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1erre
générale. Point d’aristocratie de naissance. Les chefs n’ont d’autorité que celle de leur valeur ou de leur audace; ils n’ordonnent point, mais procèdent par prière, tout au plus par persuasion. Nicolas Perrot, qui a longtemps vécu parmi les Outaouais, n’est guère élogieux pour ses hôtes : le caractère des sauvages, dit-il, est de pencher toujours du côté de ceux qui leur donnent 1e plus, et qui les flattent davantage ‘; ils sont vains et intéressés, difficiles à entraîner dans une entreprise un peu longue, dominés, comme des enfants, par la dernière impression reçue, mais toujours extrêmement jaloux de leur indépendance; le sauvage ne sait ce que c'est que d'obéir; chacun, dans la tribu, dans la famille même, vit à sa guise; les partis de chasse se forment et se renouvellent à chaque saison; les chefs les plus considérables et les plus aisés vont de pair avec les plus gueux, et même avec les enfants; «ils confèrent avec eux comme avec des personnes bien sensées ». À cette idée de l'indépendance individuelle, qui dirige leur vie entière, ils joignent un sentiment très vif de la solidarité entre membres d’une même tribu; les injures reçues sont vengées par une action commune; « ils s'exposent alors au danger avec beaucoup de témérité; c’est ce qui les rend si entreprenants, car si l'ambition les excite à se venger, ils iront de guet-apens poignarder un homme au milieu de ses amis et affronter une embuscade, quoique persuadés de n’en pouvoir jamais revenir. » Quelques tribus, plus belliqueuses que les autres, vivent uniquement de la guerre; ce sont, dans les quartiers du nord, à l'extrémité du lac Supérieur, les Nadouesioux, qui excellent à combattre en fuyant, comme les Parthes ?, Ce sont, près
de l'Ontario, les terribles Iroquois.
Les Relations de 1670 et 1671 nous laissent deviner que les Français viennent alors d’entrer en rapports avec des peuples assez différents des Outaouais : ce sont les Illinois dont le territoire s'étend au sud de la baie des Puants, sur la route du Mississipi.
ELeurs tribus paraissent plus nombreuses que guerrières, leur
pays est fertile, et dans leurs prairies vaguent des bandes de
buffles appelés pisikious; ces indigènes savent cultiver la terre;
leur organisation sociale, leur religion ne ressemblent pas à Ô ®)
1. Ed, Tailhan, p. 18. — Voir sur ce sujet tout le chapitre XI, auquel sont
empruntées les citations qui suivent, 2, Relat, de 1670, 144, 170.
celle des Outaouais; ils adorent le soleil, et n'ont pas de pratiques fétichistes grossières, comme leurs voisins du nord. On trouve chez eux des chefs entourés d’un appareil presque royal, et fidèlement obéis. Comme leurs proches voisins, les Miamis, les Illinois ont, parmi toutes les tribus indigènes, une réputation particulière d'immoralité : dans ces quartiers-là, dit le P. Charlevoix, la mollesse et la lubricité sont portées aux plus grands excès; on voit des hommes qui s’habillent en femmes, et « s’assujettissent à toutes les obiigations propres du sexe, d’où s'ensuit une corruption qui ne se peut exprimer ». La coutume est établie, en plusieurs endroits, que les jeunes filles se prostituent librement; il est vrai qu'une fois mariées, elles tombent dans une sorte d’esclavage, sont astreintes aux travaux les plus rudes et tenues, sous des peines horribles, d'observer une exacte fidélité. La Motte Cadillac nous raconte comment, sur l'invitation du mari trompé, en pleine place publique, tous les hommes d’un village prennent part, l’un après l’autre, au châtiment de l'épouse adultère. C’est seulement au xvur° siècle, devant Les reproches réitérés des Français, que disparut cette honteuse coutume. Quelques voyageurs disaient que les Iroquois, naturellement assez chastes, s'étaient adonnés à la débauche dès que leurs expéditions les avaient mis en contact avec ces tribus du sud-ouest des Lacs, — Quoi qu'on puisse dire des mœurs des Illinois, il n’en reste pas moins que leur alliance est très nécessaire au Canada, puisqu'ils occupent la région des portages entre les Lacs et ce grand fleuve que la Relation de 1670 nomme déjà le Mississipi, mais sans pouvoir décider s’il coule vers la mer Vermeille ou vers la mer de Floride !.
