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(40 nov. 1692).
r des Récollets, Vallier et l'Hô-
l'adoptèrent. Seul, d'Auteuil persista dans son opposition et refusa toujours de signer les actes constitutifs de la fondation; c'est une probabiliié de plus pour que nous supposions que la création de l'hôpital avait été décidée d'accord entre l’évèque et le gouverneur général, car d'Auteuil, après quelques mois de sagesse, avait retrouvé toute l’opiniâtreté de ses anciennes rancunes. Le 1° avril 1693, malgré quelques mauvaises volontés, les sœurs de l'Hôtel-Dieu désignées pour le nouveau service furent solennellement installées; Frontenac les envoya chercher par des gardes avec un officier, leur fit servir au château Saint-Louis une collation, et les accompagna lui-même à leur nouveau domicile, donnant de la sorte un témoignage public de l'intérêt qu’il portait à l'œuvre de l’évêque; dès les premiers jours de son existence, l'hôpital abritait une quarantaine de personnes !.
La sentence arbitrale du P. de La Chaise et de l'archevêque de Paris avait fort mécontenté le séminaire de Québec et, d'après les lettres que Saint-Vallier écrivait en 1693, on ne se décidait point à l’accepter; les supérieurs du séminaire, disait l’évêque, continuent à discuter; « tous ces différends viennent de l’inobservation des règlements faits pour que l’Église du Canada ressemble à celle de France », et toujours, les abbés de Mézeray et Glandelet sont désignés comme les meneurs de l'opposition; l'évêque annonce son intention de repasser en France, il demande que ces deux prêtres soient rappelés en même temps pour être confrontés avec lui ?. Ces divisions ne servaient point la cause des ecclésiastiques canadiens; elles dispensaient Frontenac d'intervenir, en affaiblissant ses adversaires ; il était urgent d’y porter remède. On ne pouvait espérer que Saint-Vallier renonçât à ses idées sur la discipline de son diocèse; mais peut-être réussirait-on à détourner contre d’autres buts son ardeur de lutte, et, puisqu'il paraissait incapable de ne point s'inquiéter de quelque chose, à lui livrer pour cet objet un autre jouet que l’Église du Canada. Nous n’avons, pour établir le fait de cette campagne, aucun texte formel; mais les caractères des personnages, les circonstances d'une rupture avec Frontenac qu'on expliquerait difficilement d’une
1. Me Saint-Vallier rt l'Hépilal général, p. 102 ss. 9, Extraits des lettres pour 1693. Ar. col., C. G. Can., XII, 322, 339. — Cf. lettre de Champigny, # nov. 4693. /d., id., 276. LE COMTE DE FRONTENAC. 28
autre manière, enfin certain mémoire de l'abbé Tremblay !, procureur du séminaire de Québec à Paris, qui dit sans mystère ce que le clergé canadien pensait de son évèque, rendent notre hypothèse extrêmement vraisemblable : les partisans du gouvernement ecclésiastique de la Nouvelle-France eurent l'adresse de compromettre, en les tournant l'un contre l'autre, et Frontenac et Saint-Vallier.
D'après sa lettre du 93 octobre 1693, Frontenac est alors encore en bons termes avec l'évêque; Saint-Vallier commence, dit-il, à fixer les cures*?, mais il est en différend avec le séminaire; vainement, le gouverneur s’est efforcé de calmer ces discordes : « ces Messieurs, persuadés que le Saint-Esprit leur inspire ce qu'ils pensent, croiraient résister à ses lumières s'ils suivaient les conseils qu’on veut leur donner #. » C'est seulement dans l'hiver suivant que la querelle éclata entre Frontenac et l’évêque ; pendant les mois précédents, on avait mené, dans toute la colonie, une vie très active et très rude; on redoutait à Québec un débarquement des Anglais, et du côté de Montréal, il fallait épier sans cesse les Iroquois. Puis, comme la récolte avait été bonne, comme la descente des pelleteries de Michillimackinac avait répandu quelque aisance, on compta sur quelques semaines de repos, un sentiment bien naturel de joie s’empara de tous “. Frontenac, qui n'oubliait point quand il en avait le loisir les coutumes de la cour de Versailles, donna plusieurs réceptions, et monta même au château Saint-Louis un petit théâtre, où furent jouées diverses pièces, notamment Mithridate et Nicomède ; c'étaient des personnes de la société qui tenaient tous les rôles.
Un jour, on parla de jouer Zartuffe; à cette nouvelle, tout le
clergé de Québec s’émut. Cependant, détail à noter, l’évêque n'agit point le premier, ce fut même son ennemi personnel, l'abbé Glandelet, qui commença la campagne : le 40 janvier 1694, il prononçait à la cathédrale un sermon où il condamnait les comédies sans exception et déclarait coupables de péché grave toutes
4. Publié dans les Archives canadiennes de Brymner. Vol. de 18817, p. XXXII ss.