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écrivit une lettre de bienvenue; mais ces protestations d'amitié ne paraissaient pas sincères, car les envois d'armes aux Iroquois continuaient, et Denonville n'était pas dupe. Dongan n'était pas un chef militaire, et Callières le juge bien, quand il le dépeint comme « un esprit inquiet, intéressé, brouillon... faisant plutôt le marchand que le gouverneur à Manhatte ! ». Il n’eût donc pas coûté beaucoup de lui infliger une défaite qui eût été décisive; et, du même coup les Iroquois eussent été réduits à merci, car ils ne se maintenaient que par les secours anglais. Mais le gouverneur espérait que les négociations qu'il savait engagées en Europe y mettraient bon ordre. Dans ses lettres à Dongan, il se montrait donc froid, mais poli. Par le ton seul de cette correspondance, on devine que Denonville ne s'inspire pas des mêmes idées que La Barre; ainsi, jamais il n'a caressé la chimère d’une entente anglo-française pour dompter les Iroquois; il part de ce fait, malheureusement évident, que les Iroquois et les Anglais sont pour nous un seul groupe d’ennemis; il n'aura point la naïveté d'avertir le gouverneur de New-York des campagnes qu'il médite.
Malgré toutes ces précautions, des déserteurs français informaient Dongan de tous nos projets ?; ils se moquaient de toutes les ordonnances royales, et leur nombre était tel qu’ils formaient près de Manhatte un nouveau village que l’on appelait la petite Rochelle *. Ce nom semble indiquer qu'il y avait des réformés parmi eux; Louis XIV avait étendu la révocation de l'édit de Nantes à toutes les possessions de la couronne, et Denonville avait reçu l’ordre d'appliquer aux récalcitrants le système des dragonnades *; mais les déserteurs n'étaient pas seulement des dissidents persécutés, c'étaient surtout des aventuriers, heureux de profiter des concessions de terre et des avantages de commerce que les Anglais leur offraient. Dans son zèle très légitime à les poursuivre, Denonville ne fut pas toujours bien inspiré, comme le prouvent ses lettres contre le sieur de Chaïilly. Ce personnage,
1. Dongan à Denonville, 13 oct. 1685. — Callières à la Cour, 1688. Ar. col., CG. Can., VIF, 67, et X, 148.
2, Correspondance de 1686. Zd., VIT, 11, 101, 118, etc.
3, Id, X, 68. — Noir Ord. roy. de mars 1687. Id., IX, 215.
ï, Lettre du 31 mai 1686. Mém. et Doe., [, 362. — Cf, La Hontan, II, 83, Voir dans une lettre de Denonville (1687) le récit d’un complot formé aux linois par dix Français pour attirer les Anglais au Mississipi (Ar. col. CG. Can,, IX, 155).
ancien cadet dans le régiment de Carignan, s'était fixé jadis au
Canada, « sans un sol de patrimoine »; après quelques années, peu! ayant amassé 40 000 livres, il demandait un congé pour se retirer A en France; Denonville, qui avait ordre de retenir au Canada tous Lg les habitants, lui refusa la permission; il eût été pourtant d’un Far bon exemple, au vieux pays, que l’on vit un colon parti pauvre sun revenir après fortune faite; mais le gouverneur ne discutait ni pe n'interprétait ses instructions, et Chailly s'enfuit alors à Orange, a d'où il gagna la France; il y acheta une terre aux environs de la eue Rochelle; il serait aisé, dit Denonville, de le trouver et de lui tons infliger mille écus d'amende, car non seulement il a déserté, mais Qu il a livré à Dongan le secret de plusieurs projets du gouverneur Der de Québec. Il est clair, dans l’espèce, que Denonville avait eu tort REC de ne point autoriser la rentrée régulière en France du sieur de ne Chailly; mais est-ce l'impunité laissée à ce personnage qui encou- : ragea les désertions de nos colons à New-York? Combien s’y réfu- ne giaient, non point pour passer librement en France, mais pour faire cit un commerce de contrebande très lucratif? Pour les réduire, les BRUIDE rigueurs ne suffisaient pas; mieux valait, en améliorant les con- ‘RUoE ditions du pays, leur offrir les moyens de s’enrichir aussi facile- QE ment que dans la Nouvelle-Angleterre, mais Denonville, tout He entier à ses fonctions militaires, laissait à son intendant le soin ne de développer le commerce ; en attendant, les déserteurs étaient «es fort dangereux pour la colonie, car, gèné par leurs rapports, il fit al était fort difficile au gouverneur de préparer une expédition dont pa la soudaineté devait être l'élément principal de succès. Lu ; Denonville, cependant, ne perdait point courage, et défendait j'te point par point les droits de la France, contestés par les lettres et de Dongan ; le gouverneur de New-York écrivait tantôt en anglais, DRE tantôt en latin; Denonville répondait toujours en français et d’un au bon style. Quelque temps après l’expédition de La Barre, les armes ne
du duc d’York avaient été plantées chez les Tsonnontouans,
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1. Corresp. de 1686. Ar. col., C. G. Can., VIII, 12, 448. fé " 3; X, :
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pour des approvisionnements amassés au fort Frontenac, et déclarait même que La Barre, en traitant à la Famine sans l'en avertir, avait méconnu la suzeraineté anglaise sur les Iroquois. Si les Français capturaient quelques bandits indigènes et les expédiaient en France, selon les ordres du roi, pour ramer sur les galères, Dongan voulait une indemnité. Si le P. de Lamberville, comprenant un peu tard qu’il avait été joué, paraissait disposé à rapprocher les Onnontagués des Français et à les détacher de New-York, Dongan priait le gouverneur de Québec d'inviter le Père à se renfermer dans l'exercice de son ministère. La présence des missionnaires chez les Iroquois, ajoutait-il, ne prouve rien en faveur des Français; ces prêtres n’ont-ils pas eux-mêmes reconnu par plusieurs lettres que le pays était placé sous la protection de l'Angleterre? On voit à quelles conclusions prêtaient les imprudences du P. de Lamberville.
