‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 305 sur 395 · Charlevoix, II · texte numérisé non relu

Charlevoix, II

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Phips, après l'échec du bombardement, n'avait pas manqué de s'entendre avec Walley; c'est ce qui ressort, semble-t-il, de l'acharnement avec lequel les Anglais se battirent ce jour-là; visiblement, le plan d'attaque était modifié; l'on voulait tourner Québec par le gué de la petite Rivière au moyen d’une action en masse et toute la journée, la flotte fit passer à Walley des troupes fraiches. Frontenac, comprenant le danger d'une attaque de ce côté, se posta lui-même à la tête de trois bataillons de troupes réglées sur la rive droite de la petite Rivière, prêt à la franchir, si les volontaires étaient trop vivement pressés; il n'eut pas lieu d'intervenir : quelques officiers, avec des hommes de choix, avaient, pour engager l’action, montré de petits groupes très près du camp ennemi; les Anglais, plus hardis contre des adversaires qu'ils voyaient si peu nombreux, s’avancèrent hors de leurs lignes; devant eux, les éclaireurs français reculaient, se laissant déborder à dessein pour attirer plus sûrement les ennemis à leur suite; dans ce mouvement de retraite simulée, ils les dirigeaient vers des embuscades dressées d'avance, et cette tactique réussit à souhait; les Anglais, décimés par des ennemis insaisissables, essayèrent vainement, aidés par les renforts d'artillerie qu'ils avaient reçus dans la nuit, d'enlever une maison palissadée qui était la clef des positions françaises; pris en flanc par le feu d’une batterie que Frontenac venait d'installer au milieu de sa réserve, ils furent forcés de faire retraite. Comme ils regagnaient leurs canots, le tocsin retentit tout d’un coup à la cathédrale de Québec; c'était un artifice imaginé par un officier nommé Dupuys et dont l'effet ne manqua pas; craignant d'être attaqués par toutes les troupes françaises à la fois, les soldats de Walley se rembarquèrent en désordre, et ne prirent même pas le temps de sauver leurs canons; les miliciens qui les harcelaient s’en emparèrent, et les conduisirent au château. Les Anglais avaient, dans cette affaire, perdu beaucoup de monde; dans leur impuissance, ils insultaient leurs adversaires, les provoquant à la lutte en rase ampagne, et les traitant de lâches, parce qu'ils se battaient comme les Indiens. C'était en effet à leurs procédés de petite guerre que les Canadiens devaient leur victoire, mais on ne contestera pas que cette tactique exige de tous ceux qui l'emploient des qualités d'endurance, d'initiative et d’audace qui ne vont guère avec la làcheté.

La défaite de Walley rendait inévitable le départ de la flotte anglaise; les deux vaisseaux mouillés en amont de Québec rallièrent l'amiral, salués au passage par les batteries françaises; Phips, très radouci par ses échecs des journées précédentes, traita modestement avec Frontenac d’un échange de prisonniers, puis il descendit vers la mer, sans même essayer de faire des prises en route; d’ailleurs des miliciens surveillaient sa retraite, envoyés exprès à Beaupré et dans l’île d'Orléans. Des vaisseaux de France réfugiés dans le Saguenay le virent passer, sortirent de leur cachette et remontèrent à Québec. — Parmi les Francais vainqueurs, ce fut une explosion de joie générale : sans doute, pour un siège régulier, comme celui qu’il avait tenté vainement, Phips n’était guère redoutable, mais il avait failli surprendre la ville et, sans la promptitude des dispositions de Frontenae, son succès était très probable; l’allégresse fut donc d’autant plus légitime que l'alarme avait été plus vive; une grande fête eut lieu, le 5 novembre, pour célébrer cette victoire, qui était bien Ja victoire de tous; à deux heures, le gouverneur, l’intendant, le Gonseil, les soldats et toute la population se réunirent à la cathédrale, où l'évêque chanta le Ze Deum; on porta solennellement dans le chœur le drapeau pris pendant le siège, ainsi quun pavillon enlevé l'hiver précédent par Portneuf, du côté de l'Acadie; puis une procession se déploya : l’on se rendit successivement aux églises des Ursulines, des Jésuites et des religieuses Hospitalières, et l’on revint à la cathédrale, d’où l’on se sépara . Le soir, des divertissements furent organisés ; Frontenac alluma luimême un feu de joie, on illumina les maisons; « on n'oublia pas de tirer les pièces prises à l'ennemi, qui seront fort utiles dans la suite ». Enfin, une fête annuelle, dite de Notre-Dame de la Victoire. fut instituée pour commémorer ces événements. Pendant plusieurs jours, tout Québec fut en liesse. « M. le marquis de Vaudreuil et M. de Ramesay ? se marièrent; enfin les trois quarts du temps se passaient en réjouissances *. »

Le retentissement du succès des Français fut considérable ; dés que la saison le permit, Frontenac envoya Courtemanche à

1, Jug. du C. S., IT, 460.

2, Gouverneur de Trois-Rivières, Il avait coopéré à la défense de Québec.

3. Les détails qui précèdent sont empruntés surtout à la relation de Monseignat. Voir la note à la fin du chapitre.

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