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d'absolution pour trafic des salaires des troupes; les officiers rédigeaient des libelles pour les gazettes de Hollande; le Conseil Souverain, saisi de réclamations contradictoires, discutait sans conclure. Le départ de l’évêque par les vaisseaux de 1694 fut pour tous un soulagement ; les dossiers des affaires en cours avaient été envoyés au Conseil du roi; Mareuil après une détention de quelques jours était élargi par ordre de Frontenac, et le calme, sinon la concorde, renaissait à Québec !,.
Le mémoire que l'abbé Tremblay, procureur du séminaire de Québec à Paris, adresse en 1695 à ses confrères est un document confidentiel, du plus ñaut intérêt pour l’histoire des prétentions ecclésiastiques au Canada. Tout le monde, dit ce prêtre, est d'accord, d’après les nouvelles reçues d'Amérique, pour dire qu’il faut rappeler Saint-Vallier; la difficulté n’est que « de prendre des moyens suaves de le retirer »; il est impropre à un évêché en France comme au Canada; les personnes les plus sages « prennent de sa conduite occasion de déclarer qu'il vaut beaucoup mieux donner des évêchés à des gens qui n'aient pas tant de piété apparente et plus de bon sens, qu’à ces dévots indiscrets qui mettent tout en trouble et en combustion ». Saint-Vallier, continue l’abbé, a été bien reçu par le roi et par Pontchartrain, mais il ne faut pas s’en alarmer, car « c’est un style ordinaire de la cour de combler d’honnêtetés ceux dont on est le moins satisfait ». Cependant, malgré toutes les dénonciations, qu'il n’ignore pas, l'évêque affirme qu'il retournera dans son diocèse; comme on a toujours un an de répit, Tremblay profitera « pour tirer de lui ce que nous pourrons de ce qu’il nous doit et remédier un peu par là à nos affaires temporelles »; mais, en prévision d'un retour possible du prélat, qui refuse énergiquement de donner sa démission, il sera bon de ne pas trop prendre parti contre lui. Déjà, ses dispositions pour le séminaire sont des moins favorables; « il en veut à n°s messieurs de n'être point entrés dans ses intérêts en se déclarant contre M. le comte de Frontenac ». Ainsi les adversaires du gouverneur avaient joué leur rôle avec tant de bonheur, qu'ils pouvaient se donner pour des spectateurs imparlinux d’un combat dans lequel ils ne se montraient point. « Nos
1. Frontenac à la Cour, 25 oct. 1694. Ar. col., GC, G. Can., XII, 60, — Mém ‘ile de l'abbé Tremblay, LIV, — Jug. du C.S., IT, 915, 952.
messieurs, dit l’abbé Tremblay, jugeaient qu'il était inutile de s’en mêler, tandis que le bon Dieu disposait ainsi toutes choses... » N’avaient-ils point aidé le bon Dieu?
Me" Saint-Vallier n'avait guère plus de bienveillance pour les Jésuites que pour les prêtres du séminaire; est-ce seulement, comme le dit Tremblay, qu'il avait trouvé l’un d’eux, le P. de La Chaise, trop peu ardent à le défendre auprès du roi? N'est-ce pas plutôt que les Jésuites, comme les ecclésiastiques de Québec, étaient opposés aux réformes de l’évêque? L'AÆistoire de l'Hôpital général de Québec, dont les auteurs ont, pour la mémoire de Sain!-Vallier, des attentions de piété filiale, donne la raison véritable : on reprochait à l’évêque de Québec de vouloir conduire son diocèse comme ceux de France ‘; et, pourrions-nous ajouter, si on l’avait brouillé avec Frontenac, c’est que le gouverneur eût été le dernier à lui adresser pareil reproche. Mer Saint-Vallier demeura près de trois ans en France; il ne crut pas devoir donner au roi la démission qui lui était demandée et repassa l'Atlantique avec les vaisseaux de 1697. Pas une cure n'avait été fixée en son absence; mais le parti ecclésiastique s'était affermi contre Frontenac ; dans sa lettre du 27 octobre 1694, Champigny ne niait pas les excès de zèle de l’évêque, mais il condamnait plus sévèrement encore les désordres dont ces excès avaient fourni le prétexte et semblait, en réclamant des ordres de la Cour, craindre que le gouverneur ne s’abstint, par une « tolérance capable de tout perdre ? ».
L'avis du Conseil du roi * sur les affaires que les magistrats de Québec lui avaient envoyées se résume en une phrase : il faut assoupir ces démélés le plus doucement que l'on pourra, ordonner secrètement aux uns et aux autres de n’en plus faire d'éclat, du moins par des mandements publics ou par des actes judiciaires. On estime donc qu’il y a eu des torts des deux côtés : l'évêque aurait dû ne point intervenir dans des incidents qui relèvent de la police plus que de l'Église; le gouverneur, d'autre part, devait s'abstenir de solliciter du Conseil un avis sur la conduite de l'év: ,:e. Mais ces réserves n’excusaient point le procureur géniral. Frontenac était son supérieur, et comme tel, bien que cou-