‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 344 sur 395 · GUERRE DES ONNONTAGUÉS · texte numérisé non relu

GUERRE DES ONNONTAGUÉS

Hazeur et de Riverin restaient à peu près inutiles; on commençait à douter que la colonie fût une valeur et méritât d'être gardée; dans un mémoire de 1696, l’auteur anonyme semble plaider pour elle les circonstances atténuantes; « il est constant que la Nouvelle-France coûte au roi plus qu’elle ne lui rapporte, mais il est pourtant utile de la soutenir pour des raisons d'état ! »; ceci veut dire, sans doute, pour ne pas donner à nos voisins de la côte atlantique la satisfaction de nous voir reculer. — Que pouvait Frontenac pour arrêter cette décadence? L'insolence des Iroquois rendait l’agriculture impossible, et le ministre, sans se rendre compte que la politique des La Barre et des Denonville avait tout fait pour exciter cette insolence, prescrivait au gouverneur de grouper les habitations françaises, de limiter le nombre des coureurs de bois, en un mot de renoncer à cette action en ordre dispersé qui pouvait seule alors être efficace et que Frontenac défendait avec tant de raison *?.

Mais on parlait, à la Cour, des ravages de l’ivrognerie, des excès des sauvages; l’intendant était d’avis, à la fin de 1695, « qu'il fallait supprimer les congés pour couper racine à ces abus * ». Il était donc à craindre que des ordonnances nouvelles ne vinssent, dès l’année suivante, contrarier plus formellement encore les desseins politiques du gouverneur général : Frontenac décida donc son expédition contre les Onnontagués, qui étaient alors la plus réfractaire à notre influence des cinq nations iroquoises; il avait pu se convaincre que les négociations récentes étaient de pures menteries; en brusquant les choses, peut-être briserait-il à jamais l'obstacle que ces sauvages, intermédiaires entre les Anglais et les nations des Lacs, mettaient aux progrès de la colonie française *; ainsi serait atténué par avance l'effet des instructions de la Cour, qu’il prévoyait et redoutait à juste titre : ce fut là, de sa part, une résolution grave, puisque toute son énergie avait tendu jusqu'alors à maintenir la paix; mais, devant l'attitude du ministre, il jugeait nécessaire une action vigoureuse, qui pouvait être efficace pour l’avenir.

Au printemps de 1696, Cadillac, d’après les ordres du gouver-

. Ar. Col., C. G. Can., XIV, 331.

2, Lettres des 95 oct. et 15 nov. 1694. Id., XIII, 17, 198. . Id., id., 468.

. Voir La Potherie, IV, 79.

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