres du lac Érié (octobre 1669), remontèrent avec Jolliet au Saut-Sainte-Marie, d’où ils descendirent sur Montréal au milieu de 1670. C'est par eux, sans doute, que Talon fut édifié sur les causes du retard de Péré.

Qu'avait fait La Salle, pendant cette année? Nous n'avons de précis sur lui qu'un mot de Nicolas Perrot’, qui déclare l'avoir rencontré dans l’été de 1670, chassant sur l’'Ottawa, avec cinq ou six Français et dix ou douze Iroquois. Ce témoignage, très digne de foi, nous permet d'emprunter quelques renseignements en concordance à un document, d’ailleurs suspect, que Margry n’a point voulu publier $ sans noter ses scrupules. Après avoir quitté les

1, Journal de Gallinée, p. p. Margry, I, 113 ss.

2, C’est la formule employée dans un document contemporain des Archives coloniales, C. G. Can. III, 61.

ÿ. Cette distinction nécessaire n’est pas établie dans l'ouvrage de Margry par le classement des documents. 11 n’est pas exact non plus de dire, comme le fait Parkman (Discovery of the Great West, 40), que le premier voyage de La Salle ait eu lieu sous les auspices de Talon.

4, Gallinée, loc. cit.

Page 1