Perrot
postes. Pourtant rien n’est achevé; les Tsonnontouans, un instant dispersés, vont revenir dans leur pays et relever leurs villages; leurs attaques contre nos alliés ou même les habitants français du district de Montréal reprendront dès l’automne, et le concours des Anglais de New-York leur reste assuré. Denonville le disait lui-même, dans sa lettre du 25 août, lorsque, de retour à Montréal, il envoyait à la Cour le récit de l'expédition; il s’excusait de n'avoir pu mieux faire ; mais les Anglais avaient reçu et ravitaillé les Iroquois fugitifs ; tant que nous aurions de tels voisins, un succès décisif n'était pas possible; « il vaudrait mieux leur faire la guerre qu’aux Iroquois. » Louis XIV, loin de le comprendre, négociait le second traité de neutralité, tandis qu'il envoyait au gouverneur de Québec des instructions pacifiques ; ce n'était pas le moyen de ruiner les Iroquois.
La guerre avait coûté fort cher, et, presque tous les habis. adultes de la colonie s’y étant trouvés employés, les travaux de l'agriculture et le commerce en avaient beaucoup souffert; pendant l'hiver de 1687-88, la misère, aggravée par les pillages des bandes iroquoises, fut très grande; beaucoup d'habitants mendiaient dans les rues de Québec, et l'intendant, pour éviter des frais inutiles par l'entretien de faux nécessiteux, fit constituer dans toutes les paroisses des bureaux de bienfaisance, en faveur desquels des dames allaient quêter à domicile, « tous les deux mois, sans trop presser personne », et qui s’informaient avec soin des véritables infortunes à secourir; la mendicité n’était autorisée que par billets individuels et à titre d’exception!. Malgré tte création, les plaintes étaient générales lorsque dans l’été de 1688 l’évêque Saint-Vallier revint en son diocèse ; il ne put se défendre de déclarer en chaire que la colonie portait le châtiment divin de sa piété trop tiède, puis, comme il avait rédigé en France un volume d'édification où il disait, sur la foi de ses premières observations, combien la religion était honorée par les Canadiens, il dut, pour éviter une contradiction trop éclatante, garder sous clef les deux cents exemplaires au’il avait apportés?.
Les commandants du haut pays étaient retournés dans leurs lerritoires avant la fin de l'été de 1687; Denonville en profita pour