Ar. col., C. G. Can., VII
2, Du Lhut à La Barre, 10 sept. 1684. Id., VI, 301. 3. La Barre au ministre, 3 nov. 1683. Id., id., 138. 4. Id., id., NI, 440; VII, 271. — Cf. Id., M. S. M., IV.
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gènes, il ne ruinait pas seulement La Salle, mais compromettait l'avenir de la domination française dans le haut pays; bien plus, l'hostilité malheureuse des marchands jaloux de La Salle et des Jésuites ennemis des Récollets sera fatale à la Nouvelle-France : fatigué des déboires auxquels tant de mauvaises volontés l'exposent, La Salle tentera d'aborder le Mississipi non plus par le Canada, mais par le golfe du Mexique; la Louisiane deviendra chaque jour une colonie plus distincte et la Cour, réservant toutes ses faveurs à ces jeunes établissements, oubliera que les deux groupes de possessions doivent se compléter l’un l'autre, et n'ont leur pleine valeur que s’ils ferment les routes de l'ouest par une chaine ininterrompue de postes solides à toutes les tentatives des concurrents européens de la France.
A la fin de l'année 1682, on ne savait, à Québec, rien de précis sur les découvertes de La Salle; le bruit avait couru, répandu par des hommes de Tonty, que l'explorateur avait enfin trouvé les bouches du Mississipi, mais La Barre n’y croyait guère; le P. Zénobe, Récollet, chargé de porter en France les dépêches de La Salle, avait refusé de fournir des explications, et le gouverneur, informé seulement que La Salle, descendu à Michillimackinac, était reparti ensuite vers l’ouest, insinuait que le découvreur avait «des desseins particuliers qu'il ne veut pas que l’on pénètre ». Or, sur la nouvelle reçue à Michillimackinac que les Iroquois s’apprétaient à marcher contre les Illinois, La Salle avait laissé le P. Zénobe continuer seul sa route vers le bas Canada, tandis que lui-même avec vingt-cinq hommes était retourné chez les Miamis pour les mettre à l'abri des insultes iroquoises ; La Barre partait de là pour condamner l’imprudence de sa conduite, conclure que les Iroquois vont aussitôt déclarer la guerre, et demander en France qu’on envoie des secours !. Le fort Frontenac, ajoutait-il, est laissé à l'abandon.
Ici se révèle la pensée de La Barre ou du moins de ceux qui inspiraient sa conduite, comme La Chesnaye; le fort Frontenac était le centre d’un important commerce; en persuadant à la Cour que La Salle n’y remplissait pas les charges de sa concession, on préparait, en la justifiant d'avance, une usurpation qui substitue -
4. La Barre à la Cour, 12 et 14 nov. 1682. Ar. col., C. G. Can., VI, 59, 66. — Cf. Margry, IT, 302.
rait aux ayants-droit du découvreur, c'est-à-dire à Plet et à ses agents, la société de La Chesnaye et de ses complices. C'est donc une campagne de diffamations qui commence : le fort Frontenac tombe en ruines: or, une lettre de La Salle datée de Michillimackinac, 5 octobre 1682 !, indique précisément que le découvreur s'inquiétait d'y faire maintenir le commandant qu’il y avait laissé, La Forest, « avec le nombre de soldats nécessaires pour la conservation de ce poste ». La lettre est adressée à Frontenac qui vient seulement d'apprendre son rappel; mais nous avons vu le gouverneur général trop préoccupé d'assurer, en partant, la sûreté de la colonie pour supposer qu'il ne communiqua point à La Barre le désir exprimé par La Salle; dès lors le nouveau gouverneur, dans ses lettres au ministre, accuse faussement La Salle de négliger ses obligations; La Hontan constate bien, en 1684, que les murailles du fort s'écroulent, qu'on peut les franchir avec une simple échelle ?; mais la faute en est à l'incurie de ceux qui remplacèrent ou supplantèrent les agents de La Salle, et non point à l’indifférence du découvreur lui-même.
En même temps qu'il attirait l'attention du gouverneur sur le fort Frontenac, La Salle demandait quelques provisions et des armes pour le fort Saint-Louis des Illinois. C'était, dit La Barre, provoquer une attaque des Iroquois. Bien au contraire, c'était les engager à ne point se lancer dans une entreprise dont ils mesureraient mieux les dangers; c'était continuer la politique si bien inspirée de Frontenac, qui affectait de publier partout qu'il autorisait les nations d’en haut à se défendre contre les insultes des Iroquois. Mais c'était aussi consolider, aux Illinois, la situation personnelle de La Salle et, comme ses rivaux n'avaient qu’un but, le ruiner sans merci, La Barre n’eut garde d'envoyer au fort Saint- Louis les munitions qui lui étaient demandées; en revanche, il faisait porter des vivres au fort Frontenac par des gens à lui; il y mettait des soldats de son choix; il mandait à la Cour * que La Salle engageait des Canadiens, les attirant aux Illinois pour faire une guerre générale aux Iroquois, à la tête de tous leurs ennemis indigènes; mais que déjà beaucoup de ses compagnons l'avaient abandonné, disposant des pelleteries qu’ils emportaient comme