Charlevoix, I
2. Voir une correspondance du journal le Temps, 20 décembre 1892.
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la religion de ces hérétiques pouvait se glisser jusque chez les Outaouais du haut pays; l'intérêt des missions catholiques était donc ici, comme celui des administrateurs de la Nouvelle-France, de détourner les [roquois des rivaux européens de la côte. Aussi les Jésuites chargés d’évangéliser ce peuple nous apparaissent-ils d'ordinaire comme des agents très actifs de l'influence française en mème temps que de la doctrine romaine. En 1672-73, les plus belliqueux des Iroquois n’ont pas oublié la leçon infligée par Tracy et Courcelles; ils sont tranquilles, autant du moins qu'un pareil peuple peut l'être. Leurs Jésuites, les PP. Bruyas, Garnier, de Lamberville sont alors en correspondance avec Frontenac; ils facilitent, de tout leur pouvoir, l'expédition qu'il fit en 1673 vers le lac Ontario, et La Salle, leur futur ennemi, porte une de leurs lettres au gouverneur. Le P. Bruyas parle d'Iroquois chrétiens qui se rendent à Québec, « comme en un lieu d'asile où ils espèrent de conserver leur foi et d’être à couvert contre leurs ennemis » ; il ajoute, comme renseignement utile, que, faute d’étoffes venues des Hollandais, les Iroquois sont résolus de s'en pourvoir à Montréal. Le P. Garnier, répondant à Frontenac, déclare que ses Iroquois accueilleraient volontiers des ouvriers francais, surtout des armuriers et des forgerons. C’est encore le P. Bruyas qui annonce au gouverneur, huit jours après l’événement, la reprise de New-York par les Hollandais, ainsi que leur projet d'attaquer le Canada par l’Acadie ‘. Ces lettres sont assez formelles pour que les Iroquois aient pu, sans se tromper beaucoup, accuser les « habillés de noir » d’être les espions d’Onontio ?, et c'est là précisément ce qui donnait aux missions iroquoises des Jésuites leur valeur particulière ; bien plus que les Pères des stalions outaoucises, ceux des missions iroquoises écrivent directement au gouverneur général; inversement, Frontenac, qui se lient sur la réserve quand il s’agit des nations d'en haut, donne aux Jésuites du pays iroquois, par les correspondances qu’il leur adresse, un caractère presque officiel ; il a compris qu’il Jui faut,
14 Documents publiés dans Margry, I, 238 ss. et dars le tome I de Douniol Les textes de ces deux recueils concordent, sauf que Margry appelle Gravier le P, Garnier. Nous conservons ce dernier nom, tel que nous le trouvons imprimé dans la Relation de 1671-72.
2. Lettre du P. Garnier, juillet 1672. — Relat. 1671-72, p. 83. — Onontio élait le nom donné par les indigènes au gouverneur général francais.
en ce voisinage des ennemis d'Europe, des représentants qui s'af. firment en adversaires militants.
Pourrait-on soutenir, devant ces faits établis, que Frontenac ait de parti pris, par jalousie, par emportement, combattu l'influence des Jésuites dans la Nouvelle-France? Il avait, guidant une volonté implacable, un jugement très droit, et possédait, en véritable homme d'état, l’art essentiel d'apprécier exactement les différences; il distinguüit très bien qu’une collaboration utile d'un côté serait envahissante de l'autre; il la recherchait ici, tandis qu’il la répudiait là-bas; en gouverneur avisé, voulant par-dessus tout assurer ou agrandir le domaine du roi dont il était l'agent suprème et responsable, il subordonnait sa conduite à cette considération supérieure, justement résolu à faire fléchir devant l'intérêt général de la Nouvelle-France tous les intérêts particuliers.