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distribués, 1683-1684, en guerre à craindre.
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Canada, la voie naturelle était la vallée du Wisconsin, puis, par un court portage, la rivière des Puants, d’où l’on gagnait la baie de ce nom et l'ile de Michillimackinac.
Le théâtre d’action de du Lhut était plus septentrional; parti lui aussi de Michillimackinac, il s'était avancé le long du lac Supérieur dans un pays sauvage, où d’étroites vallées entaillent brusquement, comme des chemins creux, les granits du plateau; il avait fondé un poste sur la rive nord du lac à Kamanastigouia, puis un autre près du lac Alempigon, auquel il donna le nom d'un de ses frères, La Tourette ‘. Le fort La Tourette correspondait sans doute à une station de traite qui existe encore aujourd'hui sur le lac Nipigon; quant à l’autre, il occupait probablement la place où s'élève maintenant le fort William, tête de ligne de la navigation intérieure des Lacs : un village voisin porte encore le nom de Kaministiqua. De là, du Lhut était en relations fréquentes ave : Michillimackinac; il descendait même à Montréal au moment des foires annuelles, et Duchesneau l’avait accusé de faire la traite d'accord avec Frontenac. Ces établissements avaient une grande valeur rce qu'ils pouvaient commander le ravitaillement par ter. postes de la baie d'Hudson; déjà du Lhut l’indiquait à Frontenae, dans ses lettres de 1679; quelques mois plus tard, il le faisait également remarquer à Seignelay, dans un mémoire où il demandait au ministre la concession des pays par lui découverts. Il ne paraît pas qu'il l'ait obtenue; la Cour était alors peu favorable aux expéditions lointaines, et faisait à peine une exception pour celle de La Salle ?, Comme Nicolas Perrot, du Lhut était fort habile dans ses relations avec les sauvages; à Michillimackinac où au Saut-Sainte-Marie, il rencontrait souvent des indigènes de diverses nations Kiskakons, Folle-Avoine, Sauteurs, tous voisins du lac des Illinois (Michigan), parfois aussi des Nadouesioux. Comme Perrot, il travaillait à maintenir la paix, nécessaire aux succès des traitants français, mais toujours si précaire entre lant de tribus rivales; il y avait réussi jusqu’au milieu de 1683.
Mais à ce moment des troubles éclatent ; c’est l'époque où du Lhut, s'associant aux rancunes de La Barre, a quitté ses postes du haut pays pour participer à la spoliation de La Salle; il semble
1. Nicolas Perrot, 132. — Carte de Franquelin. — Cf. Sulte, V, 445. — Margry, VI, 20, 2. Margry, VI, 32 ss.
que son départ ait encouragé quelques bandits à s'attaquer aux traitants : au moins d'août 1683, deux Français avaient été tués et leurs bagages pillés par un parti de Sauteurs et de Folle. Avoine ‘; l’un des meurtriers, fuyant une expédition de Nadouesioux, venait de se réfugier à la mission du Saut, entouré d'une si belle escorte que les douze Francais de la station n'avaient pas cru devoir l'inquiéter; du Lhut, revenu dès l'automne, montra plus de résolution; il fit arrêter le coupable; sur ces entrefaites un chef de bande, Péré, revint au Saut, amenant prisonniers deux autres des complices du crime. Du Lhut, au lieu de s'en débarrasser furtivement, fit instruire un procès solennel : tous les anciens des tribus campées aux environs du Saut furent convoqués à une sorte de conseil de guerre; ils hésitaient à condamner des compatriotes, mais du Lhut en refusant des présents qu'on lui offrait « pour couvrir les morts », proclama si bien qu'il était décider à venger les deux Français tués, qu'ils furent obligés de céder ; le commandant français fit même valoir qu'il agissait avec modération, en ne mettant pas à mort tous les assassins, mais seulement deux d’entre eux, « un homme pour un homme », selon la coutume que les tribus indigènes observent entre elles. L'arrêt prononcé, écrit du Lhut au gouverneur général, « je sortis du conseil et fis savoir aux révérends Pères s'ils voulaient baptiser ces deux malheureux, ce qu'ils firent; et, une heure après, je me mis à la tête de quarante-deux Francais, et à la vue de plus de quatre cents hommes, à deux cents pas du fort, je leur fis casser la tête ?, »
Cet exemple était nécessaire : les sauvages, trop habitués à trouver les Français plus indifférents, en étaient venus à considérer un meurtre comme un accident sans importance qui leur coûtait, au pire, «ae faible amende en pelleteries. La sévérité de du Lhut eut les meilleurs résultats ; il put développer en paix ses établissements, entouré du respect de tous les indigènes; pendant L'été de 1684, son absence ne fut point, comme l’année précédente, le prétexte de violences criminelles; lorsqu'il revint, au mois de septembre, malgré l'échec de l'expédition du gouverneur contre les Iroquois, il déclarait pouvoir compter encore sur la confiance
1. Charlevoix, dont la chronologie est souvent fautive, place à tort cel incident un an plus tôt (I, 466).