Au commencement de 1687, les deux gouverneurs reçurent le premier traité de neutralité; Dongan, pour ne point s’y soumettre, épilogua sur les termes : la convention parlait des sauvages, auxquels les deux groupes de colonies ne devaient point fournir d'armes ni de munitions; les mots wild Indians du texte anglais, dit-il, sont employés pour distinguer des tribus qui se sont soumises à l’un ou à l’autre gouvernement celles qui n’ont pas fait leur soumission. Et, sous le bénéfice de cette subtilité, Dongan continuait ses relations avec les Iroquois, ajoutant que l'établissement d’un poste en terre anglaise (il veut dire le fort Niagara) doit être le résultat d’un simple malentendu !, Denonville répondait avec quelque dédain à toutes ces bravades : au lieu de pousser les sauvages à chasser les missionnaires, disait-il, de leur donner des munitions et des vivres pour attaquer les Français, Dongan ferait mieux d'observer loyalement le traité de neutralité passé entre les deux couronnes ; il devrait, si ses déclarations d’amitié ne sont pas des mensonges, accorder des réparations au P. Vaillant, maltraité malgré sa qualité de parlementaire par les Tsonnontouans, trop dociles aux conseils qu’on leur prodigue de New-York; il attendrait les décisions du comité mixte qui doit se réunir en Europe, avant d'élever des prétentions au moins contestables sur le pays
1. Diverses lettres de Dongan, 1686-88. Ar. col., C. G. Can., IX, 48, 86, 166; X, 32, et M. S. M., Mém. 226, 235.
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des Iroquois; provisoirement, et jusqu'à preuve plus certaine de la sincérité de ses bonnes dispositions, il ne serait pas surpris que le gouverneur de Québec retint les Anglais prisonniers dans cette ville et surtout les sauvages enlevés par les traitants français.
Donc Denonville comprenait son devoir et parlait ferme ; c’est de la Cour que vinrent des instructions de faiblesse. Vainement, le gouverneur représentait que les Anglais de New-York étaient un groupe presque indépendant, que jamais un traité régulier n'aurait de prise sur eux, qu'ils excitaient les Iroquois, pour attirer à eux tout le commerce, même contre leurs compatriotes de Pennsylvanie et de Virginie; vainement il montrait Dongan refusant de reconnaitre un fonctionnaire nouveau, sorte d’intendant, que lui adjoignait le roi d'Angleterre : de Versailles, on lui prescrivait de ne rien brusquer, de laisser faire les agents diplomatiques ; alors, « sur une lettre de cachet du Rai, croyant devoir obéir aveuglément aux ordres de Sa Majesté », le gouverneur renvoyait à regret tous les prisonniers anglais. Peut-être finissaitil par croire, à voir l'assurance du ministre que, la Cour veillant en Europe, il n’avait plus pour atteindre les Anglais de la Nouvelle-France qu’à tomber vigoureusement sur leurs alliés Iroquois ‘. Mais il n’avait pas oublié l’échec de La Barre; il en avait étudié les causes, et s'était convaincu qu'il devait préparer de loin son expédition pour lui donner sa pleine valeur ; de là l’organisation d’un système défensif fort bien conçu, la meilleure des protestations contre les fanfaronnades de Dongan.
Le fort Frontenac était le poste qu'il fallait munir le premier, car au lendemain de la retraite de La Barre, il était menacé par des partis Iroquois, qu’enhardissait la faiblesse constatée des Français; dans le mois qui suivit son arrivée, Denonville alla passer l'inspection du fort, accompagné de Callières, gouverneur de Montréal ; il y fit monter des farines et répondit tranquillement aux observations du gouverneur de New-York qu'il avait cru convenable d'augmenter la garnison; Dongan se vantait beaucoup quand, dénonçant l'armement de ce poste comme l'indice d’une campagne prochaine, il menaçait Denonville d'être plus vite à
1. Diverses lettres de Denonville, 1686-88. Ar. col., C. G. Can., VIII, 10; IX, 56, 63, 122; X, 32, 68, et M. S. M., Mém. 229.
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