Quelques mots
aut, Ill, contient a Mothe Cadillac.
officielle de 1698 ‘. Avant de quitter l'Amérique, Cadillac avait eu soin de désintéresser Moreau; l'affaire, à laquelle la mort de Frontenac ôta beaucoup de son importance, parait avoir été classée à Paris; peu de mois après, Cadillac retournera dans la Nouvelle-France sans avoir, semble-t-il, encouru aucune disgrâce du roi ?.
Les lettres de 1698 montrent que la discorde était alors, entre gouverneur et intendant, plus vive que jamais; l’âge n'avait point affaibli l’ardeur processive de Frontenac, et ses adversaires s’exaltaient à proportion qu’il déployait contre eux plus d'impatience ; Champigny représentait que Le Sueur, au lieu de chercher des mines, faisait le commerce de l’eau-de-vie avec les sauvages et qu’il était responsable de troubles graves entre les Sioux et plusieurs autres nations; Tonty n’agissait pas autrement à Michillimackinac; si l’on veut faire cesser la traite des castors, ajoutait-il, il ne faut pas laisser un seul Français dans les forts éloi- | gnés, « étant indubitable que tant qu'il y en aura, excepté les seuls missionnaires, le commerce y sera continué * ». Tous les chefs de | postes, tous les découvreurs envoyés par Frontenac étaient donc au même titre suspects à l’intendant.
La cour pensait comme Champigny; seul, d’Iberville avait reçu licence de faire la traite des castors à la baie d'Hudson; encore spécifiait-on « pour cette année et la prochaine ». Partout ailleurs, puisque les officiers ne pouvaient vivre que de commerce, il fallait les faire revenir sans exception, sacrifier Michillimackinac, les Illinois, Saint-Joseph des Miamis, le fort Frontenacenfin;rien ne montrerait mieux aux Iroquois, que les Français n’ont pas l'intention de leur nuire ‘! Callières était averti que, s’il encourageait les fraudeurs, le roi, très bien disposé pourtant, oublierait de parti pris tous ses anciens services. Mais l'évacuation de nos stations lointaines, ordonnée par le ministre, était-elle désormais possible? Tonty, arrivé de Michillimackinac au milieu d'octobre, assurait que les coureurs de son commandement hésitaient à
MAINTIEN DES POSTES DU HAUT PAYS
1. Lettres de Frontenac, 10 oct. 1698; de Champigny, 3 juillet, 24 octobre. Ar. col., C. G, Can., XVI, 50, 87,121. — Jug. du GC. S., IV, 165, 172, 180,
2. A la fin de 1699, il assiste à une conférence des notables canadiens sur la question de la ferme du castor. Ar. col., Postes des pays d’en haut, III, 40.
3. Lettres des 14 et 27 oct. 1698. 1d., C. G. Can., XVI, 110, 112, 132.
4. Le ministre à d’Iberville, 27 mai 1698; — à Frontenac, 21 mai; — à Callières, 21 mai. Id., O. d. R., 1698-99, 44, 64, 82.
revenir dans les établissements du bas fleuve; les uns demandaient de nouveaux délais; d’autres, plus résolus, parlaient d’une désobéissance ouverte ; vingt-six canots seulement étaient descendus à Montréal. Devant ces complications, que peut-être il avait prévues et souhaitées, le gouverneur demandaitjau ministre ce qu'il devait faire ; il gagnait encore du temps, et, se refusant à l'évacuation complète du fort Frontenac, en diminuait seulement la garnison !. Au début de 1699, le ministre ignore encore la mort de Frontenac : il lui adresse les lettres des 25 mars et 1° avril, où il parle peu de la traite, mais plutôt des négociations engagées avec l’Angleterre pour compléter le traité de Ryswick. Il garde cependant contre ce commerce toutes ses préventions, puisqu'il fait révoquer la permission donnée à Le Sueur « d’aller fouiller les mines qu'il prétend avoir trouvées sur le Mississipi ? ». Mais Callières saura continuer la tradition de résistance léguée par Frontenac.
La politique prescrite par le ministre était d’autant plus dangereuse que le gouverneur avait porté ses armes ehez les Iroquois; renoncer à nos alliances du haut pays, c'était en quelque sorte faire amende honorable de la guerre précédente et laisser croire à tous les indigènes que nous avions été battus; une attitude plus énergique, au contraire de ce que croyait Pontchartrain, imposerait seule aux Iroquois le désir d’une paix sincère. Aussi, pendant toute l’année 1697, Frontenac fit-il continuer les partis; au début de l'hiver, il pensa même diriger contre les Agniers une campagne plus importante, analogue à celle de 1696; il avait commandé pour cet objet les milices de l’île d'Orléans et des côtes méridionales du fleuve, mais la neige tomba en telle abondance que l’armée ne put partir *. Frontenac abandonna donc son projet, mais les Iroquois, avertis qu’il ne désarmait point, se montrèrent plus circonspects et parlèrent sérieusement de traiter. La mort d’Ouréouharé, arrivée à ce moment, priva Frontenac d’un excellent auxiliaire; ce chef servait depuis un an au fort du lac Ontario, et par de fréquentes visites chez ses compatriotes, cherchait à seconder les vues du gouverneur; il avait rang d'offi-
1. Lettres des administrateurs et de Callières, oct. 1698. Ar. col., C. G. Can., XVI, 6,62, 130, et M. S.-M., VI, 62.
2, Id., O. d. R., 1698-99, 135, 439, — Jug. du C. S., IV, 363.
3. Lettres de Champigny, 12 juillet 1698. Ar. col., C. G. Can., XVI, 91; — de Callières, 15 oct. 1698. Id., M. S. M., VI, 62.
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