Le chemin direct de Montréal aux Illinois traversait, au sud de l'Ontario, le pays des Iroquois; c’est par là que La Salle avait essayé en 1669 une première entreprise; sur cette même route, sans doute, il était encore engagé, perdu peu. tre, lorsque Frontenac arriva. Comme les Iroquois n’hésitaient pas à traverser l'Ontario, qu'ils avaient même au nord des postes de traite, ils étaient maîtres ainsi de couper les communications du Canada avec les Outaouais: il était donc très nécessaire d'entretenir avec eux de bons rapports
1, Relat. de 1670-71, 170 ss, — Notes de Tailhan sur Perrot, 225-2%1, - Charlevoix, II, 265, et II, 303, — Mém. de La Mothe Cadillac dans Margri.
larlevoix, IT, 368.
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Amais un Coup mRoisses de leur Enfer, Si les Ill tu, les Iroquois l Voir Douniol, ]
car ils étaient assez civilisés pour comprendre tout l’avantage de
da leur situation, assez belliqueux pour tenir les Français en conti-
L nuelle inquiétude, après les guerres victorieuses qu’ils avaient diri-
s gées contre tous leurs voisins. Ils devaient leurs succès à l’avan-
ne tage de leur position géographique, à leur courage individuel, à la
14 supériorité relative de leur armement : tout proches des Euro-
ds péens, ils furent les premiers munis d'armes à feu; en échange ils El
e apportaient aux Français ou aux Anglais des ballots de pelleteries “hi
uit recus des sauvages du haut pays. Enfin ils avaient quelques insti- fs 4| 4 tutions politiques, ou du moins quelques coutumes constantes : El Ni re chaque fois qu'une décision d'importance était à prendre, on ras- J'ai ill ps sembiait un conseil des principaux de la nation, les « Agoian- | ; et dères »; les hommes y délibéraient seuls, mais les femmes y | ne. assistaient aussi ; là, on fixait le sens et le nombre des colliers de f! JUEs porcelaine que l’on emploierait pour les négociations en cours;
age jamais les Iroquois ne se décidaient à la légère; fort différents
dul- de leurs voisins qui s’abandonnaient d'ordinaire à l'inspiration
TS D lu moment, ils savaient procéder avec méthode contre leurs
LUS D ennemis. La famille, organe élémentaire de la confédération,
est, chez eux, fortement constituée; c’est par les femmes, à ce qu'il semble, que les liens de parenté s’établissent et sont main- Atenus : tout Iroquois, même converti, même résidant parmi les Français, garde au village natal une place dans la cabane de sa mère ou de la plus proche parente du côté maternel; quand une mère meurt avant d’avoir sevré son enfant, celui-ci est enterré vivant auprès d'elle, parce qu’on est persuadé qu'aucune lautre femme n'aurait pu le nourrir !.
Très braves, les Iroquois sont aussi les plus cruels de tous les siuvages du Nord-Amérique; ils font périr leurs captifs dans Bdaffreux tourments, et pour les missionnaires ces forcenés qui lenaillaient les corps, brülaient les doigts un à un dans des pipes, Brrachaient les ongles par petits morceaux, évitant de porter amais un coup mortel afin de savourer plus longtemps les ngoisses de leurs victimes évoquaient exactement l’image de Enfer, Si les Illinois répandirent la corruption morale autour eux, les froquois rendirent cruels, par besoin de précaution ou
w’ils euvé sans mer
l Voir Douniol, 1, 243. — La Potücrie, 1, 348. — Relat. 1670, p. 14 — harlevoix, IE, 368. — Parkman, The Jesuits in North America.
