CHAPITRE I
LA BARRE GOUVERNEUR GÉNÉRAL, — ABANDON DE LA POLITIQUE ECCLÉSIASTIQUE ET DE LA POLITIQUE INDIGÈNE DE FRONTENAC (1682-1683)
Arrivée des nouverux gouverneur et intendant, La Barre et Meulles. Leurs instructions. Ellorts pour développer la colonisation. Médiocre s1°cès, — Les ar iennes rivalités continuent : l’intendant et le Conseil Souverain; le gouverneur et l’intendant. Tout le monde traite comme par le passé, — Cependant la querelle des boissons spiritueuses parait apaisée : c’est que La Barre ne refuse rien aux ecclésiastiques. — La portion congrue des urès. M# Laval et les Récollets. Le chapitre de Québec. — La Barre ne sail pas, comme Frontenac, dominer les rivalités des négociants et des
découvreurs canadiens : la ferme de Tadoussac et la baie d'Hudson. — La Salle persécuté; La Barre fait occuper les forts Frontenac et Saint-Louis des Illinois. La Salle passe en France. Nicolas Perrot a discrédité son entreprise chez les nations de l’ouest. La Salle est ainsi dépossédé par une société de marchands que protège le gouverneur; les Jésuites développent leurs missions vers l’ouest. La Cour rend justice à la Salle, mais la politique de La Barre déjà compromis la paix nécessaire au Cunada.
Les successeurs de Frontenac et de Duchesneau, Lefebvre de La Barre et Meulles, avaient recu leurs provisions du roi en mai 1682. La Barre s'était récemment distingué aux Antilles, dans divers combats contre les Anglais, mais d’une de ses lettres à la Cour, nous pouvons inférer que, comme Catinat, il apparte-
nait à une famille de robe, et avait été magistrat lui-même avant de devenir officier; sur la carrière de Meulles avant 1682, nous n'avons aucun renseignement !. La traversée des nouveaux administrateurs, longue et pénible, dura soixante-dix-huit jours: ils débarquèrent seulement à la fin de septembre; le 6 octobre, l'intendant écrit au ministre pour lui envoyer ses premières impressions *. Québec venait alors de subir un véritable désastre : dans la nuit du 4 au 5 août, le feu avait pris à la basse ville, et pendant sept heures, sans que l’on pt s’en rendre maitre, il avait détruit les deux tiers des magasins; à ce moment, la plupart des habitants, comme le gouverneur général lui-même, étaient à Montréal pour leurs affaires; malgré le zèle du lieutenant de la prévôté, Lotbinière, qui s’efforça d’organiser la lutte contre l'incendie, les secours, insuffisants, ne protégèrent que quelques maisons ; celle d'Aubert de La Chesnaye fut ainsi sauvée, mais en général, parmi de légères constructions de bois, le feu fit librement son œuvre; l’intendant Meulles, faute de logement dans les quelques édifices qui subsistaient à la basse ville, dut s'installer fort mal dans le haut Québec, où il ne se croyait pas en sûreté, « au moindre mouvement de guerre contre les sauvages © ».
Ce sinistre aggravait encore la situation bien misérable déjà de la Nouvelle-France; il rendait plus difficile aux nouveaux administrateurs l'exécution des ordres de la Cour, qui leur avait prescrit de développer surtout le commerce et l’agriculture; beaucoup des marchandises dont le trafic aurait été profitable à la colonie avaient en effet péri dans les flammes. C’était une raison de plus de s'attacher sérieusement à la colonisation, et de se garder de toute démonstration belliqueuse contre les Iroquois, car il eût été plus que jamais alors malaisé de l’appuyer d'un effort victorieux. La Barre consulta-t-il son prédécesseur, pendant les quelques jours qu'ils durent passer ensemble ? Les lettres de Frontenac citées au précédent chapitre montrent que le gouverneur sortant n’eût sans doute pas refusé ses conseils ; pourtant
1. La Barre à Seignelay, 12 nov. 1682. Ar. col., C. G, Can. VI, 59, — Char levoix, 1, 465. — Garneau, 1, 266.
2. Ar. col., G. G. Can., VI, 79. — La Potherie, IF, 148. — L'enregistrement des provisions de La Barre et Meulles au Conseil Souverain est du 9 octobre 1682 (II, 828).
3. Procès-verbal de l'incendie. Ar. col., C. G. Can., VI, 101. — Hist, de l'Hôtel-Dieu de Québec, par la Mère Juchereau.
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