Ar. col., M. S. M., VI
tenac, le ministre lui-même en était complice : en 1690, il recommandait de faire délivrer aux religieuses de Montréal six congés de traite pour assurer le service des malades de leur hôpital et l'entretien de leurs bâtiments ! ; c’est qu'un congé, à cette époque, était la seule gratification que le gouverneur pût allouer; d’après Champigny, les particuliers qui en obtenaient les revendaient couramment mille livres aux marchands ?; on aurait de la sorte, en 1690, assuré six mille livres aux religieuses de Montréal. En 1694, La Martinière, conseiller au Conseil Souverain, avait beaucoup perdu dans un incendie; il sollicitait un congé comme dédommagement ?. On voit par là que la faculté laissée au gouverneur de délivrer des permissions de traite sans se borner exactement à vingt-cinq le mettait à même d'assister les particuliers ou les associations qui méritaient ses secours; pendant quelques années, personne ne s’est plaint; mais, à mesure que Frontenac donne plus d'extension à sa politique indigène, la Cour reçoit contre lui des dénonciations intéressées, que par malheur le ministre n’eut pas la constance de dédaigner toujours.
La correspondance de 1695 est à cet égard très instructive; Frontenac avait dû récemment, faute de fonds venus de France, vendre des congés pour la réfection du château de Québec et pour l'amortissement d'anciennes dettes, le roi ne tombait-il pas dans une véritable contradiction lorsque, condamnant cette pratique et limitant formellement à vingt-cinq le nombre des congés, il n'envoyait pas d'argent pour payer les dépenses nécessaires ‘? Sans doute, il serait charitable de réserver le bénéfice de ces permissions aux pères des familles nombreuses et peu riches, mais le gouverneur général, si médiocrement entretenu sur les fonds publics, n'est-il pas lui aussi obligé à des frais qui dépassent souvent ses ressources ? Est-il donc équitable de le blâmer quand, par la vente de congés, il pourvoit à des s: “ices d'utilité com. mune tels que la fortification de Québec?
Le ministre n’aurait probablement rien dit en 1695, pas plus qu'en 1690, si les congés n’avaient alors été l’occasion de doléances