Ilisloire de La N
distinguer les Illinois des Outaouais. Au milieu de ces peuplades indigènes, et si peu nombreuses qu'on les suppose, les Français sont une faible minorité; de la manière dont ils entrercnt en relations avec ces habitants sauvages dépendra donc l'avenir de la colonie, car toutes les voies de son développement sont occupées; pour communiquer avec l’Acadie, l’on doit s’assurer le passage à travers le pays des Abénaquis; les Iroquois commandent cette route du sud de l'Ontario, par où La Salle tentait sa première découverte; enfin les Outaouais tiennent le chemin qui de Montréal mène au Saut-Sainte-Marie, et, par ce détroit, à tout l’ouest, encore à peine connu, du continent américain. L'obligation s’impose donc d'établir des rapports réguliers avec les indigènes, dès que le gouvernement est décidé à tirer parti du Canada, c’est-àdire depuis l’époque de Colbert. Par les coureurs de bois, par les premiers explorateurs, par les missionnaires, les administrateurs Courcelles et Talon avaient pu recueillir sur les mœurs de ces peuples les renseignements nécessaires pour poser les principes d'une politique indigène; on peut, d’un mot, résumer leur dessein : rapprocher les indigènes des Francais. Tel sera aussi le but de Frontenac.
Les Abénaquis étaient, pour nos colons, des alliés précieux, sans cesse prêts à la lutte contre les établissements anglais de la côte; leurs relations avec les Français furent toujours cordiales, et nous possédons un document ! qui prouve à la fois les droits de | la France sur ces indigènes et l'utilité de leur voisinage : « Depuis
un temps presque immémorial, dit ce texte, qui est une lettre de | chefs abénaquis au roi de France, je suis en guerre avec l’Anglais ; combien de fois m’a-t-il trompé? Sans doute, il m'aurait entièrement détruit si Votre Majesté ne m'avait tendu sa main secourable et ne m'avait pris sous sa protection ». D’après le P, Charlevoix *, on confondait sous le nom unique de nations abénaquises trois tribus principales, qui étaient du sud au nord les Canibats, voisins de la Nouvelle-Angleterre, les Etchemins, qui habitaient près de la baie de Fundy, enfin les Micmacs ou Souricquois, qui peuplaient l'Acadie proprement dite et la côte orientale du Lanada. Quelques Abénaquis, convertis au christianisme, venaient L Ar, col,, C. G. Can., 1, 266. Cette pièce, qui n’est pas datée, doit être
lapportée à l’époque de Courcelles et Talon, 2. Ilisloire de la Nouvelle-France, I, 219
souvent à Silleri, près de Québec, où était installée une petite mission; un Jésuite, le P. Gabriel Dreuillettes, leur avait été envoyt en août 1646, mais les Relations, à l'époque de l’arrivée de Frontenac, parlent peu des tribus abénaquises !. La raison en seraitelle que des missionnaires non jésuites étant venus se fixer dans ce pays, les Pères avaient jugé inutile de s’y établir après eux? Les Abénaquis passaient pour les moins prévoyants des sauvages, — ce qui est une note assez fâcheuse; ils vivaient au jour le jour, de chasse, de pêche et de pillage; c’étaient pour les colons de la Nouvelle-Angleterre des ennemis fuyards, insaisissables, comme les Iroquois pour les Français de Montréal.
Les Outaouais ou Algonquins s’étendaient en tribus nombreuses de la baie d'Hudson aux rives des lacs Huron et Supérieur; car le P. Charlevoix désigne sous le même nom les indigènes que Saint-Lusson réunit au Saut-Sainte-Marie en 1671, et ceux de la grande baie septentrionale; en somme, le pays des Outaouais comprend toute la région à l’ouest du lac Ontario, avec une voie centrale, par où l’on monte de Montréal au Saut-Sainte-Marie, celle du lac Nipissing. Tous les habitants de ce vaste pays mènent la mème vie vagabonde; ils n’ont guère que des cabanes prowisuires, dont chacune abrite, pendant la saison du repos, cinq, six et jusqu’à dix familles *; ils n’ont pas de croyances religieuses déterminées; les Pères rencontrent rarement des idoles, comme ce rocher voisin de la baie des Puants « formé naturellement en facon de buste d'homme... que les passants peignent d'ordinaire des plus vives couleurs », et que les PP. Dablon et Allouez eurent la joie de précipiter dans une rivière; on ne voit pas non plus que
le supplice des prisonniers de guerre soit une action liturgique. Les sauvages croient seulement à des génies répandus dans l'air, dont ils sollicitent parfois les conseils par des jeûnes prolongés; ils se mettent ainsi dans un état d’excitation nerveuse où ils trouvent l'inspiration cherchée *; sont-ils malades, ils ont recours aux pratiques de sorcellerie de leurs jongleurs. Ils n'ont pas d’organisation politique; parfois seulement les anciens se réunissent, par exemple quand une peuplade voisine menace d’une guerre
4. En 1670, le P. Dreuillettes est au Saut-Sainte-Marie. (Relat. de 167071, p. 102.)