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3, dd, MU, ï. Id, 1, 168, 309.
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l. Douniol, Appen
Les Jésuites avaient l'habitude, depuis leurs premiers travaux au Canada, de publier chaque année, sous le nom de Æelation, les rapports de leurs missionnaires de la Nouvelle-France : ces Relations ne sont point, dans la pensée de leurs éditeurs, une histoire, année par année, de la colonisation française; on ne doit point en attendre une grande voriété d'informations; ce sont, avani tout, des opuscules d'édification et de propagande pour la Société de Jésus : il est clair, en effet, que les récits de missions périlleuses comme celles des PP. Alloüezs, de Crépieul et tant d’autres, devaient entretenir parmi les pieux lecteurs d'Europe un enthousasme généreux; n'est-ce pas encore aujourd’hui la charité privée qui, sollicitée par des publications du même genre, fournit aux ordres de missionnaires le meilleur de leurs ressources? Un document de la Compagnie de Jésus ! parle de souscriptions aux missions huronnes envoyées de France et même de Rome, Il n'y a là rien d’étonnant, car en lisant dans les Relations nombre l'anecdotes pittoresques ou touchantes, on est frappé tout d’abord de l'accent d’indéniable sincérité des auteurs comme de leur nfatigable dévouement. La Nouvelle-France apparaît comme un champ merveilleux d'exercices spirituels, et l’on est porté à ne point marchander son concours à une œuvre religieuse qui pert, faute de points de comparaison, paraitre considérable.
Pourquoi donc la série des Relations est-elle brusquement interrompue en 1673? Le volume de 1671-72 parait encore, très rapidement publié, puisque le manuscrit parti! de Québec par les vaisseaux de 1672 et que le permis d'imprimer de La Reynie est daté du 9 janvier 1673. Mais depuis, plus rien. Les Pères de la ÿ \ouvelle-France continuaient bien d’envover leurs rapports; mais le supérieur général les conservait à Québec, où le P. Martin en à retrouvé plusieurs, encore inédits en 1864, Comment expliquer la décision de 1673? Ts uns ont supposé qu'il y avait eu des plaintes des gouverneurs de la colonie contre les Jésuites ; d'autres ont pensé que la Propagande Romaine était intervenue pour faire Buspendre les Relations. Le P. Martin déclare, dans la préface
de son recueil, n'avoir trouvé aucun document à l'appui de ces hypothèses ; il estime pour sa part que les Pères, désireux de Maintenir Ja paix au Canada, et connaissant la susceptibilité de
Douniol, Append, I, 249,
Frontenac, firent le sacrifice de leurs publications ordinaires et par conséquent des avantages qu'ils en tiraient. La suppression des Relations fut, selon le P. Martin, « un acte de prudence ou, si l'on veut, une concession accordée par la peur ». Il est vrai que le motif des Jésuites dut être de prévenir un danger qui les menaçail, mais ce n’est pas ici des susceptibilités de Frontenac qu'il faut parler.
L'année 1672, qui est celle de l'arrivée de Frontenac au Canada, est aussi celle du retour définitif de l’intendant Talon en France"; c’est, selon toute vraisemblance, ce dernier fait qui a décidé les supérieurs de l’ordre à ne publier plus les Relations des Pères du Canada : Talon, en effet, avait étudié les questions sur place; il rapportait des documents sérieux, indiscutables. Comment, informé de cette manière, Colbert n’aurait-il pas eu, sinon le désir de contester les chiffres des conversions opérées par les Jésuites, du moins la pensée très naturelle de mettre en balance les entre prises engagées et les résultats atteints, la situation politique occupée et les conquêtes religieuses réalisées? Que restait-il des Relations, du jour où le gouvernement métropolitain avait à sa portée les éléments d'une enquête critique? Elles portaient surtout la preuve des illusions dont se nourrissaient leurs auteurs, facilement amenés, dans les fatigues de « leurs courses sur les glaces pour chercher la brebis égarée ? », à mesurer sur leur peine l'effet utile obtenu. Les Relations perdent alor leur charme de belles légendes; on n’en retient que quelques faits; on y voit que les Jésuites occupent tous les meilleurs postes du haut pays, et l’on est presque tenté de se demander pourquoi. C'est dans ce sens seulement que la suppression des Relations doit être considérée comme un acte de prudence : k public des lecteurs n'avait, sur la Nouvelle-France, que ces récits hagiographiques ; mais le gouvernement, depuis le retour de Talon, pouviit -stimer ce que représentaient, dans le travail d'évangélisation du Canada, les rares conversions d'adultes opérées par les missionnaires; publier des Relations nouvelles eût été vrai
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1, Talon, de retour en France, présenta au gouvernement plusieurs mémoires sur le Canada: il eut même un entretien particulier avec le roi sur la Nouvelle-France. — Voy. Ar, col., CG. G. Can., IV, 28 ss,
2, Relat. de 1670, 111.