de représailles, tous leurs voisins indigènes; bien plus, les Européens eux-mêmes furent souvent obligés, en face de pareiks adversaires, de se montrer barbares comme eux. On le voit, parmi toutes les tribus qui les entourent, les Iroquois se distinguent par des caractères originaux; peut-être, d’ailleurs, appartiennent-ik à une race particulière : aujourd’hui, dans les rares villages d’Indiens qui subsistent au bas Canada, deux types apparaissent en un saisissant contraste : les uns ont la figure large, le ne épaté, la bouche grande, les lèvres épaisses, leurs cheveux tombent en longues boucles sur leurs épaules ; les autres, plus sveltes d’allure, sont hauts de taille, minces, le visage pointu, le ne aquilin, un masque d'oiseau de proie; les cheveux sont relevés derrière la tête en un chignon que l’on se figure volontiers couronné d’un trophée de plumes peintes. Ces types n'accuseraientils pas la distinction originelle des Iroquois et de leurs adversaires de la région des Lacs?
Les documents anglais désignent ordinairement les Iroquois sous le nom de Cinq-Nations; ils forment, en effet, une confédéra tion de cinq tribus principales, qui sont, de l’est à l’ouest, le Agniers ou Mohawks, les Oneiouts, les Onnontaguës, les Goyo guens et les Tsonnontouans. « Le nom d’Iroquois, dit le Père Charlevoix ‘, n’est employé que par les Français; il a été formé du terme Âiro, qui signifie J'ai dit, et par lequel ces sauvaga finissent tous leurs discours comme les Latins faisaient autrefois par leur Dixi, et de ÆAoué, qui est un cri tantôt de tristesse tt tantôt de joie. Leur nom indigène est Agonnonsionni, qui veut dire faiseurs de cabanes, parce qu'ils les bâtissent plus solides quel plupart des autres sauvages. » Le pays des Iroquois, d’après le mème auteur qui est ici un témoin oculaire, offre des ressourcé variées; la faune est abondante, la terre riche, les arbres fruitiers y poussent en grand nombre; en quelques endroits, « on voit un8 eau dormante, épaisse et huileuse, qui prend feu comme fl l’eau-de-vie ». Certes les lroquois de l’époque de Frontenac nt songeaient pas à l'exploitation de ces gisements de pétrole qu ont enrichi depuis la Pennsylvanie; mais ils tenaient à leur sol chasseurs et coureurs de bois autant que les autres indigènes de l'Amérique du Nord, ils avaient, à la différence de ceux-ci, de
villages de boi régulièrement ; Charlevoix, n'e semblable, et ç désignant de c« principales de ] du Nord.
Les Iroquois qu'ils ne pouvai qui représenter, quoique les peu braves, il est évi ‘baissé ce chiffr prolifiques, si Le hissés par les g ilaient massacr. kurs vainqueurs des Iroquois de r puisque Charlev des années de ce tiotes du Canad ilteinte des guer ‘est assez souve lroquois pour en lque se mainte qui la composaie aient toujours d
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L Relation du VOy
cf, id. 269.
2 Voir Margry, V, d, Charlevoix, I, 33 t Ar, col, C. G, C
UTOr'eils \rmi , par L-ils ages sent ne tomelles ne levés
COuientaires
QqUOIs \déra-
villages de bois, et non de simples campements; ils y venaient régulièrement; si l’origine de leur nom local, telle que la donne Charlevoix, n’est rien moins que sûre, elle est du moins vraisemblable, et ceci prouverait que les Iroquois eux-mêmes, en se désignant de cette manière, avaient conscience d’une des causes principales de leur supériorité sur les autres tribus de l'Amérique du Nord.
