‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 324 sur 395 · La Potherie, II, 191. 3. Le · texte numérisé non relu

La Potherie, II, 191. 3. Le

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sentaient à luiramener dans quatre-vingts jours tous les prisonniers faits aux Français et à leurs alliés indigènes; mais comme Téganissorens s'était dit autorisé à traiter aussi au nom des Anglais, Frontenac ajouta qu’il n’y avait pour lui rien de commun entre « les Anglais ou Flamands » et les Cinq-Nations; qu'il était attristé « de voir celles-ci dégénérées au point de se soumettre aux Anglais, et de les faire asseoir à leurs feux; elles n'étaient que cinq autrefois; elles avaient fait choix maintenant d’une sixième nation pour les gouverner ! ». De tels discours piquaient au vif l’amourpropre très sensible des Iroquois; Frontenac les flattait en même temps par des conversations particulières, des présents de vêtements galonnés, des attentions de tous genres; on écoutait d'autant plus volontiers ses avis dans les conseils, qu’il se montrait, dans les circonstances moins solennelles, plus savamment expansif et familier; en se séparant, on parlait d'aller au fort du lac Ontario « relever l'arbre de la paix ». Mais alors arriva, par les vaisseaux de l’année, l’ordre de réserver les troupes disponibles pour la baie d'Hudson et Frontenac dut ajourner encore le projet qui lui était le plus cher. Ce fut déjà pour sa politique un grand succès que le retour d’Ouréouharé qui, parti pour les cantons avec les députés, ramenait dans le délai fixé la plupart des prisonniers français; les Onnontagués, seuls, n’avaient point rendu les leurs, et s’obstinaient à ne point comprendre nos alliés dans la paix, malgré les promesses faites ?.

Cette circonstance, expliquée par des avis qu’il reçut de Montréal *, acheva d'éclairer le gouverneur général sur la duplicité des Iroquois. A la foire de 1694, qui parait n'avoir pas eu l’importance de la précédente, il assura les nations des Lacs qu'il ne traiterait point sans elles, et ferait aux Iroquois une guerre sans repos, jusqu’à ce qu'il eût des preuves non équivoques qu'ils voulaient une paix générale et loyalement observée; il prévint même les Iroquois de ne plus lui envoyer, sous le nom de négociateurs, de simples espions; ceux que l’on prendrait et qui ne

1. D’après un doc. du Board of Trade de Londres, reproduit dans la collction des New-York Colonial Documents, IV, 85.

2, Un mém. anonyme sur ces négociations (Ar. col., C. G. Can., XII, 140 ss.) est probablement de La Mothe Cadillac; l’auteur en effet parle (p. 148) de sa nomination récente à Michillimackinac. — Cf. La Potherie, III, 204 ss.

3. Lettre de Callières, 19 oct. 169%. Ar. col., C. G. Can., XIII, 107.

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seraient vraiment pas des ambassadeurs des Cinq-Nations seraient mis à la chaudière !, Tous les chefs de postes reçurent l'ordre d’exciter les indigènes contre les Iroquois; en revanche, Frontenac leur recommandait de ménager les Sioux, tribu guerrière aussi, parce qu'il ne fallait pas diviser de deux côtés opposés les forces de la colonie; à cet effet, il renvoyait aux Sioux Le Sueur qui avait, dans de précédents voyages, gagné la confiance des chefs de cette nation. Louvigny, gouverneur de Michillimackinac, venait d’être relevé par un officier de grand talent, particulicrement apprécié du gouverneur général, La Mothe Cadillac ?.

Les Iroquois, malgré plusieurs échecs successifs, n’avaient pas renoncé à l'espoir de mettre la discorde parmi nos alliés pour s'emparer du commerce des Lacs; ils étaient conseillés par les Anglais de New-York, et Callières aurait voulu pour paralyser leurs manœuvres cinq cents hommes de troupes ; faute de soldats, La Mothe Cadillac y travaillait presque seul, servi par son adresse native à manier les indigènes, et sa verve gasconne, « étant d'un pays où l’on ne manque pas de trouver sur-le-champ des ripostes faites à plaisir » ?. Il était informé par des espions que les Iroquois faisaient passer des « colliers sous terre » aux Hurons de son commandement; il s'agissait d'une alliance pour détruire les Outaouais et les Miamis. Cadillac réunit les principaux chefs, et leur adressa cette parabole : Un homme veut en tuer un autre, que garde un chien; il jette un os au chien, qui oublie son maître et le laisse massacrer; mais l’assassin frappe alors le chien, dont il fait, à son tour, « un bon manger ». Ainsi se conduit l'Iroquois; il veut manger le Miami, mais il craint le Huron, qui le garde comme son ami et son allié; voilà pourquoi, — se tournant vers les Hurons, — il vous jette ce collier. Avec quelques fables, beaucoup de surveillance, et des primes d'eau-de-vie, les seules qu'il pôt payer, malgré les Jésuites, Cadillac rompit ainsi les négociations engagées ; tout l'hiver de 1694-95, ses sauvages coururent en fourrageurs contre les Iroquois; ils en tuèrent une cinquan-

1. Lettre de Callières, 27 oct. 1695. Ar. col., C. G. Can., XII, 371.

2. En 1691 (Jug. du C. S., III, 551), Frontenac se faisait accompagner dans ses inspections par La Mothe Cadillac, — Voir l'éloge qu’il fait de cet officier dans ses lettres des 25 oct. 1694 et 2 nov. 1695 (Ar. col., C. G. Can., XIII, 7, 323). La nomination de Cadillac est datée de Montréal, 16 sept. 1694 (Id., M. S. M., V, 272).

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