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Jésuites d’en tirer des arguments pour proclamer l'échec de la Compagnie dans la Nouvelle-France, par conséquent la disproportion de l’œuvre qu'elle y avait accomplie avec la prépondérance qu'elle prétendait y conserver.
On aurait souhaité que désormais les Jésuites canadiens, au lieu de s’obstiner dans des pratiques courageuses, mais manifestement vaines, comprissent la nécessité de se ranger aux idées de Frontenac, c’est-à-dire, puisqu'ils ne pouvaient d'emblée christianiser les indigènes, de les préparer, en les rapprochant des Français d’abord, à recevoir ensuite la religion de la France; ils yélaient, semble-t-il, engagés eux-mêmes par la prospérité particulière de leurs missions de Notre-Dame de Lorette et de la Madeleine. Et pourtant, ils ne s'y prêtaient pas. Ils pouvaient faire, il est vrai, une objection sérieuse fondée sur la différence des colons de Québec et de ceux du haut pays : ici une société d'agriculteurs, religieux et paisibles; là des bandes de coureurs de bois, dont les exemples étaient assurément médiocres. Mais pourquoi ne pas reconnaître que ces aventuriers de la première heure, mauvais professeurs de vertu peut-être, étaient les précurseurs obligés des véritables colons? Pourquoi les Jésuites n'ont-ils point consenti à s’effacer, à se borner au rôle d’auxiliaires du gouvernement civil? Est-ce que l'intérêt bien entendu de la religion elle-même ne leur conseillait pas d’atténuer en queique mesure les ambitions de l'esprit de corps? Leurs missions, quand arriva Frontenac, étaient réduites à la valeur de postes politiques ; il était juste, il était nécessaire qu’un gouverneur soucieux de
ses devoirs en saisit le contrôle et en inspirât la direction.
En présence d’une confédération guerrière comme les Iroquois, et de peuples beaucoup moins belliqueux, comme les nations du
haut pays, la politique naturelle d'un gouverneur du Canada
consistait à se faire respecter des premiers pour gagner la conlance des autres; pour y réussir, Frontenac voulait attirer à nous quelques indigènes qui auraient été plus tard, parmi leurs compatriotes, des propagateurs de notre influence. Il avait le don de & faire écouter de ces hommes de race inférieure; il se mêlait à eux ; il leur parlait en maître bienveillant; il employait les formes hmilières de leur langage, comme pour s’abaisser à leur portée C'est un art subtil, tout francais, que celui-là; c'est celui de tons
nos srands colonisateurs depuis le xvn° siécle, celui des Dupleix,
COMTE DE FRONTENAC, ù
des Faidherbe, des Lavigerie. Tous ceux qui avaient vu Frontenac au milieu des indigènes avaient remarqué le ton d’autorité paternelle qu’il savait prendre avec eux;il avait, à propos, de ces menues attentions dont les favorisés gardent le souvenir, et les documents nous autorisent à nous figurer les chefs sauvages aussi jaloux d’une conversation particulière avec lui que les courtisans de Versailles pouvaient l'être d'un mot personnel tombé des lèvres de Louis XIV.
En se proposant le dessein, non point d’assimiler des races trop différentes, mais de les rapprocher dans l'intérêt commun des unes et des autres, Frontenac s’inspirait directement de Coibert. Or le ministre avait reçu les rapports de Talon; rien ne nous permet donc de prétendre qu'il voulût imposer au gouverneur de la Nouvelle-France une théorie élaborée de toutes pièces par les commis de ses bureaux. « Les congrégations, disait-il, devraient toutes élever quelques jeunes sauvages pour mêler les indigènes aux habitants. Les Jésuites ne sont point de cet avis, mais il importe de les y rallier, car c’est le seul moyen de préparer utilement l'avenir de la colonie. Les missions où l’on n'instruit que des indigènes ne sont pas très utiles; à supposer que les conversions au christianisme y soient sincères, les sauvages devenus chrétiens resteront ignorants de ce que font les Français et incapables de les rvir auprès de leurs compatriotes païens'. » Telle est l’opinion motivée de Colbert et de Frontenac. Elle est conforme à la véritable doctrine politique, qui tend à former parmi les indigènes des auxiliaires pour l'œuvre de la colonisation.
On engageait surtout les missionnaires à enseigner le francais aux sauvages, car c'est par l'usage de notre langue que les indigènes sont amenés le plus vite à comprendre l’intérèt de relations avee nous; Colbert, Talon, Courcelles et Frontenac pensaient à ce sujet ce que pensent aujourd'hui les promoteurs de l’Ation française. En initiamt les indigènes à la connaissance du francais. nous affirmons la supériorité de notre langue et notre désir d'élever nos protégés jusqu'à nous; sans doute, le maître d'école doi parler la langue de ses élèves, mais seulement pour être mieux capable de leur apprendre la sienne; agir autrement, se serwr exclusivement des dialeetes locamx et surtout refaser d'emscigne