Les Iroquois ne sont pas très nombreux; Courcelles assurait : qu'ils ne pouvaient mettre en ligne plus de deux mille guerriers, ce qui représenterait une population de dix à douze mille âmes ‘; quoique les peuples auxquels ils faisaient la guerre fussent peu braves, il est évident que des expéditions continuelles auraient vite ‘baissé ce chiffre, car il ne paraît pas que les Iroquois fussent très prolifiques, si la coutume des adoptions n'avait comblé les vides hissés par les guerriers morts?; parfois les prisonniers ennemis élaient massacrés, mais souvent aussi, sur la demande d’un de leurs vainqueurs, on les épargnait; ils étaient alors traités comme des Iroquois de naissance, et leur sort ne devait pas être trop dur, puisque Charlevoix nous parle de Français qui refusaient, après des années de cette vie sauvage, de revenir parmi leurs compatriotes du Canada. « Ces sortes d’adoptions ne reçoivent aucune atteinte des guerres qui peuvent survenir, d’où il est arrivé qu'on sest assez souvent servi avec succès des Français adoptés par les lroquois pour entamer avec eux des traités de paix *. » C’est par à que se maintenaient, dans chacune des cinq tribus, les familles qui la composaient; c'était un renfort nécessaire, car les Iroquois tient toujours en guerre et perdaient ainsi beaucoup des leurs; il suffit d'examiner, au bas d’une convention, les figures allégoques qui servent de signatures à ces groupes, pour se convaincre qu'on est en face d’une population toute belliqueuse *. Les familles sont celles du loup, du chevreuil, du castor, du grand et du petit pluvier, de l'ours, de la tortue ; mais tous ces animaux, si paciiques que quelques-uns paraissent, sont munis sur les documents d'une arme offensive, hache, couteau ou massue. Parfois, seule-
l Relation du voyage de Courcelles au lac Ontario. Margry, I, 174 ss.; cl, id, 269, 2, Voir Margry, V, 8.
d Charlevoix, 1, 3373; IT, 247.
. Ar, col., C. G. Can., Il, 263.
ment, tous les Iroquois n'étaient pas au même moment disposés à la même guerre : Courcelles dut châtier seulement les Agniers, les autres tribus étant restées alors en paix avec la colonie française. Souvent, lui aussi, Frontenac s’efforcera de tirer parti de ces divisions; le danger d’une union étroite entre les cinq nations iroquoises est capital pour la Nouvelle-France.
De bonne heure, les Iroquois ont noué des relations de commerce avec les Hollandais; le chef Onnontagué Garakonthié, quoique converti au catholicisme et solennellement baptisé à Québec, allait souvent en traite à la Nouvelle-Hollande « où il était fort connu ! »; beaucoup de ses compatriotes faisaient comme lui. Quand le castor des bords de l'Ontario, trop vivement chassé, eut à peu près disparu, les Iroquois franchirent le lac pour aller en course dans le pays des Outaouais, et ces sauvages, peu désireux d'entamer une guerre sanglante pour atteindre la cûw sans intermédiaires, les chargèrent de faire les échanges à leur place. Récemment, depuis le traité de Bréda, les Anglais avaient occupé les anciennes colonies hollandaises; ils cherchaient déjà, par les Iroquois, à pousser leurs établissements dans l’intérieur, vers les territoires de chasse; il y avait donc un intérêt majeur pour la Nouvelle-France, à surveiller de très près les Iroquois afin d'empêcher leurs relations avec nos rivaux européens, et de garder ainsi le monopole du commerce avec les nations d'en haut. De plus, quand Frontenac arrive au Canada, la situation n’est plus la même que sous ses prédécesseurs; le gouverneur général n’a rien à espérer de France, il doit donc, par tous les moyens, prévenir un conflit avec les Iroquois; il lui faut aussi rassurer les Outaouais, qui commencent à douter de la puissance française; une politique indigène très compliquée, très délicate lui sera nécessaire dès les premiers jours. Mais ici, comme pari les colons français, il va rencontrer des occupants en possession.
Les missionnaires avaient tout naturellement choisi comme centres de leurs prédications, les points où l'affluence des indigènes était le plus régulière et le plus nombreuse; Michillimackinac et le Saut-Sainte-Marie étaient les deux grands marchés de la région des Lacs; c’est près de là, en effet, que les trois nappes du lac Supérieur, du Michigan et du lac des Hurons se réunissent