‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 336 sur 395 · Ar. col., C. G. Can., XII · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., XII

4. Sur tous les incidents qui suivent, un dossier complet est conservé aux Ar. col., M. S. M., V, 198 ss,

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Mais on n’en resta pas là. Un lieutenant réformé, Mareuil, avait plusieurs fois proféré des impiétés ou chanté des couplets indécents; Frontenac l’en avait même réprimandé, mais ne lui gardait pas rancune, car durant l’hiver de 1693-94, Mareuil avait pris une part active à l’organisation des divertissements du Château. l'était un de ces officiers courageux, batailleurs et galants, un peu libertins parfois, dont le type n’était point pour déplaire à Frontenac, ancien frondeur lui-même *. Persuader Saint-Vallier de frapper Mareuil, c'était mettre en conflit presque directement l'évêque et le gouverneur. À diverses reprises, l’évèque s'était plaint du langage impie de ce personnage, mais sans prendre contre lui de décision formelle; or le 1°" février, après avoir lancé ue sentence d’excommunication, il saisit le Conseil Souverain de l'affaire. D’Auteuil requiert aussitôt que le Conseil informe,

|. Mandements.… I, 302.

? Ce point est encore établi par des recherches récentes (1894) que Ernest Gagnon a faites dans les Archives des communautés de Québec,

tt dont il a bien voulu me communiquer les résultats.

3, Voir lettre de Champigny, 27 oct. 1694. Ar. col., CG. G. Can, XIII, 95. Yëm. de La Mothe Cadillac, oct. 1694. Id., id., 118 ss.

4, Voir sur le caractère de Mareuil une lettre de d'Auteuil, 14 nov. 1696. dr, col., CG. G. Can., XIII. :

« pour entrer dans les intentions religieuses du roi, car les impiétés attribuées à Mareuil sont beaucoup plus dangereuses que la religion protestante ». Le Conseil était-il compétent dans l'espèce ? C'est douteux, puisqu'on alla chercher pour instituer le débat des raisons aussi compliquées, mais déjà les vieilles passions contre Frontenac se rallumaient, et, comme le dira fort bien quelques mois plus tard le gouverneur général, on se ligua contre Mareuil, « haïssant peut-être plus encore sa personne que ie crime qu’on prétend qu’il a commis ».

Tandis que Mareuil introduisait devant le Conseil un appel comme d’abus, observant que l’évêque aurait dû tout au moins l’avertir d’abord dans les formes canoniques, Frontenac se rendait à l’assemblée et se faisait donner acte d’un écrit où il s’étonnait que l'on eût commencé, sans l'en prévenir officiellement, une affaire de cette importance (8 mars 1694). Or en même temps Saint-Vollier, docile aux sollicitations des curés de Batiscan et de ‘: "inplain, excommuniait encore deux paroissiens de ces prêtres, Desjordy, capitaine réformé, et la dame des Brieux, couvaincus d’adultère, puis il portait leurs causes au Conseil, comme celle de Mareuil. Ainsi l’évêque, adoptant un système de régression que ne commandait assurément aucune crise de dissipation ou d'impiété, cédait à des conseils tout au moins inopportuns, et provoquait l'irritation du gouverneur général. La Mothe Cadillac paraît donc avoir raison, lorsqu'il parle d’une cabale qu’avaient formée plusieurs ecclésiastiques et magistrats pour amener Frontenac à un éclat et le faire rappeler !. C'était la tactique qui avait réussi déjà douze ans plus tôt, et Saint-Vallier n'était pas assez fin pour voir le piège.

Le 45 mars, fatigué des prétentions du Conseil que rendait plus agaçantes encore la correction affectée du procureur général, le gouverneur fait entendre quelques paroles imprudentes; il revendique la qualité de chef et président de l’assemblée, malgré les instructions fort explicites qui avaient naguère clos ce différend. Tout heureux de la faute, l’intendant et le procureur général protestent ; on fait traîner trois mois l'examen des appels comme d'abus introduits par Mareuil, Desjordy el la dame des Brieux. Le 41 juin, Frontenac, pour couper court à ces atermoiements,

1, Mém. cité d’oct, 1694.

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vient au Conseil et demande que chacun opine par écrit sur la conduite de l’évêque; après des discussions qui durent encore quinze jours, le Conseil décide que ses membres opineront à l'ordinaire, et qu'on ne peut se dispenser d'entendre avant tout les explications de l'évêque. On juge si, de se voir joué par ces subtilités de procédure, l’homme d'action qu'était Frontenac devait sentir bouillonner sa colère. Il est notable. toutefois, qu'il reste très modéré quand il parle de Saint-Vallier, il veut s'informer seulement si le prélat n’a pas outrepassé les droits de sa charge; il comprend bien que, dirigés contre lui, ses emportements n'iraient pas à leur but; c’est à l'intendant, et plus encore au procureur général qu’il les réserve ?.

L'affaire des appels comme d’abus ne fut pas la seule où d’Auteuil éprouva l’impatience de Frontenac; d'autres discussions portèrent sur certains règlements de police et spécialement sur la création d’une boucherie à Québec; d’après La Mothe Cadillac, le premier conseiller Willeray tenait une boucherie, où sa femme était assise à la caisse, tandis que son valet débitait la viande; le cas n’était pas bien grave, mais quand il s’agit en mars 1694 d'établir une taxe sur les viandes, il y eut, à l’occasion de Villeray, des séances très orageuses, où d'Auteuil et Frontenac échangèrent de gros mots. D’Auteuil, en racontant ces faits à la Cour, charge Frontenac, qui serait intervenu à tout propos dans le Conseil, « ne lui laissant qu’une liberté apparente, et imputant à désobéissance et manque de respect les avis qui lui sont contraires ». Comine de juste, Frontenac explique les chost, autrement ?. Quant à l’intendant, il s’efface le plus possible ; le mémoire du 5 novembre 1694 laisse bien entendre qu'il n’a pas toujours

d'été d'accord avec le gouverneur, mais ajoute qu’ « ils n’ont pas

cessé de se voir et de délibérer en commun sur les affaires de leur service ® », Champigny n’en jouait pas moins un rôle actif contre Frontenac, qu'il desservait à la Cour dans des lettres parüiculières,

La maladresse de l’évêque avait ranimé la discorde entre

i. Les registres du Cons. Souv. nous donnent le détail de ces diverses pro- “édures; voir surtout III, 829, 832, 845, 856, 884, 947.

2. Ar. col., M. S. M., V. — Lettres de Frontenac, 2 nov. 1695; — de d'Auteuil, 26 oct, 1694. 1d., GC, G. Can., XIE, 431, 323.

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