‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 362 sur 395 · Lettre du 17 oct. 1697. Id., XV · texte numérisé non relu

Lettre du 17 oct. 1697. Id., XV

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MAINTIEN DES POSTES DU HAUT PAYS

pourtant à la fin de 1697 prendre des dispositions nouvelles : il déclara que tous les Français occupés dans les bois devaient rallier les établissements du bas fleuve avant le mois de septembre 1698, dernier délai. Mais par le fait Frontenac gagnait encore toute une année, puisque les coureurs pouvaient, pendant tout l'hiver, continuer leurs chasses et leurs échanges comme à l'ordinaire; au commencement de juillet 1698, les Outaouais de Michillimackinac descendirent à Montréal, où l’on traita sans contrainte; lorsqu'ils repartirent, ils formèrent l’escorte de trois missionnaires qui allaient, autorisés par Frontenac, évangéliser les pays du Mississipi ‘; mais l'occasion était trop belle pour ne pas leur adjoindre quelques traitants français; Frontenac avait mème obtenu que le délai accordé aux coureurs fût prorogé d’un mois par l'intendant, et Champigny n'avait pu se dispenser d'excepter les officiers et soldats détachés pour le service des postes par le gouverneur ?.

Dans une autre circonstance, l'intendant s'étant montré moins conciliant, Frontenac ne recula pas devant un conflit formel avec lui. La Mothe Cadillac était un des hommes de confiance du gouverneur général; dans l'hiver de 1696, après la campagne des Onnontagués, il avait eu l'adresse de rompre les négociations secrètes engagées contre les Miamis entre les Iroquois et les Hurons de Michillimackinac. Il est certain qu'il faisait la traite, et très probable que Frontenac ne l’iguorait point; par contre Champigny n’aimait pas Cadillac; « la grande autorité qu’un commandant se donne dans un poste aussi lointain que le sien, disait-il en 1695, demanderait auprès de lui la présence d'un honnête homme, qui y fût comme subdélégué de l’intendant* »; très dévoué aux idées de Frontenac, cet officier n’était pas bien vu non plus des missionnaires; « le gouverneur, écrivait-il, n'aurait pas tant d'affaires sur les bras, s’il n'était l'ennemi d’une domination ecclésiastique, odieuse et insupportable; sil avait voulu donner au clergé des soldats pour faire arracher de leur domicile et châtier des femmes pour avoir été au bal ou en masque, s’il ne s’opposait aux excommunications qu'on lance à tort et à travers, il serait bientôt sur la liste des plus grands

1. Les administrateurs au ministre, 15 oct. 1698. Ar. col., C.G.Can., XVI, 10. 2, Ordonnance de Champigny, 15 juin 1698. Id., M. S. M., VI, 85. 3. Lettre du 6 nov. 1695. Id, C. G. Can., XIII, 356.

saints, car on les canonise dans ce pays à bon marché ‘ ». On comprend que, professant des doctrines pareilles, Cadillac fût médiocrement estimé des Jésuites de Michillimackinac. Champigny le choisit comme une victime de distinction, et ce fait confirme d’une probabilité nouvelle la conjecture que l'intendant jouait toujours, dupe ou complice, la partie des ecclésiastiques contre le gouverneur ?.

Cadillac, lorsqu'il commandait dans le haut pays, avait pour associés deux marchands nommés Moreau et Durand; un jour un canot conduit par ces individus, est arrêté près de Montréal sur l’ordre de Champigny, etles marchandises confisquées, vendues à l’encan, produisent six cent soixante-quinze livres, applicables à l'Hôtel- Dieu de Montréal. À cette occasion, Cadillac s’emporte contre Moreau, l'incarcère dès son retour à Michillimackinac, et le dépouille de plusieurs valeurs pour recouvrer, disait-il, celles perdues par sa faute. Moreau, très irrilé, dénonce Cadillac comme ayant traité souvent en fraude des ordonnances, et le Conseil Souverain est saisi de l'affaire, à la diligence de l’intendant. Cadillac alors introduit une requête, prétendant que son cas relève de la prévôté de Québec, et non du Conseil; celui-ci, poussé par Champigny, se déclare compétent, et délibère de plus que l’intendant restera juge, quoique Cadillac ait invoqué contre lui des motifs personnels de récusation. Frontenac intervient; il blâme vivement l'attitude du Conseil et les magistrats, sans s'arrêter aux difficultés que suscite le procureur général d’Auteuil, décident bientôt « que l’intendant sera prié de les dispenser de connaître dudit procès, dont toutes les pièces seront envoyées à M. de Pontchartrain, pour savoir les intentions du roi ». Le gouverneur, rentrant en séance, félicite le Conseil de cet arrêt, mais adresse à d'Auteuil quelques paroles sévères. Champigny s’entête; comme intendant, dit-il, il évoque à lui la cause, et malgré les menaces de Frontenac, condamne Cadillac à des dommages-intérêts considérables. Le gouverneur s'oppose à l'exécution et envoie Cadillac en France, porteur de la correspondance

1. Mém. de Cadillac, 1694. Ar. col., C. G. Can., XIII, 490. Quelques mots de cette citation sont adoucis.

2. Le vol. des Ar. col. intitulé Postes des pays d’en haut, Ill], contient sur Michillimackinac et les Jésuites une série de lettres de La Mothe Cadillac. Voir p. 6,10, 21, 34, etc.

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