Le P, Le T
portes de Québec; c’est au château de cette ville qu'ils « portaient la foi et hommage », mais leur droit de fief et seigneurie ne s'étendait pas jusqu’à la justice, qui devait être exercée par les magistrats de Québec'. On remarquera cette restriction qui prouve combien Frontenac, même quand il s’agit d’un ordre religieux qu’il soutenait de tout son pouvoir, est attentif à réserver les droits essentiels de l'autorité civile.
On saisit exactement, par ce dernier trait, quel esprit animait le gouverneur : il était hostile, non point aux idées religieuses, dont lui-même fit toujours profession, mais à la prépondérance du clergé dans le domaine tempor:l; dans ses relations avec les indigènes, c'est avant tout l'influence française qu’il entend propager; il n’aura garde de méconnaître ce que valent, pour cette œuvre, les prédications des missionnaires, mais il voudra surveiller, diriger de haut ie progrès de ieurs établissements. En un mot, il voudra gouverner la Nouvelle-France comme Louis XIV gouverne l’ancienne; des adversaires, croyant cette politique funeste à l’avenir religieux du Canada, dont ils se sont faits les maitres, vont combattre Frontenac avec passion. Quoique nos préférences aillent décidément au gouverneur général, nous croyons que la bonne foi est égale des deux côtés; ce sont deux conceptions différentes de la société canadienne que nous allons voir aux prises. Sous le bénéfice de ces observations fondamentales, nous pourrons, semble-t-il, concilier aisément le respect des personnes avec la libre discussion des doctrines.
4. Le P. Le Tac, Récollet, Hist. chronol. de la N.-Fr., éd. Réveillaud, p. 186.