‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 247 sur 395 · Ar. col., C. G. Can., VI, 61 ss · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., VI, 61 ss

2. Voir lettre de La Barre au ministre, nov. 1683. Id., id., 1617.

3. Ar. col., M. S. M., Mém., 100 ss. Ce document est intitulé : Mémoire des guerres de 1682 à 1712.

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cais dont l'équipage ne pourrait leur exhiber un passeport conforme au modèle officiel; une copie en avait été, à cet effet, distribuée dans les cantons! Ainsi, pour servir les intérêts d’un groupe de marchands, La Barre, qui n'ignorait pas que beaucoup de traitants n'étaient point munis de pièces régulières, désignait ces malheureux aux attaques des Iroquois. Il était d'abord dangereux de déclarer ainsi publiquement à ces belliqueux sauvages que la division régnait parmi les Français et qu'ils pouvaient impunément assouvir sur quelques-uns leurs fureurs guerrières; la colonie n'avait pas assez d’hommes pour qu’une pareille invitation au meurtre ne fût pas, en même temps qu'un acte barbare, une faute sans excuse. Puis La Barre et ses inspirateurs faisaient-ils preuve d’un jugement sain, s'ils se figuraient que les lroquois iraient demander aux Français, avant de les piller, de vérifier leurs passeports! Ils exposaient donc en fait au même sort tous les traitants, autorisés ou non, et donnaient à l'orgueil des Iroquois une satisfaction qui devait l'exalter encore... On hésilerait à croire que La Barre ait pris une décision semblable, si les textes les plus divers ne l’affirmaient formellement, si, de plus, toute la conduite ultérieure du gouverneur ne tendait à prouver qu'on ne l’accusait point à tort !. Ses amis portèrent, dès l'hiver de 1682, la peine de leur félonie : deux canots qui appartenaient à La Chesnaye furent pillés par les Iroquois; La Barre envoya aussitôt au canton coupable un traitant nommé Lemoyne, qui avait longtemps vécu dans ce pays; Lemoyne n’obtint aucune réparation, mais comme pendant son voyage les vaisseaux étaient partis pour la France, force fut à La Barre d'attendre le retour du printemps pour tirer parti de cet incident et demander de nouveau des renforts au ministre. En 1683, dès que le Saint- Laurent fut libre, un petit bateau fut dépêché en France; cette fois, La Barre donnait sans doute à Seignelay des preuves décisives de l’imminence de la guerre, car, le 29 août 1683, la frégate ka l'empête partait de France, emmenant trois compagnies fortes ensemble de cent cinquante hommes; le 7 novembre, ces troupes. débarquaient à Québec. Il était alors trop tard pour commencer une campagne que l’on remit à l’année suivante.

Mais le péril était-il si pressant? L'hiver de 1682-83, sauf l’in-

4. Voir Mém. cité. — Margry, II, 338 ss. — La Potherie, Il, 163.

cident dont nous venons de parler, avait été calme; l'été de 1683 s'était passé de même; bien plus, à la faveur de cette paix générale, La Barre et ses associés avaient fait occuper les postes de La Salle, et les Iroquois, après un premier refus, avaient envoyé plusieurs députés des cantons à Montréal au moment de la traite annuelle !, Quand La Barre annonçait au ministre cette démarche pacifique, il n’aurait pas dû, sous peine de se contredire, déclarer, à quelques lignes de distance, que la guerre était plus proche que jamais, que, pour tout prévoir, il faisait fortifier Michillimackinac par du Lhut, et ne reculait pas devant des frais considérables, dont il demandait le remboursement,

Au début peut-être La Barre ne voulait pas la guerre; il se faisail l'illusion que les Iroquois, laissés libres d’agir contre certains traitants français et contre les Illinois, s’useraient sans prévoyance dans ces luttes, et cesseraient ensuite d’être redoutables: il s’imaginait encore que, une fois lancés, ils pourraient ètre arrêtés à volonté, sans qu'il en coûtàt plus qu'une démonstration militaire. De là, l'incertitude de sa politique; en 1683, La Chesnaye et ses associés, maîtres des forts de La Salle, ont besoin de la paix; La Barre réclame des renforts à la Cour pour préparer la guerre à tout hasard, mais fait la traite avec les Iroquois, sans même leur demander raison pour les canots pillés quelques mois plus tôt. D’autres, autour de lui, sont plus sincèrement alarmés : l'intendant Meulles, d'abord, puis les Pères missionnaires des nations d'en haut. « Il faut à tout prix, écrit l’intendant, attaquer « ces bêtes féroces, et les mettre hors d'état de nous oser menacer »; la conquête de leur pays est absolument nécessaire, « étant très certain que, si nous ne les détruisons, un jour ils nous obligeront d'abandonner le pays qui me parait très beau et en disposition de se faire très florissant ?. » Les Jésuites du Saut-Sainte-Marie et de Michillimackinac pensent de même : «si nous ne domptons les Iroquois, écrit le P. Enjalran, nous nous plaçons dans l'alternative de périr par eux ou de succomber sous les coups des nations que notre faiblesse leur aura livrées ; c'était,

4. Meulles au ministre, 2 juin 1683. Ar. col., M. S. M., Mém. 131. — La Barre au ministre, nov. 1683. Id., C. G. Can., VI, 161.

2. Lettres de Meulles à Seignelay, 2 juin 1683, 4 novembre 1683, /4., Hd, 167, 194.

3. Le P. Enjalran à La Barre, 1 mai 1684. 1d., id., 525 ss. Les dernières

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