‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 225 sur 395 · Ar. co 2, Instruc · texte numérisé non relu

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les textes ne disent pas qu'il ait pris part à une grande délibération sur la question iroquoise, qui eut lieu le 10 octobre ‘; or à ee moment il n’était certainement pas encore parti de Québec : la lettre de Meulles, qui fut expédiée par le courrier de 1682, est du 12 novembre ; comme les vaisseaux du roi venaient de France et y relournaient en groupe, c’est vers cette date seulement que Frontenac et Duchesneau durent quitter le Canada.

Louis XIV venait d'imposer la paix à l'Europe coalisée; il développait les conquêtes Ge la guerre par les décrets des Chambres de Réunion; s'il n’eût donné toute son attention aux affaires continentales, ii eût profité de ces loisirs pour pousser vivement l'appropriation du sol canadien par les Français; quoiqu'il n'ait pas, en ce sens, montré beaucoup d’empressement, il faut pourtant avouer que les instructions de La Barre et de Meulles annoncent la résolution de négliger un peu moins qu'auparavant notre lointaine colonie. On veut la mettre en valeur, sans toutefois l'étendre; car, comme pour commenter les motifs du rappel de Frontenae, la Cour déclare ne point approuver les grandes expéditions : « l'utilité que les habitants du Canada ont trouvée dans le commerce des pelleteries avec les sauvages a obligé plusieurs d'entre eux de faire des découvertes vers le pays des Nadouesioux, la rivière de Mississipi et autres endroits de l'Amérique septentrionale. Sa Majesté estime que ces découvertes ne sont pas avantageuses, et qu'il vaut mieux s'appliquer à la culture des terres dans les habitations défrichées ? »; une seule exception est faite en faveur de La Salle. Seignelay, reprenant une des idées favorites de son père, aurait voulu nouer des relations régulieres entre les Antilles francaises et le Canada; il recommandait aux administrateurs de correspondre régulièrement avec M. de Blénac, alors gouverneur des iles, et de montrer aux habitants tous les avantages de ce commerce. L'intendant Meulles s'était convaincu, dès ses premières tournées, que ce tralic serait profitable, mais, disait-il, nul n'a des ressources suffisantes pour l'élablir; les familles sont fort nombreuses, beaucoup comptent plus de douze enfants, mais elles sont très pauvres et, sans les secour, : u roi, ne pourront jamais organiser un commerce pour lequel il fau-

1. Ar. col, GC, G. Can., VI, 68. — Charlevoix, 1, 471. 2. Instructions de Meulles. Ar. col,, 0. d. R., vol. 1679-82, p. .5 de 1682,

drait d’abord une importante mise de fonds !. Mème plus riches, les Canadiens d'alors auraient-ils volontiers tenté de telles entreprises? C'est fort douteux; agriculteurs et marchands sédentaires à Québec, commerçants nomades en résidence intermittente à Montréal, ils n'avaient point de goût pour la navigation ; rien ne les attirait vers la mer que les plus jeunes ne connaissaient même pas, seule l’Acadie, mieux peuplée et reliée au Canada par une bonne route, aurait donné à la colonie française cette valeur de pays maritime qui lui manquait encore ; vainement, le roi déclarait que les gentilshommes canadiens pouvaient faire le commerce sans déroger; il exemptait de droits les marchandises qui seraient portées des îles au Canada, et réciproquement; rien n'y fit, le ministre avouait lui-même que ces efforts étaient stériles ?, Dans l’état, tout le transit de la métropole était aux mains de négociants du vieux pays, de Rouen ou de la Rochelle, comme ce Jean Guiton, l’un des premiers commanditaires de La Salle, qui avait acheté à Montréal une propriété de 2500 livres pour obtenir les privilèges réservés aux habitués, à l'exclusion des marchands forains *. Le seul commerce que les Canadiens pratiquaient volontiers, c'était la traite avec les sauvages, mais pour celui-là, le ministre ne les encourageait point.

La colonisation agricole fit-elle, du moins, quelques progrès? Meulles notait que, jusqu'à son époque, on n'avait guère défriché que le long des rivières, « à cause de la facilité des communications et de la douceur de la pêche »; la population se multipliant, on commençait à s’avancer dans l’intérieur, où les bonnes terres ne manquent pas ‘. Mais les administrateurs n'avaient aucun plan d'ensemble : les concessions étaient délivrées sans méthode, sans contrôle, mème lorsque les vérifications eussent été faciles : en 1684, un sieur Bailly avait obtenu concession d'un terrain à la basse ville de Québec et se mettait en devoir d'y bâtir une maison; or, par une erreur extraordinaire, on lui avait assigné le domaine d’une place publique : un groupe d'habitants se réunirent pour en envoyer les preuves à Seignelay; l'affaire fut réglée

4. Voir lettre du 12 nov. 1682. Ar. col., C. G. Can., VI, 82, 90. — Charlevoix, I, 465.

2. Le ministre à Meulles, avril 1684, Ar, col., O. d. i., vol, 1684-85, p. 18, — Ord. roy. de mars et avril 1685, /d., M. S. M., IV.

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