Voir la lettre de Frontenac du 12 nov
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un assez large espace où ils enfoncaient à chaque pas; embarrassés par cet obstacle, surpris par le feu dispersé des Canadiens, auxquels ils répondaient sans grand succès par des salves, ils n'avançaient qu'avec peine; La Hontan avoue qu'ils firent preuve de bravoure, mais ils manquaient de discipline, et ne savaient comment résister à une tactique toute nouvelle pour eux. Cependant, comme ils étaient beaucoup plus nombreux que leurs adversaires, Frontenac détacha pour appuyer la milice de Beauport quelques soldats et volontaires de Montréal et de Trois- Rivières; on se fusilla, sans s'approcher trop près, de part et d'autre, jusqu'à la tombée du jour, puis les Anglais campèrent au bord de l’eau; ils avaient subi des pertes sensibles, tandis que, de notre côté, quelques hommes seulement étaient atteints : le brave Juchereau, qui encourageait les défenseurs, avait eu le bras cassé d'un coup de mousquet.
Phips n'aurait établi ses troupes sur les pentes de Beauport que s'il avait d'abord fait battre par son artillerie les fourrés où se cachaient les Français, mais la plus grande partie de sa flotte était restée à l'ancre, et ses plus gros Vaisseaux étaient venus bombarder la ville de front, tandis que les troupes de terre piétinaient à Beauport. Quatre bâtiments de guerre, dans l'aprèsmidi du 18 octobre, mouillèrent donc devant Québec, occupant une ligne parallèle au rivage, depuis le Saut au Matelot jusque près du cap Diamant. Frontenac n'eut garde de les laisser tirer les premiers : dès qu’ils furent à portée, il les fit saluer d'une décharge générale de toutes ses batteries. Phips riposta de même, et pendant trois ou quatre heures, ce fut, de la flotte à la ville, une canonnade furieuse; comme, en cet endroit, le cours du Saint-Laurent, entre Lévis et Québec, est un véritable chemin creux, le fracas des salves était multiplié par les échos des deux rives; des ofliciers ne se souvenaient pas d’avoir jamais entendu pareil vacarne. C’était, de la part des Anglais du moins, beaucoup de bruit pour rien; quelques édifices furent endommagés, un jeune homme tué d’une pierre qu'un boulet enleva d'un mur, et un autre blessé ; La Hontan est plein de mépris pour ces canonniers maladroits, qui, dans une après-midi, surent faire des dégâts pour cinq ou six pistoles. Au contraire, les batteries françaises étaient remarquablement servies; Sainte-Hélène pointait contre le vaisseau amiral, avec tant d’adresse qu'il abattit son
grand pavillon; quelques hardis jeunes gens, en canot d'écorce ou à la nage, se lancèrent sous le feu des Anglais pour saisir ce trophée; ils s'en emparèrent et le portèrent au gouverneur !; sur le soir, Phips alla jeter l'ancre hors de portée des batteries françaises ; il avait beaucoup souffert de leur feu; son vaisseau amiral était désemparé, la coque trouée, les manœuvres coupées, le grand mât demi-brisé, Partout donc les assiégés gardaient leurs positions intactes; dès ce moment, l'échec total des Anglais était certain.
Le lendemain, le bombardement recommença, mais plus mollement; Phips avait réparé ses plus grosses avaries, il tentait un dernier effort ; l’insuccès fut le même que la veille; vers midi, les vaisseaux anglais, fort maltraités, cessaient tout à fait leur feu l'amiral avec deux d’entre eux allait rallier le gros de la flotte auprès de l'ile d'Orléans; les deux autres s’abritaient au-dessus de Québec derrière le cap Diamant. Quoique ce mouvement aggravât la situation des troupes débarquées à Beauport, puisqu'il laissait à Frontenac la faculté de tourner contre elles toutes ses forces, Walley ne voulut pas se retirer sans combat, et le vendredi 20, mieux au fait du terrain que dans les journées précédentes, il tentait une marche assez habile : longeant la petite Rivière, il pensait atteindre le gué qui le mènerait au pied de Québec, un peu en arrière de la maison de l'intendant, tandis qu'une partie de ses troupes contiendrait les miliciens de Beauport et les couperait de la ville; il ferait alors passer quelques canons et battrait les murs en brèche. Longueil et Sainte-Hélène ne lui en laissèrent pas le loisir : à la tête de deux cents volontaires, ils lui barrèrent le chemin du gué puis, combattant toujours en tirailleurs, ne faisant feu qu’à coup sûr, ils ramenèrent les Anglais sur leurs positions du matin. Par malheur, tous deux furent blessés dans l’action; Sainte-Hélène, atteint à la jambe d’un coup qui semblait d’abord peu grave, devait succomber quelques jours après : toute la colonie le pleura, « comme un des plus aimables cavaliers et des plus braves hommes qu’elle eût jamais eus * ».
Un dernier engagement, plus sérieux que les premiers, eut lieu le 21 octobre à la côte de Beauport; nous devons supposer que
1. Sur cet épisode et le chap. XI du livre de M, Ernest Myrand, voir la note à la fin du chapitre.