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à la colonie tout entière n'avait point donné ce qu'il espérait : aucun poste nouveau n’était fondé, puisque Niagara existait déjà l'année précédente; de plus grandes forces, des frais plus lourds nr! étaient nécessaires pour garantir les postes anciens contre les it attaques des Iroquois, pillés mais non vaincus; les Anglais n'avaient Qi pas renoncé à leurs prétentions et, de leur côté, le danger restait f le même; en revenant du fort Frontenac, Denonville dut former à Montréal, « en tête de l'ile », une compagnie de cent vingt Canadiens, que commandèrent, sous Vaudreuil, quatre notables habitants : il demandait au roi un renfort de huit cents hommes. « Pour bien défendre la colonie, dit-il au ministre, il ne faut pas que vous vous mettiez à demi; aujourd’hui, nous avons soixante-dix lieues de chaque côté du fleuve à soutenir !.
La guerre de 1687 avait été une erreur; elle entraina Denonville en des erreurs nouvelles; son intention personnelle, souvent exprimée dans les mémoires qu'il envoie à la Cour, est de préparer avec de grandes forces une expédition ultérieure; mais sa conduite à l'égard des Iroquois comme des sauvages alliés laisse supposer qu'il désire la paix; de là des indécisions, une incertitude de direction très défavorables à la sûreté de nos relations avec les indigènes ; les Outaouais auxiliaires n’oubliaient pas que Denonville leur avait défendu, le soir de l’embuscade, de poursuivre à fond les Tsonnontouans débandés; ils en auraient volonliers conclu qu'Onontio les abandonnerait, un jour ou l’autre, aux lroquois. De plus, Denonville ayant constaté le peu de résultats d'une expédition qui comptait plus de deux mille hommes, s’ima-
gina que, pour réussir une seconde fois, il lui fallait une armée | bien plus nombreuse; il traitait la question en militaire, qui ne voit de solution que la lutte et ne s’avisait pas que, dans les conditions où se trouvait placée la colonie française parmi les indigènes, la guerre devait nourrir la guerre.
Au mois d’août 1687, il déclarait déjà vouloir reprendre les hostilités l'année suivante; mais, ajoutait-il, on y décidera difficilement les sauvages alliés, dont les fatigues ont été, cette année, beaucoup plus grandes que les profits; les habitants eux-mêmes ne sont pas fort bien disposés; c’est du roi que doivent venir tous
1. Lettres de Denonville, 25 août, 27 oct., 7 nov. 1687. Ar. col., M. S. M., Mém. 298, 233, et C. G. Can., IX, 177. — Nicolas Perrot, ch. XXIV. — ‘La Hontan, Lettres XIII à XV. — La Potherie, II, 211 ss.
les secours; et les administrateurs évaluaient à près de cent trente mille livres le total des frais à faire pour approvisionnements, bateaux, transports d'hommes et de munitions; dans les six pre. miers mois de 1688, ils dépensaient, pour soutenir les divers postes contre les insultes des Iroquois, plus de soixante-cinq mille livres! Denonville, en août 1688, ne dissimulait pas ce qu'il en coûterait pour réduire les Iroquois d’après ses plans : « Il faut voir si le roi est dans la résolution de prendre de loin des mesures pour être en état dans quelques années de tomber tout d’un coup, par plu: sieurs endroits, sur {ous les villages iroquois, ce qui se peut faire en ramassant les blés pour la subsistance de trois ou quatre mille hommes pendant deux ans, et outre cela, préparant les magasins pour la construction prompte de quatre à cinq cents bateaux avec toutes les choses nécessaires pour une telle entreprise ?. » Si le Canada ne pouvait vivre qu’à ce prix, la Cour n'avait qu’à l'abandonner, car, en 1688 moins que les années précédentes, elle était à même de lui envoyer des secours : la Révolution d'Angleterre était proche, et Louis XIV ne discerna pas qu’au lieu d'employer sa flotte sur les côtes d'Irlande pour Jacques II déchu, il valait mieux envoyer une escadre pour enlever New-York et couper court par l'éviction des Anglais à l'hostilité des Iroquois. Heureusement pour la Nouvelle-France, la politique de Denonville n’était point la seule possible : lorsque deux années d'épreuves en auront condamné les procédés, Frontenac reviendra pour appliquer avec succès d’autres principes, ceux de son premier gouvernement : à défaut de troupes et d'argent, comme plus tard Vendôme à son petit-fils Philippe V, roi d'Espagne, Louis XIV enverra pour sauver le Canada Frontenac, dont la présence vaut une armée.
Les premiers mois qui suivirent la campagne aux Tsonnontouans furent particulièrement pénibles : pour se venger des pi lages qu'ils n'avaient pu empêcher, les Iroquois lançaient de tous côtés des bandes de guerriers, vagabonds insaisissables, qui ne s’attaquaient pas en général aux postes, mais aux groupes isolés de traitants ou de cultivateurs, et qui venaient à quelques lieues de l’île de Montréal brûler des fermes ou enlever des habi-
1. Comptes pour 1688. Ar. col., C. G. Can., IX, 1743; X, 130. 2. Id., X, 71. -
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